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Poésie

Posts Tagged ‘glacée’

Si l’angoisse (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Casey Baugh -   (6)

Si l’angoisse qui nous évide
abandonnait sa grotte glacée,
si l’amante dans notre coeur
arrêtait la pluie de fourmis,
le Chant reprendrait.

(René Char)

Illustration: Casey Baugh

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Laisse entrer le vent (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Laisse entrer le vent
Laisse entrer la pluie
Laisse entrer la lande cette nuit,

L’orage bat contre ma vitre,
La nuit se dresse au pied de mon lit,
Laisse entrer la peur,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer les arbres qui se tordent et gémissent,
Laisse entrer le nord cette nuit.

Laisse entrer la puissance sans nom et sans forme
Qui frappe à la porte,
Laisse entrer la glace, laisse entrer la neige,
La fée funeste qui hurle sur- la lande,
Le buisson de fougère sur la colline déserte,
Laisse entrer les morts cette nuit.

Le fantôme qui siffle derrière le muret de pierres,
Les morts qui pourrissent dans la fondrière,
Laisse entrer la foule des ancêtres,
Le désir inassouvi,
Laisse entrer le spectre du seigneur mort,
Laisse entrer les jamais nés cette nuit.

Laisse entrer
Laisse entrer
Laisse entrer
le froid,
l’humide,
la solitude,
les vivants,
les morts,
les ciels inhabités.

Oh comment les doigts vierges peuvent-ils tisser
Une couverture pour le vide ?
Mon coeur craintif concevoir
La gigantesque solitude ?
Une si petite maison contenir
Une assemblée si nombreuse ?
Laisse entrer les morts,
Laisse entrer l’obscurité,
Laisse entrer ton amour cette nuit.

Laisse entrer la neige qui engourdit la tombe,
Laisse entrer le chêne,
Le torrent de montagne et la pierre de montagne,
Laisse entrer la mer amère.

Craintif mon coeur vierge,
Frêle mon corps vierge,
Et dois-je alors avoir pitié
De la furie de l’orage
Qui s’est levé du grand abîme
Avant que la terre soit créée,
Qui verse des cataractes d’étoiles
Et secoue ce monde violent ?

Laisse entrer le feu,
Laisse entrer la puissance,
Laisse entrer la force envahissante.

Que doux soient mes doigts,
Mon coeur plein de pitié,
Puisque je dois lier dans une forme humaine
Une puissance de vie si grande,
Un grand élan de vie sauvage
Qui crie autour de ma maison
Avec tout le désir violent
Ne désirant que ma paix.

Plein de pitié mon coeur doit maintenir
Les étoiles solitaires au repos,
Avoir pitié du cri du corbeau,
Du torrent, des ailes de l’aigle,
De l’eau glacée du petit lac
Et du vent mordant.

Laisse entrer la blessure,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer ton enfant cette nuit.

***

Let in the wind
Let in the rain
Let in the moors tonight,

The storm beats on my window-pane,
Night stands at my bed-foot,
Let in the fear,
Let in the pain,
Let in the trees that toss and groan,
Let in the north tonight.

Let in the nameless formless power
That beats upon my door,
Let in the ice, let in the snow,
The banshee howling on the moor,
The bracken-bush on the bleak hillside,
Let in the dead tonight.

The whistling ghost behind the dyke,
The dead that rot in mire,
Let in the thronging ancestors
The unfulfilled desire,
Let in the wraith of the dead earl,
Let in the unborn tonight.

Let in the cold,
Let in the wet,
Let in the loneliness,
Let in the quick,
Let in the dead,
Let in the un peopled skies.

Oh how can virgin fingers weave
A covering for the void,
How can my fearful heart conceive
Gigantic solitude ?
How can a house so small contain
.A company so great ?
Let in the dark,
Let in the dead,
Let in your love tonight.

Let in the snow that numbs the grave,
Let in the acorn-tree,
The moutain stream and mountain stone,
Let in the bitter sea.

Fearful is my virgin heart
And frail my virgin form,
And must I then take pity on
The raging of the storm
That rose up from the great abyss
Before the earth was made,
That pours the stars in cataracts
And shakes this violent world?

Let in the fire,
Let in the power,
Let in the invading might.

Gentle must my fingers be
And pitiful my heart
Since I must bind in human form
A living power so great,
A living impulse great and wild
That cries about my house
With all the violence of desire
Desiring this my peace.

Pitiful my heart must hold
The lonely stars at rest,
Have pity on the raven’s cry
The torrent and the eagle’s wing,
The icy water of the tarn
And on the biting blast.

Let in the wound,
Let in the pain,
Let in your child tonight.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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UN DOMICILE DISCRET (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

UN DOMICILE DISCRET

J’ai tout retiré de ma chambre
hormis quelques images

il reste trois fois rien

l’aile d’un goéland
un bloc de pierre glacée
la photo d’une fille nue —

au centre de ce vide
mon être danse

*

INCONSPICUOUS LODGINGS

I’ve emptied this room
of all but a very few images

what remains is next to nothing

the wing of a gull
a lump of cool rock
the photo of a naked girl —

within this emptiness
my being dances

(Kenneth White)

Illustration: Edward Hopper

 

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Vieille mare (Buson)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018




Vieille mare
Savate coulée au fond
Pluie glacée

(Buson)

Illustration

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J’attends mon seigneur mais il ne vient pas (Anonyme VIIIème siècle)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

Agnès Bockel _le_talus_500_ko

J’attends mon seigneur
Mais il ne vient pas
Je regarde
La plaine du ciel.
La nuit noire
Est venue
Elle s’avance
Et la tempête souffle.
Debout, j’attends,
Sur mes manches
La neige qui tombe
Reste glacée.
Encore une fois,
Mon seigneur viendra-t-il ?
Nous allons nous revoir
Après un temps long comme une liane,
Me dis-je
Pour apaiser mon coeur.
Je fixe mes manches
Et prépare notre couche
Si dans la réalité
Je ne vous rencontre pas, seigneur,
Que du moins en rêve
je vous revoie
Toute cette céleste nuit!

(Anonyme VIIIème siècle)

Illustration: Agnès Bockel

 

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Où est celui de qui j’étais aimée? (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2017



Quand l’âge, à me fondre en débris,
Vous-même aura glacée
Qui n’avez su de ma pensée
Me sacrer les abris;

Qui, du saut des boucs profanée,
Pareille sécherez
A l’herbe dont tous les attraits,
C’est une matinée;

Quand vous direz: « Où est celui
De qui j’étais aimée? »
Embrasserez-vous la fumée
D’un nom qui passe et luit?

(Paul-Jean Toulet)


Illustration: Alain Marbezy

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OUTRE-MESURE (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



Ernest Pignon-Ernest extases 2c1 

OUTRE-MESURE

LE monde est ma prison
Si je suis loin de ce que j’aime
Vous n’êtes pas trop loin barreaux de l’horizon
L’amour la liberté dans le ciel trop vide
Sur la terre gercée de douleurs
Un visage éclaire et réchauffe les choses dures
Qui faisaient partie de la mort
A partir de cette figure
De ces gestes de cette voix
Ce n’est que moi-même qui parle
Mon coeur qui résonne et qui bat
Un écran de feu abat-jour tendre
Entre les murs familiers de la nuit
Cercle enchanté des fausses solitudes
Faisceaux de reflets lumineux
Regrets
Tous ces débris du temps crépitent au foyer
Encore un plan qui se déchire
Un acte qui manque à l’appel
Il reste peu de chose à prendre
Dans un homme qui va mourir

(Pierre Reverdy)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

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TES AMES (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016




TES AMES

Laquelle de tes âmes rêves-tu immortelle ?

Est-ce ton âme d’enfant, joueuse et fraîche,
Ton âme naissante, cire vierge ?
Est-ce ton âme amoureuse d’adolescent,
Pleine de rires, de chansons, d’yeux bleus, de boucles blondes ?

Ton âme violente d’homme,
Et tous les univers, et toutes les pensées qu’elle a tenté d’étreindre ?
Ou ton âme tremblante, chevrotante et glacée,
Qui, ce soir, chauffe au coin du feu sa mémoire ridée ?

Pour laquelle de ces âmes, de tes âmes, veux-tu
La vision ineffable,
L’éternelle présence,
Les concerts inouïs ?

(André Spire)

Illustration: Pedro Uhart

 

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Mes os mêmes (Buson)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2016



 

Mes os mêmes
sentent les couvertures –
nuit glacée

(Buson)

Illustration: Hokusaï

 

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Chanson de l’étranger (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2016



Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?

Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

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