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Posts Tagged ‘glacial’

La Lune (Louis Simon Denise)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2021


 


 

Theophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)  -Chat au Clair de Lune

La Lune

Dans la nuit qu’elle argente avec son regard blanc,
Faisant hurler les chiens et chanter les poètes,
La lune pend, légère, ainsi qu’un cerf-volant.

Au milieu des tuyaux longs et des girouettes
Qui dentellent les toit blancs de leur profil noir,
Chagrine, elle poursuit les chattes inquiètes,

En guettant les matous lascifs qui vont s’asseoir
Au bord de la gouttière, elle monte la garde
Devant ces diamants, les étoiles du soir.

Voici l’astre aux blancheurs métalliques qui farde
De craie, au fond du ciel, son masque glacial,
La lune pâle et ronde, attirante et blafarde,

Comme un suave écu de cent sous idéal.

(Louis Simon Denise)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Théophile-Alexandre Steinlen

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PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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L’HIVER (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

L’HIVER

J’ai su pourtant donner des ailes à mes paroles,
je les voyais tourner en scintillant dans l’air,
elles me conduisaient vers l’espace éclairé…

Suis-je donc enfermé dans le glacial décembre
comme un vieillard sans voix, derrière la fenêtre
à chaque heure plus sombre, erre dans sa mémoire,
et s’il sourit c’est qu’il traverse une rue claire,
c’est qu’il rencontre une ombre aux yeux clos, maintenant
et depuis tant d’années froide comme décembre…

Cette femme très loin qui brûle sous la neige,
si je me tais, qui lui dira de luire encore,
de ne pas s’enfoncer avec les autres feux
dans l’ossuaire des forêts ? Qui m’ouvrira
dans ces ténèbres le chemin de la rosée ?

Mais déjà, par l’appel le plus faible touchée,
l’heure d’avant le jour se devine dans l’herbe.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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CORPS, MON CORPS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Ron Mueck
    
CORPS, MON CORPS

Corps, mon corps, combien de mains
de combien d’étrangers sont-elles venues sur toi

Jadis, la mort était une main moite de coiffeur.
Ensuite vint le froid glacial d’un stéthoscope.

Plus tard, tu te cassais dans le fauteuil d’un dentiste
ou un faux enseignant te tripotait la tête.

Et puis ces métros avec cette chair affairée,
ce restant, poissons qui glissent le long de toi

dans les magasins, ascenseurs, ruelles et trains,
corps, mon corps, remémore-toi donc l’odeur

des premières chambres et des draps amoureux,
le printemps qui naissait en nous. Car nous

avons peur. Et l’angoisse parfois dure le temps d’un corps.
Bientôt, je reposerai là et ils me peigneront encore.

***

LICHAAM, MIJN LICHAAM

Lichaam, mijn lichaam, hoeveel handen
van hoeveel vreemden kreeg je op je af?

Ooit was de dood een klamme kappershand.
Toen kwam de vrieskou van een stethoscoop.

Weer later brak je in een tandartsstoel
of zat een valse leerkracht aan je hoofd.

En dan die metro’s met dat drukke vlees,
dat restvolk dat als vissen langs je gleed

in winkels, liften, stegen en coupés,
lichaam, mijn lichaam, denk toch aan de geur

van eerste kamers en verliefde lakens,
de lente die het in ons werd. Wou- wij

zijn bang. En angst duurt soms een lichaam lang.
Straks lig ik daar en wordt mijn haar gekamd.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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POÈME AUX CHRYSANTHÈMES (Huang Cao)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



POÈME AUX CHRYSANTHÈMES

Sous le vent d’ouest, les chrysanthèmes plein la cour
Leur parfum glacial, aucun papillon n’y prête attention
Si un jour je deviens dieu du printemps
Je les ferais éclore avec les fleurs de pêcher en même temps

(Huang Cao)

Illustration

 

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Cette main vivante (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Cette main vivante, chaude maintenant et capable
D’ardente étreinte, viendrait, si elle était froide
Dans le silence glacial du tombeau
Tellement hanter tes jours et transir les rêves de tes nuits,
Que tu voudrais épuiser tout le sang de ton coeur
Pour qu’en mes veines la vie rouge puisse à nouveau couler,
Pour être en paix, alors, avec ta conscience. Regarde !
la voici !
Je la tends vers toi !

(John Keats)

 

 

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OH ! CRÉPUSCULES (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



crépuscule violet 0

OH ! CRÉPUSCULES

Oh, crépuscules violets…
L’hiver s’en vient
Avec ses pleurs de flageolets…

Sur le parc abandonné
Tombent les regrets,
On entend croasser…

Eternité,
Agacement…
De ses fanfares, funèbrement,
L’automne sonne l’agonie…

Un vent glacial s’est déchaîné,
Et sous les branches squelettes,
Comme un rire de cinglé.

De toi aucune trace…
— Viendra-t-elle, viendra-t-elle pas ?…

Oh ! crépuscules violets…

(George Bacovia)

 

 

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Destination (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Destination

C’est ce feu qui rit dans tes yeux et, tant qu’il brûle,
joue froidement, doucement dans mes mains,
rougeoie à travers nos réseaux de résistance,
vire en vagues d’un bleu glacial.

Nous dérivons l’un vers l’autre dans une vague.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Au début, nous ne voulions rien ; à présent,
nous savons tous deux comme cela finit.

Nous dérivons vers quelque chose qui va
nous arriver, nous coûter cher et nous coûter des rêves.
Nous attendons, l’avons su depuis notre rencontre.
Et les mots ne sont ni durs ni tendres.

Nous écoutons. Quelque chose brûle en secret au-dedans.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Nous dérivons vers quelque chose qui va nous arriver :
un feu aussi frais que la mer, tant qu’il brûle.

***

Bestemmelse

Det er den Ild som ler i dine Ojne
og leger koldt og mildt i mine Hænder,
der gloder vores Modstandsnet igennem
og blir til isblaa B&lger, mens den brænder.

Vi driver mod hinanden i en Bolge.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi vilde ingenting, da det begyndte.
Nu ved vi begge to, hvordan det ender.

Vi driver ud mod noget som vil ske os,
og det skal blive dyrt og koste Dromme.
Vi venter, og har vidst det fra vi moches.
Og Ord er hverken haarde eller omme.

Vi lytter. Og det brænder skjult derinde.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi driver ud mod noget som vil ske os:
En Ild saa sval som Havet, mens den brænder.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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La nuit dernière déjà (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



La nuit dernière déjà
J’avais dormi tout habillé,
Et cette nuit encore
Tout habillé je me suis endormi.
Je rentrais d’une petite beuverie,
Passée la première veille,
Quand ivre mort me suis écroulé.
Mais peu après minuit,
Pourquoi soudain me suis-je réveillé ?
L’air glacial m’a fait frissonner.
Un mince filet de vent
A travers la fenêtre s’est infiltré
Et la flamme de la lampe a doucement vacillé.

Seul dans mon lit, je me tourne et me retourne, essayant de me rappeler
Mon rêve de nuages et de pluie.
Appuyé contre l’oreiller, en vain je m’efforce de le retrouver,
Le coeur tout agité de mille sentiments.
Je la sens si proche et si lointaine à la fois !
Quand le temps et le cadre sont propices,
A quoi bon penser tendrement l’un à l’autre
Si l’on ne peut s’aimer pour de vrai…

(Liu Yong)


Illustration: Francine Van Hove

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UN LONG COULOIR DANS LA SERRURE (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 Illustration: Amnesty International
    
UN LONG COULOIR DANS LA SERRURE

Bruit de pas. Du long couloir dans la serrure
Un homme vient
L’homme est effroyable

Par le nez de la serrure, l’eau assombrie de la montagne
Coule et entre. Dans mes méninges flotte ma lointaine
Enfance; l’araignée d’eau,
Les plantes marines, le bruissement de l’eau
Qui tourbillonne une ou deux fois à mes oreilles,
Soudain tout s’arrête et m’ordonne
«Avoue!»

Par l’oesophage de la serrure, ardemment
Le téléphone sonne encore.
Dans la gorge, d’un seul trait
J’avale un couteau glacial.
Le couteau enfoncé,
Répondre à la question.
«Nous ne sommes plus des hommes»

Par le trou de la serrure, souffle le vent sonore.
Les feuilles de l’orme s’agitent
Quelqu’un le prend à la gorge et le secoue
branche par branche,
Les papiers à deux faces flottent
Le dernier saisit l’empreinte
De mon doigt.
Je voudrais dormir.
«Ah, ce corps, pourquoi existe-t-il?»

Craquement de la porte â l’extérieur ;
Bruit de pas ; du long couloir dans la serrure
Un homme sort.
En tombant,
Demandant grâce, il dit enfin
Aux mouches «ONLY WAY TO FLY »

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes __..
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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