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Poésie

Posts Tagged ‘gésir’

Ambiance diabolo menthe (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ambiance diabolo menthe
Sur le boulevard

Vert des arbres
Encore verts
Glaçons crus
D’un vent sans indulgence

Le soir tombe
D’un coup
Porte de Montreuil

La petite foule du vendredi
S’irrite

Entre les palissades des chantiers
Gisant noir
Dodu
Un sac poubelle
Embarrasse le trottoir

Le temps presse

Il est bientôt l’heure
De se repaître
Des malheurs du monde
Au journal télévisé

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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MIDI (Tomás Segovia)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration 
    
MIDI

Imprégnée de lumière, aveugle d’ardeur,
entourée de l’air dense
où s’enfoncent les bruits
comme de grosses pierres sourdes,
gît mollement la terre.

Masses et rondeurs se déploient
en une belle et barbare impudicité
aux côtés de laquelle j’aimerais m’allonger,

et avec des silences avides elle m’incite
à dormir durement abattu
dans la tiédeur obscure de ses vallées,

éteignant enfin cette flamme obstinée
contre la douce terre sans mémoire.

(Tomás Segovia)

 

Recueil: Cahier du nomade
Traduction: Jean-Luc Lacarrière
Editions: Gallimard

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Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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ISIS ERRANTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Susan Seddon Boulet
    
ISIS ERRANTE

Cela aussi est une expérience de l’âme,
Le monde démembré qui jadis fut le dieu tout entier,
Dont les fragments brisés gisent à présent, morts.
Cette disparition de la réalité elle-même est réelle.

Recueillant sous mon manteau noir les vestiges de la vie
Qui stagnent, déchus, parmi les gens et les lieux,
Je scrute le double désert de ma solitude,
Le monde extérieur mort, et l’esprit stérile.

Jadis Il fut présent, sacré, dans la maison du monde,
Portant le jour comme un vêtement, sa beauté visible
Dans l’homme et le blé lorsqu’Il descendait la rivière fertile.
Il comblait d’amour l’espace de ma nuit.

Je trace le contour de sa main qui disparaît sur un nuage,
Et cela, son sang, coule de la blessure d’un soldat qui meurt.
Dans les champs fracassés son corps est épars, ses membres gisent

Écartelés comme une carlingue naufragée dans le sable.
Son crâne est une cathédrale morte, et les rayons de sa couronne
Brillent dans du fer-blanc et du verre cassé.
Ses yeux bleus se reflètent des lacs dans le ruisseau,
Et sa force est la pierre désolée des cités abattues.

Oh, dans les débris de vaisselle de mes rêves,
Me tournant vers les tessons des jours passés,
Découvrirai-je son visage aimé profané?
Les fonds inexplorés du sommeil sont-ils sa tombe?

Après la fin dangereuse estompée de la nuit
Dans les caveaux de la peur ses os reposent-ils,
Et le dédale du cauchemar mène-t-il vers la puissance qui est là cachée?
Les eaux infernales menaçantes recouvrent-elles le roi ichtien?

Je rassemble les fragments divins dans le mandala
Dont le centre est la puissance créatrice perdue,
Le soleil, le cœur de Dieu, le lotus, l’électron
Qui fait palpiter monde après monde, rayon après rayon
Pour que celui qui vivait au commencement renaisse au dernier jour.

***

ISIS WANDERER

This too is an experience of the soul
The dismembered world that once was the whole god
Whose broken fragments now lie dead.
This passing of reality itself is real.

Gathering under my black cloak the remnants of lift
That lie dishonoured among people and places
I search the twofold desert of my solitude,
The outward perished world, and the barren mind.

Once he was present, numinous, in the bouse of the world,
Wearing day like a garment, bis beauty manifest
In corn and man as he journeyed down the fertile river.
With love he filled my distances of night.

I trace the contour of bis hand fading upon a cloud,
And this bis blond flows from a dying soldier’s wound.
In broken fields bis body is scattered and bis limbs lie
Spreadeagled like wrecked fuselage in the sand.

His skull is a dead cathedral, and bis crown’s rays
Glitter from worthless tins and broken glass.
His blue eyes are reflected from pools in the gutter,
And his strength is the desolate stone of fallen cities.

Oh in the kitchen-midden of my dreams
Turning over the postherds of post days
Shall I uncover his loved desecrated face?
Are the unfathomed depths of sleep his grave?

Beyond the looming dangerous end of night
Beneath the vaults of fear do his bons lie,
And does the mate of nightmare lead to the power within?
Do menacing nether waters cover the fish king?

I piece the divine fragments into the mandala
Wjhose centre is the lost creative power,
The sun, the heart of God, the lotus, the electron
That pulses world upon world, reg upon ray
That he who lived on the first me rire on the hast day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LE VENT DU TEMPS (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    

LE VENT DU TEMPS

Le temps est une tempête : les jours déferlent,
Les tombes profondes s’ouvrent d’une heure à l’autre,
Un courant balaie les rues et les maisons
Trop vite pour qu’on puisse y accoster.
Les villes font naufrage la nuit
Et nous sommes abandonnés, noyés dans cette aube vide.
Aucune terre n’est navigable, aucun oiseau visible.
Et sur les rivages, après la tempête gisent
Les débris du bonheur et de nos êtres passés,
Chambres et maisons mortes, coquillages étouffés.

***

THE WIND OF TIME

Time blows a tempest — how the days run high,
Deep graves are open between hour and hour,
A current sweeps the streets and houses by
Too fast to board them. Cities are wrecked by night
And we left drowning in Ihis empty dawn.
No land is seaworthy, no bird in sight.

And on the shores, after the tempes! lie
Fragments of past delight, and of pas! selves,
Dead rooms and houses, with the strangled shells.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Dominique Leuthold
    
GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL

Ci-gît, malade, un étudiant :
son destin est impitoyable !
Epargnez-lui toute potion :
le mal d’amour est incurable !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Homme, je pleure un corps (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018




Ici, dites-vous, dans cette sépulture dont je m’approche,
N’est pas qui j’ai aimé. Ni regard, ni sourire ne se cachent
Dans ce repli de terre.
Ah, mais ici, des yeux, une bouche se cachent !
J’ai serré des mains, non une âme, elles gisent ici.
Homme, je pleure un corps !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Edouard Bernard Debat-Ponsan

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Que la route est longue (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



    

Que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

Et lourdes sont les épines de la rose, le long du chemin tracé :

Saint Ignace
blanc et flamboyant
passant près d’une rose
se jeta sur le buisson
et meurtrit sa chair

avec la cloche de son habit noir
il voulait assourdir
la beauté du monde
jaillissant de la terre comme d’une blessure

gisant au fond
du berceau de piquants
il vit
le sang couler de son front
se figer sur ses cils
en forme de rose

et sa main aveugle
cherchant les épines
fut percée
du doux toucher des pétales

le saint dupé pleurait
au milieu des moqueries des fleurs

épines et roses
roses et épines
nous cherchons le bonheur

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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A Glendalough (Jacques Lovichi)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
A Glendalough
dans le Wicklow antique
il est un lieu qui défie la mémoire
(intersection de l’espace
et du temps)
Comme une vermine
y pullulent les siècles
sous le granit où git
l’éternité

Là, contre ciel dardant son obscure menace,
un doigt géant
admoneste
les dieux.

(Jacques Lovichi)

 

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La pluie est tombée tout le jour (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



    

La pluie est tombée tout le jour.
Ô viens parmi les arbres ployés :
Les feuilles gisent sur le chemin
Des souvenirs.

Nous attardant près du chemin
Des souvenirs nous devrons nous séparer.
Viens, ma bien-aimée, où je pourrai
À ton coeur parler.

***

Rain has fallen all the day.
O come among the laden trees:
The leaves lie thick upon the way
Of memories.

Staying a little by the way
Of memories shall we depart.
Come, my beloved, where I may
Speak to your heart.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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