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Les plus tristes amours du monde (Gérard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Les plus tristes amours du monde,
Ô mon coeur, qui les a chantées?
Sapho? Didon? Yseult la blonde?
Ariane en son île ronde?
Armide aux grâces enchantées?
Les plus tristes amours du monde,
Ô mon coeur, qui les a chantées?

Les plus tristes amours du monde,
Ô mon coeur, qui les a vécues?
Grande Hélène, en désirs féconde?
Héro tendant les bras vers l’onde?
Cléopâtre deux fois vaincue?
Les plus tristes amours du monde,
Ô mon coeur, qui les as vécues?

(Gérard d’Houville),

nom de plume de la fille de José Maria de Heredia

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Les Espaces Infinis (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



Je reviens d’un séjour effrayant; n’y va pas!
Que jamais ta pensée, anxieuse, intrépide,
N’aille scruter le bleu du ciel, distrait et vide,
Et presser l’infini d’un douloureux compas!

Ne tends jamais l’oreille aux musiques des sphères,
N’arrête pas tes yeux sur ces coursiers brûlants:
Rien n’est pour les humains dans la haute atmosphère,
Crois-en mon noir vertige et mon corps pantelant!

[…]

– Puisque rien de l’espace, hélas! ne te concerne,
Puisque tout se refuse à l’anxieux appel,
Laisse la vaste mer bercer l’algue et le sel,
Et l’étoile entr’ouvrir sa brillante citerne,

Abaisse tes regards, interdis à tes yeux
Le coupable désir de chercher, de connaître,
Puisqu’il te faut mourir comme il t’a fallu naître,
Résigne-toi, pauvre âme, et guéris-toi des cieux…

(Anna de Noailles)

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Lorsque vous m’étendrez au bûcher de santal (Gérard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Lorsque vous m’étendrez au bûcher de santal,
Avant que je devienne une cendre légère
Éloignez de mes doigts l’obole de métal.

Je veux que ce qui fut ma grâce passagère
Charme encor d’un baiser le passeur infernal
Quand vous, de ces baisers, n’aurez que la poussière.

Puisque l’ennui de vivre et l’effroi, tour à tour,
De la mort, ont toujours tourmenté mes pensées
Et que triste et divin fut mon terrestre amour,

Que je rentre à jamais dans les choses passées
Et que de ma beauté l’on parle quelque jour
Quand je serai lointaine aux mémoires lassées.

Mon âme, fleur funèbre, ô nuit, t’embaumera;
Papillon ténébreux que le sort fit diurne,
Son aile d’ombre errante en l’ombre se perdra.

Et moi qui fus si grande, une très petite urne
D’argile ou de cristal transparent contiendra
Ma chair voluptueuse et mon cœur taciturne.

(Gérard d’Houville)

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Epitaphe (Gérard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2016



Je veux dormir au fond des bois, pour que le vent
Fasse parfois frémir le feuillage mouvant
Et l’agite dans l’air comme une chevelure
Au-dessus de ma tombe,et, selon l’heure obscure
Ou claire, l’ombre des feuilles avec le jour
Y tracera, légère et noire, et tour à tour,
En mots mystérieux, arabesque suprême,
Une épitaphe aussi changeante que moi-même.

(Gérard d’Houville), nom de plume de la fille de José Maria de Heredia

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L’Endormie (Gerard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



Elle dormait, pareille aux indécentes roses…
Et l’homme contemplait, parmi les grands coussins,
Cette femme, jetée en naïve pose:
Blanche flexible et double où fleurissent les seins.

Ah! comme il se penchait sur cette forme nue
Dont la ligne allongée et le nacré contour
Avaient l’éclat doré des lumineuses nues
Que l’on voit disparaître au soir d’un trop beau jour!

Soeur de la bête libre et des plantes captives,
Esclave de la lune, ondoyant océan,
Un homme est là, courbé sur tes dormantes rives,
Qui guette ton mystère et scrute ton néant.

Oui, dormeuse, le sage interroge ton songe…
Sa raison sur ton être élève sa lueur
Et, dans ta volupté, ta grâce et ton mensonge,
Cherche le vol posé d’une âme sur tes fleurs.

A l’aide de la froide et sévère pensée
Il voudrait te saisir, ô charme de la nuit,
Quand sur la ciel du rêve indolemment bercée
Tu sembles t’éloigner de la terre et de lui…

Douce belle aux yeux clos, on te trahit: Prends garde!
Un homme curieux sur ta couche est penché,
Hostile, il te surprend, te juge, te regarde,
Mélancolique Amour interrogeant Psyché.

… Mais elle, en son sommeil que veille sa malice,
A senti le reflet de ce regard voleur
Et tiré d’un seul coup la couverture lisse
De ce geste ennemi que l’on nomme pudeur;

Car, ainsi qu’il ne peut surprendre la nature
Dans l’auguste candeur de ses cruels secrets,
L’homme doit respecter ton innocence impure,
Femme, et croyant t’aimer, ignorer qui tu es.

(Gerard d’Houville)

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Petite morte (Gérard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



Sur ton sein ténébreux, enfant triste endormie,
Ô Terre! je repose, et serre entre mes bras
La poupée aux yeux peints qui fut ma seule amie
Et qui sait mes secrets, qu’elle ne dira pas.

(Gérard d’Houville)

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