Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘géométrie’

Baruch Spinoza (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017


 


 

Baruch Spinoza

Brume d’or, le Couchant pose son feu
Sur la vitre. L’assidu manuscrit
Attend, avec sa charge d’infini.
Dans la pénombre quelqu’un construit Dieu.
Un homme engendre Dieu. Juif à la peau
Citrine, aux yeux tristes. Le temps l’emporte
Comme la feuille que le fleuve porte
Et qui se perd dans le déclin de l’eau.
Qu’importe. Il insiste, sorcier forgeant
Dieu dans sa subtile géométrie;
Du fond de sa maladie, son néant,
De ses mots il fait Dieu, l’édifie.
Le plus prodigue amour lui fut donné,
L’amour qui n’espère pas être aimé.

(Jorge Luis Borges)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Je suis descendu dans les jardins (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

Je suis descendu dans les jardins et j’ai vu les ossements solitaires.
J’ai dit : c’est nous, parmi tant de bras en croix, de genoux non brisés,
Nous deux qui nous sommes si étroitement enlacés.
J’ai dit : nous avons existé à la limite du feu éteint, à l’extrémité du monde
Sur ce rivage de l’attente la plus sensible,
Tout au commencement, qui ne connaît de fin, mais seulement lorgne
Vers l’autre extrémité, vers le côté de l’aile et du lys,
En attendant de traverser la pente dangereuse du vent.

Ce qui est sûr, c’est que le vent provient des ombres d’ailes
Et la poussière, de la géométrie de l’aventure.

Ta poussière est celle d’une confiance de colombe
Battant la vitre de la pluie, touchant le simandre
Des jours qui sont comblés par l’aube pâle.

(Georges Themelis)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Veillée (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017


7-amants

 

nuit, renard de glycine
les amants se perdent
dans des géométries nouvelles
sous les toits
des mains sans bagues
tressent des poèmes

(Daniel Boulanger)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Il suffit d’un cri (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2017



Il suffit d’un cri –
Et c’est une autre géométrie.

(Guillevic)


Illustration: Dominique Grassigli

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , | 3 Comments »

POÈME DE GÉOMÉTRIE… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016



POÈME DE GÉOMÉTRIE…

Poème de géométrie et de silence
Angles aigus et lisses
Le blanc vit entre deux lignes.

***

POEMA DE GEOMETRIA…

Poema de geometria e de silêncio
Ângulos agudos e lisos
Entre duas linhas vive o branco

(Sophia de Mello Breyner Andresen)


Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce que tu vois, ce que tu touches (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2016



Ce que tu vois, ce que tu touches,
Ce qui t’arrive par l’oreille,
C’est le réel.

Ce que tu ne vois pas, mais que tu sens,
Cette angoisse du merle
Et tant de noces dans l’espace,
Ce que veulent les papillons,
Ce qu’éprouvait le menuisier,
C’est le réel.

Ce que tu ne vois pas et ne sens pas non plus,
Mais qui est confirmé par d’autres, plus savants,
L’infra-rouge, tous ces rayons qui percent l’air,
Les occultes géométries que l’on calcule,
L’univers de l’atome où la force prend forme,
C’est le réel.

Tout ce qui est réel
Mérite d’être vu.
Tout ce qui est réel
Mérite qu’on l’approche.

Tout ce qui est réel
Suit la ligne du beau.

Nous aurons la main
Sur tout le réel.
Nous le tiendrons à notre guise
Un jour qui se profile.

Nous emploierons les choses
En montant avec elles
Leur ligne de beauté.

Nous ferons de la terre
Avec tout ce qu’elle a
Et porte dans l’espace,

Nous ferons de la terre
Et de l’espace aussi
Une corolle immense,

Balbutiant la rosée
Au soleil qui lui vient.

(Guillevic)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

SANS CADASTRE (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2016



SANS CADASTRE

De la rose à l’inadmissible
l’espace étroit comme une trace d’ange
est arpenté par le poète.

depuis les origines il sait
une géométrie plus furtive qu’Euclide.

Toujours tremblent les lieux. La marge
envahit le centre incertain de notre parole.

Et notre double
très doucement se décale de nous
dévoyant notre corps vers le vertige d’intervalles incommensurables
où le Cyclope vit cette chose nocturne
nommé Personne.

(Marie-Claire Bancquart)

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si, comme aux vents désignés par la rose… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



espace-temps  0328

Si, comme aux vents désignés par la rose
Il est un sens à l’espace et au temps,
S’ils en ont un ils en ont mille et plus
Et tout autant s’ils n’en possèdent pas.

Or qui de nous n’imagine ou pressent,
Ombres vaguant hors des géométries,
Des univers échappant à nos sens?

Au carrefour de routes en obliques
Nous écoutons s’éteindre un son de cor,
Toujours renaissant, toujours identique.

Cette vision du ciel et de la rose
Elle s’absorbe et se dissout dans l’air
Comme les sons dont frémit notre chair
Ou les lueurs sous nos paupières closes.

Nous nous heurtons à d’autres univers
Sans les sentir, les voir ou les entendre
Au creux été, aux cimes de l’hiver,
D’autres saisons sur nous tombent en cendre.

Tandis qu’aux vents désignés par la rose
Claque la porte et claquent les drapeaux,
Gonfle la voile et sans visible cause
Une présence absurde à nous s’impose
Matérielle, indifférente et sans repos.

(Robert Desnos)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Aimée d’un chant de rivière (Pierrette Micheloud)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016




Aimée d’un chant de rivière
Le givre fond sur tes cils
Ta prison blanche se craquelle.

Je prends mon vol. L’oie sauvage
Des monts ancestraux de la lune
M’a prêté ses ailes.

Je fends les géométries
Que l’école m’apprenait.

Notre planète embellie
De ton rire, perle ou galet
Tes cheveux à claire-voie de l’ombre.

Déjà la main se prononce
Pour une soie non filée.

À l’eau vive l’eau dit ton visage.

(Pierrette Micheloud)

Illustration: John Collier

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :