Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘genèse’

GENÈSE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018




    
GENÈSE

Si la terre s’arrêtait de tourner
Si les ailes n’allaient plus jamais se refermer
Si l’homme reprenait l’enfance au premier geste
Le plus clair de son temps
Pour satisfaire l’amour

La neige coulera comme un beau marbre antique
Mais le ciel gardera ses ardoises dorées
Il y aura les hauts visages
Les signes blancs de ceux qui dressent les moissons
Le bruit de pas feutrés derrière la cloison
Les sortilèges des mansardes

On parlera de toi
Et beaucoup du retour
Les mains s’aligneront un soir sur le rivage
Le meilleur de nous deux retenu pour longtemps

Déjà je parle aux arbres
Et mes doigts me suffisent
Déjà les torses flambent au bord du lendemain
Et le soc d’une étoile nous ouvre le chemin.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration: Joane Michaud
    
Le poète est la genèse d’un être
qui projette et d’un être qui retient.

A l’amant, il emprunte le vide;
à la bien-aimée, la lumière.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Deux forces (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Edu Barberdo

    

Deux forces collaborent à la genèse du poème,
avec l’une il s’élève, avec l’autre il s’érode,
avec l’une et l’autre il s’épanouit.

Pourquoi est-il si ardu
de ne pas les dissocier ?

(Pierre Dhainaut)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 4 Comments »

Le poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



amants

Le poète est la genèse d’un être qui projette
et d’un être qui retient.
A l’amant il emprunte le vide,
à la bien-aimée, la lumière.
Ce couple formel,
cette double sentinelle
lui donne pathétiquement
sa voix.

(René Char)

Illustration: Auguste Rodin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Qui restera ? (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



qui restera ?

qui restera ? qu’est-ce qui restera ? il restera un vent,
restera l’aveuglement d’un aveugle, disparaissant.
restera un signe de la mer : un bracelet d’écume,
restera un petit nuage, enchevêtré dessus un arbre.

qui restera ? qu’est-ce qui restera ? restera une syllabe,
herbe de la genèse en recréation croissant.
restera la rose-violon, pour elle-même fleurissant,
sept herbes d’entre les herbes chercheront compréhension.

plus que toutes les étoiles depuis le nord jusqu’ici-bas,
restera cette étoile qui tombe dans une seule larme.
sans cesse une goutte de vin restera dans la cruche.
qui restera, dieu restera, cela ne te suffit pas ?

***

ver vet blaybn?

ver vet blaybn? vos vet blaybn? blaybn vet a vint,
blaybn vet di blindkeyt funem blindn, vos farshvindt.
blaybn vet a simen funem yam: a shnirl shoym,
blaybn vet a volkndl fartshepet oyf a boym.

ver vet blaybn? vos vet blaybn? blaybn vet a traf,
breyshesdik aroystsugrozn vider zayn bashaf.
blaybn vet a fidlroyz lekoved zikh aleyn,
zibn grozn fun di grozn veln zi farshteyn.

mer fun ale shtern azh fun tsofn biz aher,
blaybn vet der shtern, vos er falt in same trer.
shtendik vet a tropn vayn oykh blaybn in zayn krug.
ver vet blaybn, got ver blaybn, iz dir nit genug?

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Zoran Music

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Genèse (Joël Baudry)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2016



Genèse

La ressemblance est profonde
entre l’herbe et la pierre
sur elles le temps est silencieux,
la mort est vécue et n’existe plus
c’est dans ce rythme que je veux habiter
— mort vécue cent fois ou mort oubliée.

La confiance de l’écriture
justement soudée au souffle des éléments.
Chercher les unités les aimer
bâtir une fierté pour être plus encore
dans le balancement rituel des choses de ce monde.

La ressemblance est complète entre l’herbe et la pierre
mais l’herbe est de mon allure d’homme
la pierre m’échappe encore
— le noyau en moi est imparfaitement immobile.
Quête.
La pierre m’échappe encore.

Qui chevauche le grand voyage
apprend l’immobilité devant la pierre
le signe y existe obligatoirement
qu’importe quoi/qui l’a tracé
qu’importe qu’il y ait eu main d’homme,
le signe existe contemplation.

Cette genèse n’est pas celle de la pierre
la pierre se fiche des six jours et du repos
elle est le magma du dessus
et du dedans elle est l’absence idéale.
Je compte les jours ma marche a besoin du repos
j’existe tellement que je puis m’anéantir.

Dans l’écriture je m’absente.
La grâce des pierres gravées
nourrit le meilleur en nous.

(Joël Baudry)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

EN FACTION (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



EN FACTION

On m’envoie là-bas sur un grand tas de pierres
comme un cadavre illustre de l’âge de fer.
Les autres sont restés sous la tente et dorment
étalés comme les rayons d’une roue.

Sous la tente, le poêle fait la loi : un grand serpent
qui a gobé une boule de feu et qui siffle.
Mais pas un bruit ici dans la nuit de printemps
parmi ces pierres froides qui guettent la lumière.

Et ici dans le froid, je me mets à voler
comme un chaman, je vole vers son corps
aux marques blanches laissées par le maillot –
nous étions en plein soleil. La mousse était chaude.

Je glisse le long de chauds instants
mais ne peux m’y attarder longtemps.
Ils me rappellent à eux, ils sifflent dans l’espace –
je rampe entre les pierres. Ici et maintenant.

Mission: être là où l’on est.
Même dans ce rôle grotesque et
compassé — je suis l’endroit précis
où la genèse se perfectionne.

Le jour vient, les troncs des arbres épars
maintenant se colorent, les fleurs du printemps
qu’a mordues la gelée ratissent doucement le terrain
et recherchent quelqu’un qui disparut dans l’ombre.

Mais être là où l’on est. Et attendre.
Je suis anxieux, obstiné et confus.
Les événements futurs, ils existent déjà!
Je le sens. Ils sont là dehors:

Une foule de gens qui murmurent au-delà des barrières.
Ils ne pourront passer qu’un à un.
Ils veulent entrer. Pourquoi? Ils arrivent
un à un. Je suis le tourniquet.

(Tomas Tranströmer)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COCAGNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015



 

Didier Delamonica - French Mystical Fantasy painter -    (6) [1280x768]

COCAGNE

Les femmes étaient si belles
que les chevaux devinrent centaures, les poissons sirènes.
Les colombes naquirent.

On inventa la chevelure qui se défait, la ceinture qui se dénoue,
la sandale qui se délace, le voile qui glisse.
Il y eut des cheveux qui devinrent follets, du duvet sur les pêches
et pour la première fois les chasseurs furent émus par les yeux de la biche.

Chacun se fit du monde une idée prise aux fleurs
comme le miel et le langage s’orna de battements de cils.

On se regardait dans le blanc des yeux pour se voir purs.
On se saluait par « Bouche que veux-tu ? »
Tout le monde se faisait des châteaux partout, même en Espagne.

Chaque enfant bénéficiait de la vertu originelle.
On enfantait dans les honneurs et on trouvait son pain tout cuit dans une machine.

Tout le monde avait l’âge des folies et l’âge d’or.
Personne n’avait la folie de l’or.
Les enfants seuls avaient la folie des grandeurs
et ils en guérissaient spontanément le jour où se terminait leur croissance.

Dieu avait disparu depuis que Caïn et Abel, de commun accord, l’avaient rossé.
On inventa alors l’histoire de la création du monde.
« Que le bonheur soit et le bonheur fut » ainsi commençait la Genèse.

On ne portait que des couronnes qui ne duraient que ce que durent les fleurs coupées.
Le titre d’homme était universel et héréditaire.
Des fleurs, des fruits et des animaux furent anoblis.
Certaines poires devinrent comtesses et beaucoup de chiens devinrent marquis.

(Ernest Delève)

Illustration: Didier Delamonica

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :