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Poésie

Posts Tagged ‘génération’

Postérité du chêne (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2021



Postérité du chêne

Innocence de l’arbre
Que des oiseaux visitent
On ne saura jamais
Quelle heure est la plus longue
Cependant que dans des couloirs
Où des générations de mères ont passé
Le bois poli par tant de mains
Se souvient des orages
Et des longues neiges d’hiver
Lorsqu’il était au coeur de la forêt
Pareil à tant de ses frères si hauts
Et non cette barre d’appui
Que plus personne ne regarde
Tant d’habitude on la sait là.

(Robert Momeux)

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Tous les chemins (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021




Tous les chemins
Ecrits à travers champs

Par les générations
Et le même soleil.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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Il ne manque à l’amour que la durée (René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2021



Illustration: Henri Matisse    
    

[…]
il ne manque à l’amour que la durée
pour être à la fois l’Éden avant la chute
et l’Hosanna sans fin.

Faites que la beauté reste,
que la jeunesse demeure,
que le cœur ne se puisse lasser,
et vous reproduirez le ciel.

L’amour est si bien la félicité souveraine
qu’il est poursuivi de la chimère d’être toujours ;
il ne veut prononcer que des serments irrévocables ;
au défaut de ses joies, il cherche à éterniser ses douleurs;

ange tombé, il parle encore le langage
qu’il parlait au séjour incorruptible;
son espérance est de ne cesser jamais;

dans sa double nature et dans sa double illusion ici-bas,
il prétend se perpétuer par d’immortelles pensées
et par des générations intarissables.
[…]
(René de Chateaubriand)

 

Recueil: Mémoires d’outre-tombe
Traduction:
Editions:

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MURS (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
MURS

Nous,
Solides et durs, nous les murs,
Condamnés à écouter et à nous taire,
Des milliers
Des milliers d’années nous restâmes soumis,
Écoutant, comprenant,
Étouffant en nous silencieusement
La rumeur des générations.
Mais plus jamais
Plus jamais nous ne serons muets,
Nous entendrons
L’escalade,
La griffade,
La tornade
Des pas pesants, des pas épais
Des pas d’acier.
Il vient un colosse, un puissant,
Et tout ce qui, hier encore,
Régnait,
Comme le roc
Ou le granit
À genoux tombe devant lui,
Tremblant de panique,
Nous donne une langue,
Nous colle et nous couvre
D’affiches à foison, de placards et de feuilles,
Avec elles
Comme avec des gueules énormes
Nous allons crier
En écoutant le tonnerre des pas.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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RÉINCARNATION (Aron Zeitlin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
RÉINCARNATION

Je fus, je fus et j’ai été
Depuis longtemps ici planté,
Plus d’une fois j’ai dû ramper
Et j’ai plané plus d’une fois.
Parmi les poissons j’ai nagé
Dans les nuits des gouffres obscurs,
Parmi les astres voyagé
Sur l’hippodrome de l’azur.
Dans les télescopes poudreux
Je m’agitais, je me mirais,
Pleuvant en rayons lumineux
Sur la tête d’un orphelin.
Mes larmes en rosée tombaient
Au coeur d’une rose. Je fus
Le songe du séminariste
Sur le banc d’un temple endormi.
Je fus une pure prière
Qu’emplissait l’effroi de Satan.
Je fus cette larme qui perle
Aux cils d’un tel, en même temps
Le réconfort qui chez un autre
Calme l’étreinte du tourment.
J’ai vécu, mué en tortue
De longues, de noires années,
Mâchant et pétrissant la terre,
Je n’ai rien vu, je me suis tu.
Je restais à l’état larvaire
Et j’étais bien le plus bizarre
Parmi tant de bizarreries,
Un chat dans l’ombre d’une cave,
De tous le plus abandonné.
J’ai franchi, plus vif que l’éclair,
Générations et pays
Jusque dans l’esprit d’un penseur.
Ici, durement j’ai souffert,
Et là, profondément aimé,
Tous les pays dans mes tréfonds
Leurs tempêtes, leur mois de mai,
Le Mississippi là-bas gronde,
Rêvent le Danube et le Nil,
Ma petite sœur l’infusoire,
Le Hottentot mon frère noir,
Ils me conduisent tous ensemble
Me pressent vers la délivrance
De ma réincarnation : Dieu.

(Aron Zeitlin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUE PENSENT LES ÉTOILES (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




Illustration: Vincent Van Gogh

    
QUE PENSENT LES ÉTOILES

Que méditent, à quoi pensent
Les étoiles dans leur transe
Lorsque les larmes qui luisent
Au fond des yeux s’y calcinent ?
Que pense donc, à quoi rêve
La triste source flétrie ?
Fulgure-t-elle, sa brève
Lueur parfois dans la vie,
L’éclair qui nous irradie?
Nous qui recherchons sans trêve
Dans les jours d’obscurité
Pour la pauvre humanité
Le chemin qu’elle perdit?

Que méditent donc, que pensent
Ceux-là sans cesse qui poussent
La brouette des souffrances ?
Est-ce qu’au moins sur leurs lèvres
Que pèlent et que calcinent
Les perpétuels soucis
Brille parfois un sourire ?
Un reflet de l’avenir,
D’un lendemain plus heureux
Qui nous ferait reconnaître
Dans les ténèbres des cieux
Toute dorée, une rive ?

À quoi pense la famine
Dans les caves faméliques ?
Le sommeil ne veut venir
Et la nuit n’est que silence,
Est-ce qu’au moins elle entend
Dans la paix l’écho de fer –

C’est le pas pesant des temps,
Générations en marche,
Est-ce que le ciel se fend
Parfois dans la main de Dieu ?
Est-ce qu’il voit le tonnerre,
Est-ce qu’il sait que c’est vrai?

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les Horloges (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

Les Horloges

Les sabliers nous avertissent que nous devenons tous ce qui compte nos instants.
Les clepsydres nous disent qu’il n’y a pas dans ce monde une minute qui ne puisse être marquée par une larme,
et que les générations qui se succèdent ne sont rien de plus que des gouttes d’eau qui tombent.
Orateurs silencieux, les cadrans solaires nous mesurent avec l’ombre la durée de la lumière
et nous répètent sans cesse que peine et plaisir,
rien ne marche qui ne fasse partie de la mort.

Les sabliers, les clepsydres, les cadrans solaires ne parlaient à la pensée qu’en s’adressant aux yeux.
L’homme a trouvé que ce n’était point assez.
Il a forcé l’oreille d’entendre et d’écouter la fuite du temps.
Sans vouloir s’informer de ce qu’elles deviennent, il a mis des grelots au troupeau de ses heures,
et, grâce à cette heureuse invention, il peut de moment en moment entendre sonner le glas d’une portion de sa vie.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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Retouche à Waterloo (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Louis Dumoulin 
    
retouche à Waterloo

Depuis cinq générations qu’ils labourent le champ bas
chaque année ils trouvent un os
et le gardent pour le Noël du chien.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Bouche endeuillée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
bouche endeuillée
énumérant mes morts

bouche sans langue
prière à nul

se succèdent en ma personne
des générations
de passagères sans destin
oscillent étranges

pleure-moi d’être ici
pleure-moi et attache-moi aux roses
à la source qui a cessé
présage-moi des lumières effarées

conversation des exterminateurs
qui viennent à mon visage
paré à vivre

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Pourquoi cet obstiné refus du plaisir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Pourquoi cet obstiné
refus du plaisir
pourquoi ce refus de la vie

tout un pan
de la vieille Espagne
dans ce monastère
enfoncé sous la roche

mêlé à la roche
écrasé par la roche
San Juan de la Peña

enfoui je ne sais où
au plus reculé
de l’Espagne profonde

génération après génération
les centaines les milliers d’hommes
affamés assoiffés
qui ont dépéri là
loin de la femme
et de sa chair bienfaisante
loin des bontés des orages
des ivresses de la vie

pourquoi ce rejet
du corps
pourquoi ce mortel
refus de soi

pourquoi ces existences
verrouillées
acharnées à arracher
ce qui grondait
dans le sang
et voulait s’épanouir

le nécessaire bonheur d’être
se refuse aux âmes
et aux corps asséchés

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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