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Poésie

Posts Tagged ‘glauque’

Je te parle (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018



Illustration: Martin Jarrie
    
Je te parle

Je te parle dans la colle
au milieu d’une méduse
dans la poche glauque et molle
où les jours m’engluent et m’usent

je te parle à bouche close
sous le sparadrap des mots
je te parle à douleur close
qu’une main maintient sous l’eau

je te parle ne sais d’où
d’un vieux rêve qui s’enkyste
de la cave qui résiste
quand tout croule sous les coups.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les ondes empressées l’une après l’autre roulent (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018




Les ondes empressées l’une après l’autre roulent,
Déroulent leur glauque remous, tout en
Crissant leur blanche écume
Sur le sable bistre des plages.

Les nuées alanguies l’une après l’autre entrouvrent
En déchirant leurs remous de rondeur
Et le soleil vient réchauffer l’espace
D’air ouvert par les nuées raréfiées.

Indifférente à moi, autant que moi à elle,
La nature de ce jour calme enlève
Peu à la notion que j’ai
Que le temps s’évanouit.

Seul un vague chagrin sans cohérence
S’arrête un instant au seuil de mon âme !
Et, m’ayant à peine fixé,
Il passe, souriant de rien.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Georges Lacombe

 

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LA PORTE VITRÉE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



porte colorée

LA PORTE VITRÉE

L’ombre du corridor obscur est éclairée,
Tout en haut, par le jour d’une porte vitrée
Aux carreaux de couleur, jaunes, rouges et verts.
Je suis l’enfant rêveur qui regarde à travers.

Son esprit maladif longuement se récrée
A voir sur le jardin une lueur dorée,
Une lumière glauque ainsi qu’au fond des mers
Ou bien un soleil pourpre ensanglantant les airs.

II se plaît en ce monde irréel, où la vie
Semble douce à sa nonchalante rêverie,
Mais si la porte cède, il trouve avec effroi

Le jour gris de l’hiver, au lieu de ce qu’il croit,
Le vent aigre et mauvais, non la douceur amie,
Et dans son coeur qui souffre il sent entrer du froid.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

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Quand la neige s’est effacée (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Quand la neige s’est effacée,
les monts de la sierra
se sont éloignés.
La vallée a reverdi
au soleil d’avril, la vallée
est pleine d’une verte flamme,
pleine d’une vie, sans souci,
et l’âme songe à un papillon,
atlas du monde, et songe.
Avec le prunier en fleur et la campagne verte,
avec la glauque vapeur du rivage,
autour des branches,
avec les premières ronces qui blanchissent,
avec cette douce brise
qui triomphe de la mort et de la pierre,
cette amertume qui m’étouffe
s’écoule en espérance d’Elle…

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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CHRYSOLITHE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



CHRYSOLITHE

Le soleil s’est couché. Vert automne des laves.
Sèves et rêves mêlés du temps qui refleurit.
Déposés sur le glauque des ères. Herpe figée
des mers en feu qui ont tari.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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NOCHE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



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NOCHE

Médaillon de crêpe chinois
piqué sur l’étoffe indolore
du ciel des nuits qu’un chien aboie
vaguement glauque et incolore
glousse la lune

Il est tard près de moi dors bien
je suis arrimé à ma table
j’écris mais sans plus croire à rien
d’un indifférent redoutable
sous la lulune

Le chien aboie
la lune boit
moi je me noie
dans mes lacunes

(Louis Calaferte)

 

 

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LA NUIT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



LA NUIT

La nuit
Le silence de la nuit
M’entoure
Comme de grands courants sous-marins.

Je repose au fond de l’eau muette et glauque.
J’entends mon coeur
Qui s’illumine et s’éteint
Comme un phare.

Rythme sourd
Code secret
Je ne déchiffre aucun mystère.

À chaque éclat de lumière
Je ferme les yeux
Pour la continuité de la nuit
La perpétuité du silence
Où je sombre.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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Faste des Tissus (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Faste des Tissus

ESTOMPE ta beauté sous le poids des étoffes,
Plus souples que les flots, plus graves que les strophes.

Elles ont la caresse et le rythme des mers,
Et leur frisson s’accorde au blanc frisson des chairs.

Revêts le violet des antiques chasubles,
Parsemé de l’éclair des ors indissolubles.

L’encens apaise encor leurs plis religieux ;
Elles aiment les Purs et les Silencieux.

Evoque, Océanide aux changeantes prunelles,
Le vert glauque où frémit l’écume des dentelles.

Jadis la gravité du velours se plia
Sur tes seins de pavot et de magnolia.

Le satin froid, où la ligne se dissimule,
Gris comme l’olivier fleuri de crépuscule,

Et la moire, pareille au sommeil de l’étang,
Où stagnent les lys verts et les reflets de sang,

Le givre et le brouillard des pâles broderies,
Où les tisseuses ont tramé leurs rêveries,

Parèrent savamment ta savante impudeur
Et ton corps où le rut a laissé sa tiédeur.

Ressuscite pour moi le lumineux cortège
De visions, et sois l’arc-en-ciel et la neige,

Sois la vague, ou la fleur des bocages moussus,
O Loreley, selon la couleur des tissus.

Mes rêves chanteront dans l’ombre des étoffes,
Plus Souples que les flots, plus graves que les strophes

(Renée Vivien)

Illustration: Ferdinand Marternsteig

 

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Palais sous la Mer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Palais sous la Mer

Puisque tu sus surprendre enfin mon coeur amer,
Je te découvrirai mon palais sous la mer !
Tu verras, comme on voit en des visions rares,
Les étranges corails, les éponges bizarres !

Je te découvrirai mes jardins, loin des vents,
Où chaque fleur respire, où les fruits sont vivants.
Puis tu verras les beaux poissons dont l’aile vole
Aussi légèrement que se dit la parole.

Tu verras le soir glauque et fuyant sous les eaux,
Et nous regarderons ainsi que des oiseaux
Passer la mouette ivre et des voiles sereines,
Et parfois chanteront, pour nous deux, les Sirènes !

(Renée Vivien)

 

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La douce Amie (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration: Josephine Wall
    
La douce Amie

Voilà ma douce amie : une grande Nature !
Souvent elle s’oppose à toute créature.
On peut donner son cœur : elle ne trahit pas.
Sur ces sentiers fleuris acheminez vos pas

Et sans vous retourner tendez les bras vers elle ;
Elle est toute splendeur — elle est toujours nouvelle.
Elle vit plus que vous. Les changeantes saisons
Étendent à vos yeux d’éternels horizons.

Si vous savez l’aimer même dans sa folie,
L’hiver, en la poudrant, vous la rendra jolie,
Mettra dans ses cheveux un blanc bouquet de fleurs.
Vous l’aimerez toujours… et même dans ses pleurs !

Soit que ses yeux profonds de bleus deviennent glauques,
Soit que des vents, soudain, passent en souffles rauques
Ou, qu’en murmure, un aquilon, un doux zéphyr
Viennent rider les eaux dormantes, de saphir…

(Bernard de Louvencourt)

 

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