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Posts Tagged ‘geste’

L’odeur de délices (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Vincent van Gogh
    
L’odeur de délices

L’odeur de délices
S’évapore et glisse
Des bois qui pourrissent,

Odeur ténébreuse
Des glèbes tourbeuses
Que l’averse creuse,

Parfum lourd d’extase
Qui lent s’extravase
Des prés pleins de vase.

Secret qu’on épelle,
Rousse odeur d’aisselle,
Planez comme une aile.

Folle odeur d’étreinte
Qu’octobre suinte,
Je bois ton absinthe

Emdolorissante;
Dans ma chair fermente,
Odeur éloquente.

Désir, Désir, est-ce,
Subtile rudesse,
Ton geste qui blesse?

Divines blandices,
Odeur de délices
Des bois qui pourrissent,

Jusqu’à la torture
J’aime ta brûlure,
Volupté obscure.

(Marie Dauguet)

 

 

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Ta saveur (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ta saveur

Ta saveur est profonde et pleine de mystère
Quand tu blanchis la roue au flanc du vieux moulin,
Frôlant le bois moussu verdi de pariétaires
Où l’eau calme dégoutte en filet opalin.

La vanne est là, béant comme une énorme cuve
Dont l’âcreté ternit ton disque cristallin
Baigné au tournoiement des noirâtres effluves
Qui s’expriment tout bas en termes sybillins.

Le magique parfum sort des eaux remuées,
Evocant la caresse et ses gestes hardis,
Et les baisers d’amour sur des lèvres pâmées,
Et l’étreinte reprise et les aveux redits.

(Marie Dauguet)

 

 

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J’écoute… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
J’écoute…

J’écoute dans moi-même, au delà de mes sens,
Comme un chant qu’un écho trop sourdement m’apporte,
Un langage inconnu dont m’échappe le sens;
Je suis un étranger au seuil de cette porte.

O lierre, ô mousse, ô rive, où donc est-il l’envol
Du son qui me parvient et que tout balbutie:
Les sapins étalant leurs mouvants parasols,
Le soleil endormi sur l’onde appesantie?

Où donc est-il le mur qu’on puisse renverser,
Fait d’argent translucide et de nue impalpable,
Où donc cette langueur d’un immortel baiser,
La bouche sans mensonge et l’étreinte qui dure?

Ne jamais posséder l’éther du firmament,
Ne jamais embrasser la courbe de la terre,
Ne jamais enlacer d’un geste véhément
Qu’un secret qui s’efface et l’ombre d’un mystère!

Nuls dieux, et ce besoin de tomber à genoux
Dans la fragilité de l’instant qui s’écoule!
Parmi l’odeur des fleurs nouvelles que je foule,
Ah! comme il est profond le chant frais des coucous!

(Marie Dauguet)

 

 

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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GROTTE DE CAMOES (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



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GROTTE DE CAMOES

Monte en moi l’image de cette grotte
Dont le silence écoute encore
Tes gestes et tes pas.

Là, devant la mer qui comme toi déborde
D’aveux et de secrets,
Tu pleuras le visage pur
Des blanches aimées
Mortes si tôt.

***

GRUTA DE CAMÓES

Dentro de mim sobe a imagem dessa gruta
Cujo silêncio ainda escuta
Os teus gestos e os teus passos.

AI, diante do mar como tu transbordante
De confissão e segredo,
Choraste a face pura
Das brancas amadas
Mortas tao cedo.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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GESTE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



GESTE

Chaque matin en tout je T’ai vu naître
Mais aucune présence ne T’a accompli,
Seul demeura ce geste qui est monté
Aux plus lointaines sources de mon être.

***

GESTO

Eu em Ludo Te vi amanhecer
Mas nenhuma presença Te cumpriu,
Só me ficou o gesto que subiu
As mais longinquas fontes do meu ser.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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J’inventai la danse (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



J’inventai la danse pour me déguiser
Ivre de solitude je voulus vivre.
Et je couvris de gestes la nudité de mon âme
Parce que je ressemblais aux paysages qui attendent
Et que pour me comprendre il n’y avait personne.

*

Inventei a dança para me disfarçar.
Ébria de solidão eu quis viver.
E cobri de gestos a nudez da minha alma
Porque eu era semelhante às paisagens esperando
E ninguém me podia entender.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Erica Hopper

 

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J’INVENTAI LA DANSE… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



J’INVENTAI LA DANSE…

J’inventai la danse pour me déguiser.
Ivre de solitude je voulus vivre.
Et je couvris de gestes la nudité de mon âme
Parce que je ressemblais aux paysages qui attendent
Et que pour me comprendre il n’y avait personne.

***

INVENTEZ A DANÇA…

Inventei a dança para me disfarçar.
Ébria de solidão eu quis viver.
E cobri de gestos a nudez da minha alma
Porque eu era semelhante as paisagens esperando
E ninguém me podia entender.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Tomas Januska

 

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J’écoute mais je ne sais pas (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



J’écoute mais je ne sais pas
Si ce que j’entends est le silence
Ou dieu

J’écoute sans savoir si j’entends
La sonorité des plaines du vide
Ou la conscience attentive
Qui des confins de l’univers
Me déchiffre et me fixe

Je sais juste que je chemine comme celui
Qui est vu aimé et reconnu
Et c’est pour cela que je mets en chaque geste
Le risque et la solennité

*

Escuto mas não sei
Se o que oiço é silêncio
Ou Deus

Escuto sem saber se estou ouvindo
O ressoar das planícies do vazio
Ou a consciência atenta
Que nos confins do universo
Me decifra e fita

Apenas sei que caminho como quem
É olhado amado e conhecido
E por isso em cada gesto ponho
Solenidade e risco

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Edward Hopper

 

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