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Poésie

Posts Tagged ‘gésir’

La campagne est mouillée de sevrage (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

La campagne est mouillée de sevrage
La voix nuptiale empruntée aux pierres

Heure boisée qu’excède l’amour
Tu innocentes ta trouvaille d’enfant

Tu gis sur le chemin trempé
Et de pluie tu défailles

Maintenant brillent d’obscures larmes
Tu acceptes la peur immaculée de vivre

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre
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Du calme, vieux fou (William Faulkner)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



    

Du calme, vieux fou: ce n’est pas pour toi.
Quelque part c’est le printemps avec du vert et de l’or pur
Et cruel avril ensemencé par une vallée encaissée,
Quelque part l’amère lune décroissante pâlit
Et le jour de colline en colline s’éveille dans un froid féroce.

Sur la terre déjà alerte et pleine de vent et de soleil
Où les printemps refécondent leur mouvement vernal,
Où je dors maintenant, je gis et m’accroche,
Mais sauvage la terre qui m’abrita à mes vingt et un ans.

Quelque part une lune croissante qui ne me trouvait pas
Priva ensuite du bleu les jardins sans vent,
Quelque part une verte blessure perdue (mais c’est mieux
Qu’un accablement totalement oublié)
Quelque part une jeunesse, une bouche charmante à embrasser…

***

Somewhere is spring with green and simple gold
And cruel April spawned by loined vale,
Somewhere the dying bitter moon grows pale
And day from hill to hill wakes fie ry-cold.

In earth yet quicked and filled by wind and sun
Where springs rewomb their vernal gesturing,
Where I now sleep, I closer lie and cling,
But wild were earth housed me at twenty-one.

Somewhere a moon that waxed and found me not
Then waned the windless gardens of the blue,
Somewhere a lost green hurt (but better this
Than in rich desolation long forgot)
Somewhere is youth, a grave sweet mouth to kiss —
Still, you fool, lie still: that’s not for you.

(William Faulkner)

 

Recueil: Hélène: ma cour
Traduction: Michèle Plâa et Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Blanche lune (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 

Illustration: Anne Fayet

    

Blanche lune, plaine de neige
un linceul recouvre notre coin de terre.
Les bouleaux, tout blancs, dans les bois s’affligent.
Qui gît ici ? qui est mort ? Serait-ce moi, déjá ?

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Chaque objet séparé (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Chaque objet séparé de son bruit, de son poids,
Toujours dans sa couleur, sa raison et sa race,
Et juste ce qu’il faut de lumière, d’espace
Pour que tout soit agile et content de son sort.
Et cela vit, respire et chante avec moi-même
— Les objets inhumains comme les familiers —
Et nourri de mon sang s’abrite à sa chaleur.
La montagne voisine un jour avec la lampe,
Laquelle luit, laquelle en moi est la plus grande ?
Ah ! Je ne sais plus rien si je rouvre les yeux,
Ma science gît en moi derrière mes paupières
Et je n’en sais pas plus que mon sang ténébreux.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le vent je l’entends qui soupire (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Le vent je l’entends qui soupire
L’automne n’a pas plus triste accent,
Au sol les feuilles mortes gisent
Aussi serrées que fleurs du printemps —

Cette nuit sombre m’a invitée
À vagabonder au loin.
Des sentiments anciens sur moi fondent
Comme vautours cernant leur proie —

Tendres ils furent jadis, et chéris,
Mais froids et sans joie à présent —
Que leur ombre tenace n’a-t-elle péri
Quand leur lumière a fui mon front !

On dirait la vieillesse qui feint
La souplesse de l’enfant,
Mon âme faussée durcie quand elle se plie
À leurs fantaisies sauvages

Pourtant je pourrais avec les plaisirs d’hier,
Du malheur d’hier obtenir l’oubli —
Afin que par la mort de mes plus chers trésors
Meurent mes plus mortels soucis

Oh alors l’aube d’un nouveau jour
Poindrait peut-être là-haut —
Un autre été dorerait ma joue,
Mon âme, un autre amour —

***

The wind I hear it sighing
With Autumn’s saddest sound,
Withered leaves as thick are lying
As spring flowers on the ground —

This dark night has won me
To wander far away.
Old feelings gather fast upon me
Like vultures round their prey —

Kind were they once, and cherished,
But cold and cheerless now —
I would their lingering shades had perished
When their light left my brow

Tis like old age pretending
The softness of a child,
My altered hardened spirit bending
To meet their fancies wild

Yet could I with past pleasures,
Past woe’s oblivion buy —
That by the death of my dearest treasures
My deadliest pains might die

O then another daybreak
Might haply dawn above —
Another summer gild my cheek,
My soul, another love —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration

    
LE LINOT DANS LE VAL ROCHEUX

Le linot dans le val rocheux,
L’alouette des landes dans l’air,
L’abeille parmi les bruyères
Qui cachent ma belle maîtresse :

Où gît son sein broute le cerf
Et nourrit l’oiseau sa couvée;
Ceux-là même à qui son amour
Souriait, l’ont abandonnée!

Tout d’abord, quand la noire tombe
Sur sa dépouille se ferma,
Ils crurent que jamais leurs coeurs
Ne reverraient lueur de joie,

Que toujours le flot de la peine
Baignerait les ans à venir;
Leur angoisse amère, où est-elle?
Leurs pleurs déchirants, où sont-ils?

Qu’ils courent donc après l’Honneur
Ou le fantôme du Plaisir,
L’habitante de chez les morts,
Non moins changée, est impassible.

Si leurs yeux veillaient dans les larmes
Jusqu’à tarir leur source vive,
Son sommeil si calme, en retour,
N’exhalerait pas un soupir.

Passe, vent d’ouest, sur ce tertre;
Murmurez, ruisseaux printaniers,
Et les rêves de ma maîtresse
Seront doux : vous y suffirez.

***

THE LINNET IN THE ROCKY DELLS

The linnet in the rocky dells,
The moor-lark in the air,
The bee among the heather-bells
That hide my lady fair:

The wild deer browse above her breast;
The wild birds raise their brood;
And they, her smiles of love caressed,
Have left her solitude!

I ween, that when the grave’s dark wall
Did first her form retain,
They thought their hearts could ne’er recall
The light of joy again.

They thought the tide of grief would flow
Unchecked through future years,
But where is all their anguish now,
And where are all their tears?

Well, let them fight for Honour’s breath,
Or Pleasure’s shade pursue-
The Dweller in the land of Death
Is changed and careless too.

And if their eyes should watch and weep
Till sorrow’s source were dry,
She would not, in her tranquil sleep,
Return a single sigh.

Blow, west wind, by the lonely mound,
And murmur, summer streams,
There is no need of other sound
To soothe my Lady’s dreams.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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IL DEVRAIT N’ÊTRE POINT DE DÉSESPOIR POUR TOI (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
IL DEVRAIT N’ÊTRE POINT DE DÉSESPOIR POUR TOI

Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chères de tes années sont-elles pas
Autour de ton coeur à jamais?

Ceux-ci pleurent, tu pleures, il doit en être ainsi;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne.

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le coeur brisé.

***

THERE SHOULD BE NO DESPAIR FOR YOU

There should be no despair for you
While nightly stars are burning,
While evening sheds its silent dew,
Or sunshine gilds the morning.

There should be no despair, though tears
May flow down like a river:
Are not the best beloved of years
Around your heart forever?

They weep — you weep — it must be so;
Winds sigh as you are sighing;
And Winter pours its grief in snow
Where Autumn’s leaves are lying.

Yet they revive, and from their fate
Your fate cannot be parted,
Then journey onward, not elate,
But never broken-hearted.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Qui donc vous a surpris… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Luana Béatrice Lazar

    
Qui donc vous a surpris…

Qui donc vous a surpris, ô concert de parfums,
Musique résonnant comme au bord d’un abîme,
Vert chaleureux d’un pâtre en l’arc-en-ciel des cîmes,
Orage sombre pleurant sur nos bonheurs défunts.

Plus parfaits, plus moelleux qu’un contour mélodique,
Vous parlez à notre âme et ravagez nos sens,
Et vous nous caressez, tels des doigts frémissants,
Gestes enténébrés qu’aucun devin n’explique.

L’accord des buis amers et des oeillets musqués
Nous verse des liqueurs aux sûres attirances,
Je percois à travers leurs subtiles fragrances
Le piège que nous tend le désir embusqué.

Au secret éternel seul accent qui déroge,
Les parfums sont des fleurs aux vases du Léthé;
Plus clairs que le reflet des ruisseaux enchantés,
Les magiques miroirs que mon coeur interroge.

Fruits blets des bois rouillés, feuillages des sureaux,
Il suffit qu’au flacon merveilleux je m’abreuve
Pour que tout ce qui dort épars en moi s’émeuve,
Que s’agitent des morts au fond de leurs tombeaux.

Plus loin que la raison vaine et la conscience,
Jusqu’aux instincts gisants à jamais ignorés,
Dieux qu’on a détrônés, parfums, vous pénétrez:
Vous êtes l’infini distillant son essence.

(Marie Dauguet)

 

 

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RONDEAU DE LA NEIGE (André Mary)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
RONDEAU DE LA NEIGE

Tombe, la neige !
Triste manège :
Moucher, toussir,
Prendre élixir,
Au lit gésir.
Maint déplaisir
Mon mal rengrège.
Tombe, la neige.

Pardonnerai je ?
Ou haïrai je ?
Je n’ai loisir
De rien choisir.
Sur tout désir
Tombe la neige.

(André Mary)

 

Recueil: Rimes et bacchanales
Editions: François Pradelle

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Rends-nous à notre eau (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017




    
Nous répéterons
Il sera dit si nous ne répétons pas
Que nous sommes finis
Rends-nous à notre eau — dans le fond
Où gisent le flux
Et le reflux
Toi, source, notre source qui afflue dans nos deux corps
Rends-nous à nous-mêmes

(Adonis)

 

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