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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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ADULAIRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



ADULAIRE

On te nomme aussi pierre de lune car tu es
exil d’astre au profond de la terre
comète bâillonnée par le silence des cristaux
gisant d’opale dans le linceul des macles.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Prends la vie comme elle vient (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017


prends la vie comme elle vient
un jour là un jour ici
un jour seigneur un jour chien
d’abord couché puis assis

puis debout cheval savant
puis assis mendigot blême
puis couché morne gisant
prends la mort comme elle t’aime

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Gustav-Adolf Mossa

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PIETA (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2016




PIETA

« J’ai crié, j’ai souri,
Et j’ai tendu les bras.

« J’ai chanté, j’ai rêvé,
En regardant ses yeux.

« J’ai peigné ses cheveux,
Et j’ai coupé ses ongles.

« Et j’ai lavé son corps,
Et j’ai cousu ses langes.

« Son front chaud, son front moite,
J’ai essuyé son front.

« J’ai mesuré sa fièvre,
J’ai humecté ses lèvres.

J’ai suivi le cortège.
« Et j’ai veillé, je veille,

Le menton aux genoux,
Les paupières brûlantes;

« Les yeux secs, les yeux fixes,
Pleins de la chose froide,
Des petits os gisants qui sont sortis de moi. »

(André Spire)

Illustration

 

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LES DEUX GISANTS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




LES DEUX GISANTS

Ils descendaient au fil de l’eau
les deux gisants les deux amants
dans le sourire de la mort
et la lumière de l’amour
était leur seule barque.

Entre l’espace qui les porte
et le temps qu’ils ont dépassé
ils avançaient sans avenir
et les gestes de la rivière
étaient leurs seuls mouvements.

O morts enfermés dans la vie
emportant la terre et le ciel
dans vos yeux grands ouverts,
ô figures inaltérables
d’un instant sans retour!

Unis apaisés et semblables
au fond de moi ils passent sans bouger
Je les contiens puisque je suis le fleuve
je les comprends puisque je suis la nuit
dans mon silence j’ensevelis
un rire un soleil éclatants.

(Jean Tardieu)

Illustration

 

 

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Les chevaux de la mer n’auront pas de poulains (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



Les chevaux de la mer n’auront pas de poulains
aux herbages d’écume abolis sous le vent.
Les marées porteront aux veilleurs d’océans, de
nos peuples ramants le sauvage regain.

Nous chercherons un pays plus vaste que la faim,
plein de signes, de voix, de meurtres dans les airs
Et de hautes cités où des saintes de pierre font
un rêve plus fort que l’écume des vins.

(…)

Tous les dieux sont moins fiers qu’un sauvage poulain,
tous les cieux sont moins forts que le cri des brisants.
Les marées étendues sur nos peuples gisants,
les chevaux de la mer n’auront plus de poulains.

(Henry Bauchau)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Heather Jansch

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UN ARBRE EMPOISONNÉ (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015




UN ARBRE EMPOISONNÉ

Contre mon ami j’étais en colère,
Je dis ma colère, et elle prit fin.
L’étant aussi contre mon ennemi,
Je n’en dis rien, ma colère poussa.

Et je l’arrosai, elle et ses alarmes,
Matin et soir la baignai de mes larmes,
Je l’exposai au soleil de sourires,
La réchauffai de simagrées douceâtres.

Et elle poussa, poussa jour et nuit,
Jusqu’à porter une pomme splendide —
Et mon ennemi la vit qui brillait.
Et il savait qu’elle m’appartenait,

Et donc, quand la nuit eut voilé le pôle,
Il se faufila dedans mon jardin.
Et j’ai la joie de trouver, au matin,
Mon ennemi dessous l’arbre gisant.

***

A POISON TREE

I was angry with my friend:
I told my wrath, my wrath did end.
I was angry with my foe;
I told it not, my wrath did grow.

And I watered it in fears,
Night and morning with my tears;
And I sunned it with smiles,
And with soft deceitful wiles.

And it grew both day and night
Till it bore an apple bright—
And my foe beheld it shine.
And he knew that it was mine,

And into my garden stole,
When the night had veiled the pole.
In the morning glad I see
My foe outstretched beneath the tree.

(William Blake)

Illustration: Sophie Ainardi

 

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