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AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MÉMOIRE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

LA MÉMOIRE

Une avait un beau visage,
Deux ou trois autres du charme,
Mais charme et beauté rien ne purent

Puisque l’herbe de la montagne
Ne peut que garder fa forme
De ce lièvre de la montagne
Qui y gîta une nuit.

***

MEMORY

One had a lovely face,
And two or three had charm,
But charm and face were in vain
Because the mountain grass
Cannot but keep the form
Where the mountain hare has lain.

(William Butler Yeats)

Illustration: Anton Raphael Mengs

 

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Ici rien ne se passe (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2016



Ici rien ne se passe
tout est dehors
Le temps se plie comme un vêtement
Dans un coin
La mer rentre par transparence
Par la porte de verre
L’eau de la lumière tremble
Sur les murs lisses
Prison ou sanctuaire
Fermé à double tour
Par le regard même
La paix de l’instant se boit
Dans une coupe sans bord
Là-bas un bateau gîte
Toutes voiles dehors
Et avec l’écume bleue
Je mouille la page

***

Here nothing happens
all’s on the other side
time folded like a coat
lies in a corner
the sea comes clearly in
through the glass door
and on the walls
the watery light is trembling
prison or sanctuary
so well locked up
in its own vision
that the instant’s peace
is drunk in a rimless cup
out there a ship is listing
under sail
and with the blue of the spray
I damp the page

(Heather Dohollau)

Illustration: ArbreaPhotos

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Béances (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2015



Tout désordre confondu
il admet par secousses
ses béances
où gitent des monstres inconnus

(Bernard Montini)


Illustration: Tamara Lunginovic

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