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Posts Tagged ‘gloire’

DANS LE JARDIN (Pierre Torreilles)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017


 


 

Gustav Klimt ferme_klimt [1280x768]

DANS LE JARDIN

Je te disais la résonance pure du silence
le lierre grave et miséricordieux
le vacarme lointain du sang bouleversé
et la conversation de branches accoudées,
la résonance aussi de la lumière sans mirage
le printemps bref et monocorde après l’hiver.

Mais quelle singulière fièvre nous frappait?
Et ce ressac aux éclairages équivoques
était-ce aussi l’éternité de l’oeuvre surgissante?
Ce lieu dans l’évidence à peine dépouillé,

Je te disais le bleu vermiculé de tous mes rêves,
la tâche rouge dans mes yeux
mon extrême éblouissement et ma faiblesse
au pied de tout ce qui nous reste à dire.
Je te disais combien la mort se familiarisait,
semblables à ces inquiètes matinées de solitude.

Je te disais
-combien suis-je étonné de ne jamais m’entendre-
cet incessant chuintement jusqu’à
l’extrême ciselure du silence
et l’odeur des lambris dans la demeure de mes âges.

Je te disais aussi la blessure du jour
et le combat dans l’aveuglante servitude.
L’ombre reste pour moi le refuge inouï
de la parole qui s’avère.
Mais aujourd’hui je suis dans la distance qui meurtrit
et dans les mots qui ne sont pas de mon langage.
Je bruis de toute part de ce qui ne s’accorde pas
au geste nu et conciliateur….
Quel équipage ainsi se mesure à la mort?
Quelle gloire parfois semblable à ces soirées
ouvertes longuement sur de si lourds nuages?
La paix est d’ombre aussi et de langage satisfait.

(Pierre Torreilles)

Illustration: Gustav Klimt

 

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MERE, PRENDS-MOI SUR TES GENOUX… (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




MERE, PRENDS-MOI SUR TES GENOUX…

Mère, prends-moi sur tes genoux.
Mon coeur est las ! Mon âme est lasse !
Comme autrefois, à voix très basse,
Berce-les d’un air de chez nous !

Redis-moi de ta voix faiblie
Nos ciels, nos fleuves, nos prés verts ;
Et que les maux que j’ai soufferts,
Ma mémoire tôt les oublie !

J’ai vu qu’il n’est de vrais bonheurs
Qu’aux lieux bénis de nos enfances
Et que c’est courir à souffrances
Que de porter son rêve ailleurs.

J’ai su que pour fuir les détresses
Et se guérir des trahisons,
I1 n’est qu’aux natals horizons
De refuges et de tendresses.

J’ai sondé le néant des rois,
Compris la vanité des gloires.
Je sais qu’il n’est d’autres victoires
Que celles qu’on obtient sur soi.

Et me voici, ma mère ! Penche
Sur mes yeux ton beau front cendré.
Comme autrefois, je baiserai
Les rubans de ta coiffe blanche.

Et comme alors, sur tes genoux,
— Mon coeur est las ! Mon âme est lasse ! —
Tu m’endormiras à voix basse
De quelque vieil air de chez nous.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Louis Toffoli

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Retouche à la gloire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017



    
retouche à la gloire

Au plus haut de la nuit
les campaniles sortent de la mer
leurs soutes bourrées d’os
princes et puissants
dont personne ne se rappelle les noms
et d’un coup retournent à l’abîme
plein d’alphabets dansants

(Daniel Boulanger)

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Retouche à la gloire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    
retouche à la gloire

ivres des jeux du cirque
les heures assises sur les gradins du temps
dans le dédain des obléisques
guettent le heurt des chars l’éclat l’effondrement
le jour lèche un sable écarlate
la foule hurle un nom qui date

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

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La chevelure (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



La chevelure

La chevelure vol d’une flamme à l’extrême
Occident de désirs pour la tout déployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vie nue
L’ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l’oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu’à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l’exploit

De semer de rubis le doute qu’elle écorche
Ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Le Titien

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Métamorphoses (Jaroslav Seifert)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



Métamorphoses

Le garçon se change en un blanc buisson;
le buisson, en pâtre en train de dormir;
ses cheveux si fins, en cordes de lyre ;
et la neige, en neige sur son front blond.

Les mots se changent en questions ;
sagesse et gloire en rudes rides ;
à reculons corde de lyre
se change en fin cheveu; et le garçon
en poète, le poète en buisson,
sous lequel il dormait au temps où
il aimait la beauté d’amour fou.

Quiconque de beauté se toque
sans fin l’aime sa vie durant,
la poursuit toute son époque —
la beauté a des pieds charmants
qu’elle chausse de fines socques.

Le fier carrousel des métamorphoses
change le poète en amant maudit,
car il suffira d’une courte pause :
le voici changé en eau d’alambic,
dont l’alchimiste fait vapeur chimique,
et qu’après, tout au fond il précipite.

(Jaroslav Seifert)

Illustration: Francois Boucher

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Comment, ô mort, avoir peur de toi ? (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



 

Hans Baldung Grien (7)

Comment, ô mort, avoir peur
de toi ? N’es-tu point ici avec moi, au travail ?
N’es-tu pas sur mes yeux, ne dis-tu pas
que tu ne sais rien, que tu es creuse,
inconsciente, pacifique ? Ne jouis-tu pas,
avec moi, de tout : gloire, solitude,
amour, jusqu’à la moelle ?
N’es-tu point là à supporter,
ô mort, debout ma vie ?
Ne suis-je pas l’enfant, ô aveugle,
qui te suit et te guide ? Ne répètes-tu pas
de ta bouche passive
ce que je veux que tu dises ? Ne supportes-tu pas
esclave, ma bonté qui t’oblige ?
Que verras-tu, que diras-tu, où iras-tu
sans moi ? Ne serai-je pas,
ô mort, ta mort, que toi, ô mort,
tu dois craindre, choyer, aimer ?

***

¿Cómo, muerte, tenerte
miedo? ¿No estás aquí conmigo, trabajando?
¿No te toco en mis ojos; no me dices
que no sabes de nada, que eres hueca,
inconsciente y pacífica? ¿No gozas,
conmigo, todo: gloria, soledad,
amor, hasta tus tuétanos?
¿No me estás aguantando,
muerte, de pie, la vida?
¿No te traigo y te llevo, ciega,
como tu lazarillo? ¿No repites
con tu boca pasiva
lo que quiero que digas? ¿No soportas,
esclava, la bondad con que te obligo?
¿Qué verás, qué dirás, adónde irás
sin mí? ¿No seré yo,
muerte, tu muerte, a quien tú, muerte,
debes temer, mimar, amar?

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Hans Baldung Grien

 

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Souviens-toi de moi (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration
    
Souviens-toi de moi

Pars, puisque la gloire t’appelle !
Mais lorsque tu t’enivres d’elle,
Oh ! du moins, souviens-toi de moi !
Quand la louange autour de toi
Se répand douce à ton oreille,
Ah ! que mon image s’éveille
Dans ton cœur, souviens-toi de moi !

D’autres femmes te seront chères.
D’autres bras pourront t’enlacer,
Et tous les biens que tu préfères
Sur tes pas viendront se presser ;
Mais si celles que ton cœur aime
Sont heureuses auprès de toi,
En goûtant le bonheur suprême,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

La nuit, quand ta vue est charmée
Par ton étoile bien-aimée,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Pense qu’elle brilla sur toi
Un soir où nous étions ensemble ;
Et quand sur ton front elle tremble,
Oh ! toujours souviens-toi de moi.

Lorsque dans l’été tu reposes
Tes yeux sur les mourantes roses
Que nous aimions tant autrefois,
Lorsque leur parfum t’environne,
Songe à cette heure où sous mes doigts
Je t’en formais une couronne
Puis les effeuillais avec toi ;
Et toujours souviens-toi de moi.

Puis, quand le vent du nord résonne,
Et que les feuilles de l’automne
Glissent éparses près de toi,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Lorsque tu contemples dans l’âtre
La flamme ondoyante et bleuâtre,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

Si des chants de mélancolie
Tout à coup viennent te frapper,
Si tu sens ton âme amollie
Dans une larme s’échapper ;
Si ton souvenir te murmure
L’harmonie enivrante et pure
Que j’entendais auprès de toi,
Oh ! pleure, et souviens-toi de moi !

(Louise Colet)

 

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Le roi aux yeux gris (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Le roi aux yeux gris

Gloire à toi, souffrance sans issue !
Hier est mort le roi aux yeux gris.

Le soir d’automne était rouge, étouffant.
Mon mari, à son retour, a dit tranquillement:

«Tu sais? On l’a rapporté de la chasse.
On a trouvé son corps près du vieux chêne.

J’ai pitié de la reine. Elle est si jeune.
Elle est devenue blanche en une nuit. »

Sur la cheminée il a trouvé sa pipe.
II est parti travailler dans la nuit.

Je vais maintenant réveiller ma fille.
Je la regarderai droit dans ses yeux gris.

Derrière la vitre, les peupliers chantent:
«Ton roi n’est plus de ce monde…»

(Anna Akhmatova)

 

 

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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