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Poésie

Posts Tagged ‘gêner’

Les gens qui doutent (Anne Sylvestre)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2020




    
Les gens qui doutent

J’aime les gens qui doutent
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J’aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J’aime les gens qui tremblent
Que parfois ils nous semblent
Capables de juger
J’aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut
Ceux qui, avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n’auront pas honte
De n’être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n’avoir pas su dire :
« Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur »

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui n’osent
S’approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien être
Qu’une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Et daltoniens de l’âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l’histoire
Leur rende les honneurs

[Refrain]
J’aime leur petite chanson
Même s’ils passent pour des cons

J’aime les gens qui doutent
Mais voudraient qu’on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu’on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu’on leur dise que l’âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu’on les remercie
Qu’on leur dise, on leur crie :
« Merci d’avoir vécu
Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu’elles ont pu »

(Anne Sylvestre)


  
voir chez Luciole ici un bel hommage au fils d’Anne assassiné au Bataclan

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Les chansons des rues et des bois (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Henri Martin
    
Les chansons des rues et des bois

Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;

J’ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou bien en latin ;

S’il faut qu’on pleure ou qu’on danse,
Si les nids jasent entre eux ;
Mais sais-tu ce que je pense ?
C’est que je suis amoureux.

Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C’est au mouvement d’oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.

Et sais-tu ce qui me gêne ?
C’est qu’à travers l’horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.

Et sais-tu ce qui m’ennuie ?
C’est l’air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.

Et sais-tu ce qui m’occupe,
Jeanne ? C’est que j’aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.

(Victor Hugo)

 

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Le Mot – La Page (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



La Page. Viens te rouler dans ma neige.
Le Mot. Cela me gêne. Je n’ai pas de dos.
La Page. Viens donc te poser sur moi.
Le Mot. Je n’ai pas de peau, pas de poids.
La Page (qui n’y tient plus). Perds-toi en moi!
Le Mot (qui ne demande pas mieux,
mais qui tient, avant tout,
à avoir le dernier mot).
Fondons ensemble comme flocon dans l’eau!

Rideau d’eau

(Paul Vincensini)

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BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Muriel Henry
    
BALLADE DE LA CAMPAGNE-EXIL

Les paysans m’appellent par mon nom sur les routes,
comme ils reconnaissent une alouette d’une grive
mais ils connaissent mieux les noms des gibiers que le
mien car mon nom est Douleur.

Si ce que j’aime s’appesantit sur ma blessure, Il la gêne,
s’il ne s’appesantit que sur l’été, c’est la plaine qui souffre.

Qui nourrira mon amour et l’été si ce n’est cette douleur,
puisque mon amour et l’été ne peuvent plus se nourrir de joie.

Le cygne s’en va dans le sens des branches
et les muses nues me prennent les bras ;
le cheval ailé comprend ma souffrance
et les fleurs des prés s’écartent de moi.

(Max Jacob)

 

Recueil: Derniers poèmes en vers et en prose
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau (Simon Monceau)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau
Qui avait le moral à zéro

J’ai quitté la route qu’on m’avait creusée
J’avais trop envie d’être écoutée

C’est l’histoire d’une goutte
Incitant d’autres gouttes
Doucement goutte à goutte à déborder

Quand la goutte est pleine
C’est la goutte en trop
Qui entraîne les autres gouttes d’eau

Je ne suis qu’une goutte
Une goutte folle
Dégoûtée, noyée dans un ras-le-bol

J’ai pleuré ma vie, inondé la plaine
J’ai défait mon lit, y’en a qu’ça gêne

C’est l’histoire d’une goutte
Incitant d’autres goutte
Doucement coûte que coûte à déborder

Une goutte c’est de l’eau
De l’eau en prison
J’ai pas envie d’être une goutte mouton

Je ne suis qu’une goutte, une goutte d’eau
Qui avait le moral à zéro

J’ai quitté la route qu’on m’avait creusée
J’avais trop envie d’être écoutée

(Simon Monceau)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes’)

 

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Je pleure les lèvres fanées (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



 

Aaron Coberly 1971 - American Figurative Impressionist painter -   (5)

Je pleure les lèvres fanées
Où les baisers ne sont pas nés
Et les désirs abandonnés
Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l’horizon !
Toujours la neige sur les grèves !
Tandis qu’au seuil clos de mes rêves
Des loups couchés sur le gazon.

Observent en mon âme lasse.
Les yeux ternis dans le passé,
Tout le sang autrefois versé
Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin
De sa tristesse monotone,
Où gèle l’herbe de l’automne,
Mes désirs malades de faim.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Aaron Coberly

 

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VOЕU AUDACIEUX (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Illustration: René Baumer
    
VOЕU AUDACIEUX

Qu’est-ce qui fait qu’en tout lieu,
Chacun se sente heureux
Et que chacun prête l’oreille
Quand les mots s’ordonnent en harmonie?

Arrière, ce qui gêne ta course !
Pas de tristesse ni de deuil !
Avant d’ouvrir son chant, avant de le cesser,
Il faut que le poète vive.

Et qu’ainsi la corde d’airain de la vie
Fasse vibrer ton âme !
Si le poète sent son coeur angoissé,
Il trouvera de lui-même l’apaisement.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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On a du mal à être celui (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



Illustration: Francis Ray
    
on a du mal à être
celui dont on parle
vite d’évidence sauf
qu’on ne voit pas du tout

mais on ne veut pas gêner
faire perdre du temps

peut-être que celui qui parle
voit parce qu’il est dehors

s’il était dedans
il ne verrait rien

(Antoine Emaz)

 

Recueil: LIMITE
Traduction:
Editions: Tarabuste

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Savoir faire des coupables (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
Savoir faire des coupables,
c’est la seule ressource des hommes atroces
pour perdre des gens de bien qui les gênent.

Il est donc très important d’être en garde
contre cette espèce de méchanceté.

(Denis Diderot)

 

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LE BON TEMPS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



 

La Guerre du Feu tigre-sabre

LE BON TEMPS

Rappelons-nous ce jeune temps,
il y a mille et mille doutes,
nous étions purs de petitesse
et nous vivions sans trop gêner
le sort du monde, presque heureux
d’avoir deux paumes, deux genoux
et quelquefois une douceur
dans le regard. C’était l’époque
où l’eau pensait autant que nous,
où l’herbe aimait bien mieux que nous.
Notre planète était très plate
et notre aurore à peine claire;
sans fort y croire, nous songions
à inventer quelques syllabes
et à dompter le feu félin,
mais agressifs les dinosaures
nous exilèrent dans les arbres
et la vraie vie eut lieu sans nous.

(Alain Bosquet)

 

 

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