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Posts Tagged ‘geôle’

AU COIN DU FEU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



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AU COIN DU FEU

Rappelle-toi le mois d’antan qu’il fit si froid !
Tout le monde a souffert de ce cruel décembre.
Notre amour cependant y vécut comme un roi,
Tant son large soleil chauffa bien notre chambre.

Nous nous moquions du froid et du temps qu’il faisait,
Ayant capitonné de baisers notre geôle.
Au feu de notre cœur plus rouge qu’un creuset
Nous aurions fait flamber les banquises du pôle.

Parfois nous regardions les floraisons du gel
Au jardin de la vitre où croît l’arbre du givre.
Tout était blanc dehors, les champs, les toits, le ciel.
Rien qu’à voir ce linceul, nous nous sentions mieux vivre.

Bougonnant, se mouchant, toussant, crachant, couvert
D’un grand feutre de neige avec des plumes grises,
Parmi les aboiements des dogues de l’hiver
Du pays de l’onglée arrivait Jean-des-Bises.

Mais nous faisions la nique à ses cheveux poudrés;
Et quand à la fenêtre il nous jetait sa laine,
Nous lui disions : « Entrez, vieux gueux, quand vous voudrez !
Votre nez de glaçons fondra sous notre haleine. »

Et jusqu’au jour plus tiède où le carreau terni
Eut laissé couler l’eau de ses blanches écailles,
Pelotonnés au fond de notre amoureux nid,
Nous avons eu toujours bien chaud, comme deux cailles.

(Jean Richepin)

 

 

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L’AMOUR MALSAIN (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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L’AMOUR MALSAIN

Non, nous ne savons plus aimer comme nos pères.
Ils aimaient en lapins. Nous aimons en vipères.
Ils avaient l’amour calme et faisaient des enfants.
Nous, nos plaisirs fiévreux ont des nœuds étouffants.

Notre bonheur n’est point le fade cataplasme ;
C’est le vésicatoire aigu qui donne un spasme.
Vous voulons ce qui tord, nous voulons ce qui mord.
Et nous fouillons la vie en désirant la mort.

La femme de nos vœux est courtisane et sainte,
Un mélange infernal d’eau bénite et d’absinthe.
Nous cherchons le poison subtil et l’art nouveau
Qui nous crispent les sens, les nerfs et le cerveau.

Nous sommes dégoûtés de l’épouse placide
Dont le baiser n’est pas rongeant comme un acide.
Vos amours, ô bourgeois, sont des fromages mous :
Le nôtre, un océan d’alcool plein de remous.

Dans ce malstrom vorace et noir voguons sans trêve
Vers le ciel fantastique où fleurit notre rêve !
Tout le vieux monde, ainsi qu’une vieille liqueur
Rance au fond d’un flacon, nous fait lever le cœur.

Notre espoir, dédaigneux des paradis antiques,
Est en route pour des pays transatlantiques.
Là-bas, c’est le sol neuf, étrange, absurde, fou !
Nous voulons le trouver, nous ne savons pas où.

Mais nous fuyons l’amour ancien comme une geôle,
Et notre âpre débauche a l’inconnu pour pôle.

(Jean Richepin)

 Illustration

 

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Fuite (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Fuite

Fragile mon cœur ne tient plus en geôle,
Il lui faut l’espace et le grand air.
Volage? Non, mais plus rien ne l’enjôle,
Plus rien ne l’émeut, il a trop souffert.

Laissez-le comme une épave en dérive
Aller voguant vers son lointain destin,
Tout seul il veut arriver sur la rive,
Et se moque de ses jours incertains.

(Birago Diop)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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UNE VIE POUR RIEN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016


 

UNE VIE POUR RIEN

A douter si je suis, si j’aime, si j’espère,
Si j’habite ce monde ou si je l’ai rêvé,
Si j’attends le malheur ou s’il est arrivé,
Si, ce feu que j’attise, il est geôle ou repaire,

Qu’il fût un paradis, ce coeur qui s’exaspère,
Que quelqu’un s’en souvienne et le veuille sauver,
Que parfois mon regard, comme un drapeau levé,
Eclate un autre coeur et sa fortune impaire,

A me clamer vainqueur, à m’aimer mieux vaincu,
A balancer de vivre – et je n’ai pas vécu,
J’ai trahi, je trahis encore et m’épouvante

D’être là, d’avoir chaud, d’accepter sans remords
Qu’en vain ruisselle en moi cette averse fervente
Qui me parle d’amour avec la voix des morts.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Écorce (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Écorce

Arbre est mon nom, tempête est ma puissance,
Tous deux luttant devant l’éternité.
Que d’un oiseau m’habite enfin la grâce,
Je suis danseur sur le fil du printemps.

Le goût d’un fruit délivre d’une geôle
L’homme souffrant d’être seul en sa nuit.
Il coule une île entre chaque parole
Et tous les mots sont des vagues d’amour.

La feuille entend le chant de ses nervures.
En la serrant dans le livre du temps,
Je la préserve, arbre en forme de lyre
Et majesté plus douce que l’oiseau.

Arrachez-moi ! Que coule enfin la source
Que je dédie à la haute folie.
Navigateurs, prenez garde à l’étoile,
Elle vous ment : votre route est ailleurs.

Et nous allons, nous les enfants des arbres,
Vers un pays pour nous fait vertical.
Nous voyageons, nous nous comptons par mille
Avec nos bras, nos grands bras de feuillages.

(Robert Sabatier)

 

 

 

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INVENTION DE LA MORT (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



 

Anthony Ackrill   (3)

INVENTION DE LA MORT

QUAND je te vois dormant sur ce lit de misère,
Je ne recèle plus celui dont je suis né,
Cette chair dont l’émoi m’était prédestiné
Tandis qu’entre ses bras j’éveillais ta colère.

Je ne reconnais plus l’orphelin, le faux frère
Dans cette geôle d’or à mon trône enchaîné :
Me diras-tu ton nom par le mien couronné ?
Cette voix dans ma voix défendrait son mystère…

Ce fardeau que je livre à ton seul abandon,
Ce péché dont l’ilote oublia le pardon,
Cette route égarée au sein de ton absence,

Est-ce moi qui retiens, sans ombre et sans pouvoir,
Le douloureux instant dont la chute devance
Celle de l’ange en moi que j’étais pour te voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Anthony Ackrill 

 

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Quelques îles furent des geôles (Patricia Castex Menier)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2016



Quelques îles furent des geôles.

A la saison des mûres,
ne pas oublier,

en se blessant bêtement aux barbelés des ronces.

(Patricia Castex Menier)

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UNA OU LA MORT LA VIE (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



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UNA OU LA MORT LA VIE

Romps, écartèle, amour ! attelle au centre
La roue des vents que cercle l’horizon
Vivant soleil échappant à sa jante
Fais de ce coeur la proie de ses rayons
Ce coeur captif qui fut longtemps sa geôle
Réduite aux quatre murs de sa raison
Qu’il voie les angles vifs de sa muraille
Comme des aigles face au vide déployer
Une envergure cardinale à la mesure
De l’Ouvert que peut seul affronter un envol
Sans retour effaçant de son ombre le sol
D’un bord à L’autre sans quitter des yeux le centre.

(Pierre Emmanuel)

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