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Posts Tagged ‘geôlier’

LA BONNE FILLE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



LA BONNE FILLE

Et chaque nuit, la merveilleuse enfant du geôlier
se promenait toute nue dans les cellules
et donnait du plaisir à tous les prisonniers.
Quel pain d’amour avec le cruchon, la gamelle.
Ineffable chaleur, on t’a bien reconnue, va !
O poésie, ô fleur de cadenas.

(Norge)

 

 

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LA GEÔLIÈRE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration
    
LA GEÔLIÈRE

« Je suis le méchant garde-chiourme
qui des braves gens est honni
je suis gourmand, je suis gourmet
de la douleur des prisonniers.

-Je suis l’indulgent garde-chiourme
ces garçons-là… des assassins ?
Non ! des jeunes qui jettent leur gourme
ou des tempéraments malsains! »

Mais toi, que je tiens en volière
ma juge, amante et vraie geôlière
m’aimes-tu blanc, m’aimes-tu vert ?
(Oeil, avant-garde de l’enfer,
m’aimes-tu pour son goût pervers ?
Ou seulement pour te distraire ?

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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LE MENSONGE (Iwan Gilkin)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



LE MENSONGE

J’ai creusé mon cachot dans le mensonge épais,
Impénétrable et sombre, où, geôlier de moi-même,
Je m’enferme à l’abri même de ceux que j’aime,
Plus seul quand j’ai parlé qu’aux temps où je me tais.

Ma parole est un mur sans porte ni fenêtre
Qui monte autour de moi, dur, puissant et massif,
Avec maint bas-relief gai, trompeur et lascif :
Et nul œil curieux jusqu’à moi ne pénètre.

Seul, je me connais. Seul, je sais ce que je suis.
Seul, j’allume ma lampe en mes sinistres nuits.
Et, seul, je me contemple et, seul, je me possède.

Je me couche, comme un chartreux, dans mon linceul.
Et, loin de tout désir qui me flatte ou m’obsède,
Je goûte, comme Dieu, le néant d’être seul.

(Iwan Gilkin)

 

 

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Dans votre propre coeur (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
Dans votre propre coeur
Entendez-vous le pas,
Mais c’est plutôt la voix
D’une femme qui pleure?
Dans la chair sans issue
A peine elle remue
Pour ne pas effrayer
Son malheureux geôlier.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu as ce visage lisse (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



tu as ce visage lisse
ces gestes calmes
ce regard assuré
et tu vas d’un pas
tranquille

tu es la geôle
et le geôlier
d’un paria
que tu ne veux pas connaître
que tu refuses de nourrir
dont tu subis la faim la loi
que tu voudrais assassiner

j’entends ses cris
dans tes yeux

(Charles Juliet)

Illustration: René Magritte

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LES CONTRADICTIONS DU CORPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Gunther von Hagens

    

LES CONTRADICTIONS DU CORPS

Mon corps n’est pas mon corps, il est
d’un autre être l’illusion.
Il connaît l’art de me cacher
et il est tellement sagace
que moi-même il m’occulte à moi.

Mon corps, mais non pas mon agent,
mon enveloppe cachetée,
mon pistolet pour faire peur,
il est devenu mon geôlier,
il me sait mieux que je ne me sais.

Mon corps éteint le souvenir
qu’il me restait de mon esprit.
Il m’inocule son pathos,
m’attaque, me blesse et condamne
pour des crimes que n’ai commis.

Sa ruse la plus diabolique
consiste à se rendre malade.
Il me jette le poids des maux
qu’à chaque moment il ourdit
et il me passe en révulsion.

Mon corps inventa la douleur
afin de la rendre intérieure,
de l’incorporer à mon ld,
pour qu’elle offusquât la lumière
qui essayait de s’y répandre.

D’autres fois il se divertit
sans que je le sache ou le veuille,
et dans cette maligne joie,
dont sont imprégnées ses cellules,
il se moque de mon mutisme.

Mon corps ordonne que je sorte
quérir ce que je ne veux pas,
et il me nie, en s’affirmant
seigneur et maître de mon Moi
en chien servile transformé.

Mon plaisir le plus raffiné,
ce n’est moi qui vais le goûter.
C’est lui, à ma place, rapace,
et il tend des restes déjà
mâchés à ma faim absolue.

Si j’essaie de m’en éloigner
de m’abstraire, de l’ignorer,
il me revient avec le poids
entier de sa chair polluée,
son dégoût et son inconfort.

Avec mon corps il me faut rompre,
je veux l’affronter, l’accuser,
afin d’abolir mon essence,
mais il ne m’entend même pas
et s’en va par chemin contraire.

Déjà oppressé par son pouls
à l’inébranlable rigueur,
plus ne suis celui que j’étais:
dans une volupté voulue,
je sors danser avec mon corps.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Chanson du geôlier (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Chanson du geôlier

Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j’aime
S’il en est encore temps
Et que j’ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l’avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu’elle soit libre
Et même de m’oublier
Et même de s’en aller
Et même de revenir
Et encore de m’aimer
Ou d’en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu’à la fin des jours
La douceur de ses seins modelés par l’amour.

(Jacques Prévert)

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Chanson du geôlier (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017




Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j’aime
S’il en est encore temps
Et que j’ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l’avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu’elle soit libre
Et même de m’oublier
Et même de s’en aller
Et même de revenir
Et encore de m’aimer
Ou d’en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu’à la fin de mes jours
La douceur de ses seins modelés par l’amour

(Jacques Prévert)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Le Doux Miracle (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



Le Doux Miracle

Qu’est-ce que cela ? Prodige ! Mes mains fleurissent.
Des roses, des roses, des roses poussent sur mes doigts
Mon amant m’a baisé les mains, et d’elles,
Oh, grâce ! Des roses ont jailli comme des étoiles.

Et je vais par le sentier en criant le charme à tue tête,
et dans le bonheur le sourire alterne avec les pleurs
et sous le miracle de mon enchantement
se parfument de roses les ailes du vent.

Les gens qui passent murmurent en me voyant :
« Ne voyez vous pas qu’elle est folle ? Qu’elle rentre chez elle.
Elle dit que des roses ont poussé de ses mains
et elle les va agitant comme des papillons ! »

Ah, bien pauvres les gens qui n’entendent jamais rien à
un miracle de ce genre, qui ne comprennent seulement
que ne naissent les roses que sur les rosiers
et qu’il n’y a de blé que celui des champs de blé !

Qui ont besoin de lignes, de couleur, de forme,
et qui n’admettent que la réalité pour norme.
Qui, quand l’un se prend à dire : « J’y vais avec douceur »
se mettent à la chercher immédiatement.

Qu’ils me disent folle, qu’ils me jettent en cellule,
qu’avec sept clés ils ferment la porte,
qu’ils mettent un chien pour monter la garde,
geôlier rude, geôlier fidèle.

Je chanterai le même chant :  » Mes mains fleurissent.
Des roses, des roses, des roses poussent sur mes doigts »
et toute ma cellule aura la fragrance
d’un immense bouquet de roses de France !

***

EL DULCE MILAGRO

¿Que es esto? ¡Prodigio! Mis manos florecen.
Rosas, rosas, rosas a mis dedos crecen.
Mi amante besóme las manos, y en ellas,
¡oh gracia! brotaron rosas como estrellas.

Y voy por la senda voceando el encanto
y de dicha alterno sonrisa con llanto
y bajo el milagro de mi encantamiento
se aroman de rosas las alas del viento.

Y murmura al verme la gente que pasa:
« ¿No veis que está loca? Tornadla a su casa.
¡Dice que en las manos le han nacido rosas
y las va agitando como mariposas! »

¡Ah, pobre la gente que nunca comprende
un milagro de éstos y que sólo entiende
Que no nacen rosas más que en los rosales
y que no hay más trigo que el de los trigales!

Que requiere líneas y color y forma,
y que sólo admite realidad por norma.
Que cuando uno dice: « Voy con la dulzura »,
de inmediato buscan a la criatura.

Que me digan loca, que en celda me encierren
que con siete llaves la puerta me cierren,
que junto a la puerta pongan un lebrel,
carcelero rudo carcelero fiel.

Cantaré lo mismo: « Mis manos florecen.
Rosas, rosas, rosas a mis dedos crecen ».
¡Y toda mi celda tendrá la fragancia
de un inmenso ramo de rosas de Francia!

(Juana de Ibarbourou)

 

 

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Les soupirs d’une âme exilée (Martial de Brives)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Les soupirs d’une âme exilée

Je vis, mais c’est hors de moi-même,
Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;
Je vis dans l’objet de ma foi
Que je ne vois pas et que j’aime ;
Triste nuit de long embarras
Où mon âme est enveloppée,
Si tu n’es bientôt dissipé,
Je me meurs de ne mourir pas.

Le nœud de flamme et de lumière
Qui lie à Dieu seul mon amour
Fait par un amoureux détour
Qu’il soit captif, et moi geôlière ;
À voir qu’en de faibles appâts
Il trouve une prison si forte,
Un si grand zèle me transporte
Que je meurs de ne mourir pas.

Bon Dieu, que longue est cette vie !
Fâcheux exil qui me détiens,
Que ta prison et tes liens
Pèsent à mon âme asservie :
L’espoir d’être libre au trépas
Me cause tant d’impatience,
Qu’attendant cette délivrance
Je me meurs de ne mourir pas.

Que cette vie est dégoûtante
Où l’on ne tient Dieu qu’en désir,
Où l’amour mêle son plaisir
À l’ennui d’une longue attente ;
Sentant que mon cœur déjà las
Succombe sous un faix si rude,
Je suis en telle inquiétude
Que je meurs de ne mourir pas…

(Martial de Brives)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

 

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