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Posts Tagged ‘geste’

LA DANSE DES FLEURS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018




    
LA DANSE DES FLEURS

Anthis, danseuse de Lydie, a sept voiles autour d’elle.
Elle déroule le voile jaune, sa chevelure noire se répand.
Le voile rose glisse de sa bouche.
Le voile blanc tombé laisse voir ses bras nus.

Elle dégage ses petits seins du voile rouge qui se dénoue.
Elle abaisse le voile vert de sa croupe double et ronde.
Elle tire le voile bleu de ses épaules,
mais elle presse sur sa puberté le dernier voile transparent.

Les jeunes gens la supplient : elle secoue la tête en arrière.
Au son des flûtes seulement, elle le déchire un peu,
puis tout à fait, et, avec les gestes de la danse,
elle cueille les fleurs de son corps.

En chantant : « Où sont mes roses ? où sont mes violettes parfumées ?
Où sont mes touffes de persil ?
— Voilà mes roses, je vous les donne.
Voilà mes violettes, en voulez-vous ?
Voilà mes beaux persils frisés. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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J’adresserai demain (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
J’adresserai demain
à d’autres vagues
mes bouteilles à la mer,
je rassemblerai vos absences
pour les offrir à des visages
de clandestine ressemblance.
Ne faites plus un geste
vers mes lèvres.
Je meurs de silence.
Ce temps qui nous tire en arrière
répondra seul de notre histoire
quand bleus sous les paupières,
vos yeux foudroient l’orage.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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Dans la précision de gestes (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Illustration: Jeffrey T. Larson
    
Dans la précision
de gestes au quotidien,
retrouver l’esprit
sans demeure –

Le croiser,
s’arrêter un temps,
puis oublier
jusqu’à son nom.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Les bras (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Les bras

elle avait une façon de laisser les bras
accompagner le déplacement de son corps
qui désarmait toute analyse et disait, fort
bien, que la marche existe ailleurs que dans les pas

c’est de l’épaule que partait la courbe libre
volontaire et l’oeil commençait juste à la suivre
que déjà l’évasement du coude passé
le dessin se perdait dans l’isthme du poignet

jamais telle douceur n’avait paru plus ferme
ni l’évidence d’une peau plus éclatante
parcours sans faute d’une ligne dont la pente

pouvait surprendre par un geste qui la ferme
puis qui de nouveau l’ouvre et de nouveau l’oriente
écart inattendu qui comble notre attente

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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SOUS LA PLUIE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



SOUS LA PLUIE

Ah que la pluie dure !
Lente fraîcheur
Sur le monde replié
Passif et doux.

Pluie pluie
Lente lente pluie
Sur celle qui dort
Ramenant sur soi le sommeil transparent
Tel un frêle abri fluide.

Séjour à demi caché
Sous la pluie
Cour intérieure dérobée
Où les gestes de peine
Ont l’air de reflets dans l’eau
Tremblante et pure

Toutes les gouttes du jour
Versées sur celle qui dort.

Nous n’apercevons son coeur
Qu’à travers le jour qu’il fait

Le jour qu’elle ramène
Sur sa peine
Comme un voile d’eau.

(Anne Hébert)

Illustration: Irène Landau

 

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Fatigue des noms (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Henri Matisse    
    
Fatigue des noms

Si nous pouvions revenir au bois d’amour
où tous les noms s’oubliaient
ou pour le moins au jardin de nudités
où les noms s’inventèrent,
sûrement nous trouverions
un autre lieu pour les signes.

Ou si peut-être nous retournions
là où il n’y avait
ni substance ni nom pour rien,
prendrait fin cette fatigue inutile de tenter de
peindre l’infini.

Ici seulement nous pouvons
ne pas appeler les choses par leur nom
et appendre à les appeler
avec les gestes qui sortent des choses.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Jamais plus (Yona Wallach)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




    
Jamais plus je n’entendrai la voix douce de Dieu
jamais plus ne passera sa voix sous ma fenêtre
de grosses gouttes descendront dans l’espace signe
Dieu ne vient plus à ma fenêtre
Comment pourrai-je encore voir son corps doux
Plonger dans ses yeux, je ne descendrai plus cueillir
des regards fileront dans la création comme du vent
comment me rappeler cette beauté sans pleurer
des jours passeront dans ma vie comme des frémissements dans le corps
près de débris de souvenirs de contact brisés plus encore que les pleurs
fascine l’air la forme de son geste se mouvant
jamais plus le son des regrets ne passera le seuil
lorsque l’homme revivra tels ses morts dans les souvenirs, tel l’être
si seulement se tenait son doux regard près de mon lit et que je pleure.

(Yona Wallach)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: Ch. Wardi
Editions: Gallimard

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L’ allumette (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



L’ allumette

Le feu faisait un corps à l’allumette.
Un corps vivant, avec ses gestes,
son exaltation, sa courte histoire.
Les gaz émanés d’elle flambaient,
lui donnaient ailes et robes, un corps même:
une forme mouvante,
émouvante.

Ce fut rapide.

La tête seulement a pouvoir de s’enflammer, au contact d’une réalité dure,
— et l’on entend alors comme le pistolet du starter.
mais, dès qu’elle a pris,
la flamme
— en ligne droite, vite et la voile penchée comme un bateau de régate —
parcourt le petit bout de bois,

Qu’à peine a-t-elle viré de bord
finalement elle laisse
aussi noir qu’un curé.

(Francis Ponge)

 

 

 

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Parfois entre l’ombre et l’ombre (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



Parfois entre l’ombre et l’ombre
nous comprenons quelque chose
Et c’est comme si au plus intime de nous un geste nuptial
s’accomplissait telle une ombre encore
mais verticale Et alors respirer
n’est plus que sillonner l’oubli et la paix initiale
comme si l’autre en nous était le même
Et sans images nous entrons au contact
du vide brûlant
qui englobe tous les contraires dans une affirmation silencieuse
et consume à l’intérieur de nous l’obscurité magique
où être revient à ne pas être et ne pas être à être

(António Ramos Rosa)

Illustration

 

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Un geste (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Aaron Siskind
    
Un geste vers le bas
ne trouve pas toujours
un geste vers le haut.
Mais lorsqu’il le trouve
ils vont tous deux vers le haut
ou tous deux vers le bas.

Ou peut-être les directions disparaissent
et inaugurent dans le point de rencontre
la transfiguration qui les dispense
d’un mouvement quelconque.

Tout geste est une épiphanie
lorsqu’il n’y a plus de différences
entre le haut et le bas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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