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Posts Tagged ‘gentiane’

Ô le beau vêtement (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

La floraison du bâton

[ 1 ]

Ô le beau vêtement,
le bel accoutrement —

ne pense pas à Son visage
ni même à Ses mains,

n’imagine pas comment nous nous tiendrons
devant Lui ;

rappelle-toi la neige
sur Hermon ;

ne regarde pas en contrebas
où la gentiane bleue

renvoie un dessin géométrique
sur la glace flottante ;

ne te laisses pas duper
par la géométrie de la perfection

car en ce moment même,
la terrible bannière

assombrit la tête de pont ;
nous avons montré

que nous pouvions tenir ;
nous avons résisté

à la colère, à la frustration,
au feu amer de la destruction ;

laisse les villes qui brûlent en contrebas
(nous avons fait notre possible),

nous avons donné jusqu’à ne plus avoir à donner ;
hélas, c’était la pitié, et non l’amour que nous donnions

ayant tout donné, laissons tout ;
et surtout, abandonnons la pitié

et montons plus haut
jusqu’à l’amour — résurrection.

***

THE FLOWERING OF THE ROD

O the beautiful garment,
the beautiful raiment—

do not think of His face
or even His hands,

do not think how we will stand
before Him ;

remember the snow
on Hermon;

do not look below
where the blue gentian

reflects geometric pattern
in the ice-floe;

do not be beguiled
by the geometry of perfection

for even now,
the terrible banner

darkens the bridge-head;
we have shown

that we could stand;
we have withstood

the anger, frustration,
bitter fire of destruction ;

leave the smouldering cities below
(we have done all we could),

we have given until we have no more to give;
alas, it was pity, rather than love, we gave;

now having given all, let us leave all;
above all, let us leave pity

and mount higher
to love—resurrection.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Marc Chagall

 

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La gentiane (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



Je t’aime et je ne sais pas ce que je voudrais,
Je voudrais me coucher et je m’endormirais…
La gentiane est bleue et noire à la forêt.

(Francis Jammes)


Illustration

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LE POEME (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Audrey Kawasaki  attente

LE POEME

TOUT est
dans le son. Une chanson.
Rarement une chanson. Ce devrait

être une chanson — faite
de détails, de guêpes,
une gentiane — quelque chose
d’immédiat, ciseaux
ouverts, regard
de dame — qui s’éveille
centrifuge, centripète.

***

THE POEM

IT’s all in
the sound. A song.
Seldom a song. It should

be a song — made of
particulars, wasps,
a gentian — something
immediate, open
scissors, a lady’s
eyes — waking
centrifugal, centripetal

(William Carlos Williams)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Je t’aime… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    

Je t’aime…

I
Je t’aime et je ne sais ce que je te voudrais.
Hier res jambes douces et claires ont tremblé
quand ma gorge t’a touché, lorsque je courais.
II
Moi, le sang a coulé plus fort comme une roue,
jusqu’à ma gorge, en sentant tes bras ronds et doux
luire à travers ta robe connue des feuilles de houx.
I
Je t’aime et je ne sais pas ce que je voudrais.
Je voudrais me coucher et je m’endormirais…
La gentiane est bleue et noire à la forêt.
II
Je t’aime. Laisse-moi te prendre dans mes bras…
La pluie luit au soleil sur les arbres du bois…
Laisse-moi t’endormir et tu m’endormiras.
I
J’ai peur. Je t’aime et ma tête tourne, pareille
aux ruches du vieux banc оù sonnaient les abeilles
qui revenaient gluantes des raisins des treilles.
II
fait chaud. Les blés sont remplis de fleurs rouges.
Couche-toi dans les blés et donne-moi ta bouche.
Les mouches bleues au bas de la prairie — écoute ?
I
La terre est chaude. Il y a là-bas des cigales
près du vieux mur où sont des roses du Bengale,
sur l’écorce blanche et rugueuse des platanes.
II
La vérité est nue et mets-toi nue aussi.
Les épis crépiteront sous ton corps durci
par la jeunesse de l’amour qui le blanchit.
I
Je n’ose pas, mais je voudrais être nue ce soir…
Mais tu me toucherais et j’aurais peur de toi.
Je serais toute blanche et le soir serait noir.
II
Les geais ont crié dans le bois, car ils aiment.
Les capricornes luisants s’accrochent aux chênes.
Les abeilles qui aiment les longs vols blonds essaiment.
I
Prends-moi entre tes bras. Je ne peux plus qu’aimer
et ma chair est en air, en feu et en lumière,
et je veux te serrer comme un arbre un lierre.
II
Les troupeaux de l’Automne vont aux feuilles jaunes,
la tanche d’or à l’eau et la beauté aux femmes
et le corps va au corps et l’âme va à l’âme.

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce sera l’Été — tôt ou tard (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Ce sera l’Été — tôt ou tard.
Des Dames — avec ombrelles —
Des Messieurs flânant — avec Cannes —
Des Fillettes — avec Poupées —

Coloreront le paysage blême —
Comme un éclatant Bouquet –
Bien que le Bourg, sous du Paros –
En ce jour — soit enseveli —

Les Lilas — ployant depuis mainte année —
Balanceront leur fardeau pourpre –
Les Abeilles — ne bouderont pas le chant –
Qu’ont bourdonné — leurs Ancêtres —

L’Églantine — rougira au Marais —
L’Aster — sur la Colline
Lancera — sa mode éternelle —
La Gentiane — ses plissés —

Puis l’Été repliera son miracle —
Comme les Femmes — plient — leur Robe –
Ou les Prêtres — rangent les Symboles —
Le Sacrement — administré —

***

It will be Summer — eventually.
Ladies —- with parasols —
Sauntering Gentlemen — with Canes —
And little Girls — with Dolls —

Will tint the pallid landscape –
As ’twere a bright Boquet —
Th0’ drifted deep, in Parian —
The Village lies — today —

The Lilacs — bending many a year —
Will sway with purple load —
The Bees — will not despise the tune —
Their Forefathers — have hummed —

The Wild Rose — redden in the Bog —
The Aster — on the Hill
Her everlasting fashion — set —
And Covenant Gentians — frill —

Till Summer folds her miracle —
As Women — do — their Gown —
Or Priests — adjust the Symhols —
When Sacrement — is done —

(Emily Dickinson)


Illustration: Claude Monet

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La croisée des chemins (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



La croisée des chemins

À la croisée des chemins entre brande et lande
Entre yin et yang au premier souffle bleu
Prescience des gentianes à la jonction des
Joncs et des aulnes au jaunissement sacré
Du feuillage intérieur là où l’esprit se tapisse
Au frémir de l’aubier au premier râle dans
L’eau cloque où le martin-pêcheur émigre
Du cristal au crépitement du temps au grelot
de la neige là où de rien commence
La mutation l’indéchiffrable au goût
De menthe fraîche.

(Charles Dobzynski)

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J’ALLAIS DANS LE VERGER… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (53) [1280x768]

J’ALLAIS DANS LE VERGER…

J’allais dans le verger où les framboises au soleil
chantent sous l’azur à cause des mouches à miel.
C’est d’un âge très jeune que je vous parle.
Près des montagnes je suis né, prés des montagnes.
Et je sens bien maintenant que dans mon âme
il y a de la neige, des torrents couleur de givre
et de grands pics cassés où il y a des oiseaux
de proie qui planent dans un air qui rend ivre,
dans un vent qui fouette les neiges et les eaux.

Oui, je sens bien que je suis comme les montagnes.
Ma tristesse a la couleur des gentianes qui y croissent.
Je dus avoir, dans ma famille, des herborisateurs
naïfs, avec des boîtes couleur d’insecte vert,
qui, par les après-midi d’horrible chaleur,
s’enfonçaient, dans l’ombre glacée des forêts,
à la recherche d’échantillons précieux
qu’ils n’eussent point échangés pour les vieux
trésors des magiciens des Bagdads merveilleuses
où les jets d’eau ont des fraîcheurs endormeuses.
Mon amour a la tendresse d’un arc-en-ciel
après une pluie d’avril où chante le soleil.
Pourquoi ai-je l’existence que j’ai ?… N’étais-je fait
pour vivre sur les sommets, dans l’éparpillement
de neige des troupeaux, avec un haut bâton,
à l’heure où on est grandi par la paix du jour qui tombe ?

(Francis Jammes)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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C’est la graine d’un lis qui ayant fleuri, fleurira à nouveau (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



La floraison du bâton

[10]
Il est folie de dire
vous tomberez, vous les grandes cités,

(à présent les cités sont brisées) ;
ce n’est ni tragédie, ni prophétie

d’une Prêtresse figée,
d’une Pythonisse solitaire

qui chante, psalmodie
en hexamètres brisés,

ruine, ruine des portes de la cité,
des chefs, des royaumes ;

c’est un simple calcul, algébrique,
c’est de la géométrie en vol,

sans dessin, une gentiane
dans un miroir de glace,

c’est pourtant, si tu veux, un lis
plié telle une pyramide,

un cône de fleurs,
pas un tas de crânes ;

c’est un lis, si tu veux,
chaque pétale, un royaume, éternité,

et c’est la graine d’un lis
qui ayant fleuri,

fleurira à nouveau ;
c’est cette plus petite des graines,

un des plus petits grains qui soit
qui produit des branches

ou se reposent les oiseaux ;
c’est ce baume florissant,

c’est tout-guérison,
à jamais ;

c’est la plus grande des herbes
et devient arbre.

***

a lonely Pythoness
It is no madness to say

you will fall, you great cities,
(now the cities lie broken) ;

it is not tragedy, prophecy
from a frozen Priestess,

who chants, who sings
in broken hexameters,

doom, doom to city-gates,
to rulers, to kingdoms;

it is simple reckoning, algebraic
it is geometry on the wing,

not patterned, a gentian
in an ice-mirror,

yet it is, if you like, a lily
folded like a pyramid,

a flower-cone,
not a heap of skulls;

it is a lily, if you will,
each petal, a kingdom, an aeon,

and it is the seed of a lily
that having flowered,

will flower again;
it is that smallest grain,

the least of all seeds
that grows branches

where the birds rest;
it is that flowering balm,

it is heal-all,
everlasting;

it is the greatest among herbs
and becometh a tree.

(Hilda Doolittle)

 

 

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