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Poésie

Posts Tagged ‘gloire’

Souviens-toi de moi (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration
    
Souviens-toi de moi

Pars, puisque la gloire t’appelle !
Mais lorsque tu t’enivres d’elle,
Oh ! du moins, souviens-toi de moi !
Quand la louange autour de toi
Se répand douce à ton oreille,
Ah ! que mon image s’éveille
Dans ton cœur, souviens-toi de moi !

D’autres femmes te seront chères.
D’autres bras pourront t’enlacer,
Et tous les biens que tu préfères
Sur tes pas viendront se presser ;
Mais si celles que ton cœur aime
Sont heureuses auprès de toi,
En goûtant le bonheur suprême,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

La nuit, quand ta vue est charmée
Par ton étoile bien-aimée,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Pense qu’elle brilla sur toi
Un soir où nous étions ensemble ;
Et quand sur ton front elle tremble,
Oh ! toujours souviens-toi de moi.

Lorsque dans l’été tu reposes
Tes yeux sur les mourantes roses
Que nous aimions tant autrefois,
Lorsque leur parfum t’environne,
Songe à cette heure où sous mes doigts
Je t’en formais une couronne
Puis les effeuillais avec toi ;
Et toujours souviens-toi de moi.

Puis, quand le vent du nord résonne,
Et que les feuilles de l’automne
Glissent éparses près de toi,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Lorsque tu contemples dans l’âtre
La flamme ondoyante et bleuâtre,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

Si des chants de mélancolie
Tout à coup viennent te frapper,
Si tu sens ton âme amollie
Dans une larme s’échapper ;
Si ton souvenir te murmure
L’harmonie enivrante et pure
Que j’entendais auprès de toi,
Oh ! pleure, et souviens-toi de moi !

(Louise Colet)

 

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Le roi aux yeux gris (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Le roi aux yeux gris

Gloire à toi, souffrance sans issue !
Hier est mort le roi aux yeux gris.

Le soir d’automne était rouge, étouffant.
Mon mari, à son retour, a dit tranquillement:

«Tu sais? On l’a rapporté de la chasse.
On a trouvé son corps près du vieux chêne.

J’ai pitié de la reine. Elle est si jeune.
Elle est devenue blanche en une nuit. »

Sur la cheminée il a trouvé sa pipe.
II est parti travailler dans la nuit.

Je vais maintenant réveiller ma fille.
Je la regarderai droit dans ses yeux gris.

Derrière la vitre, les peupliers chantent:
«Ton roi n’est plus de ce monde…»

(Anna Akhmatova)

 

 

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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Ô Fontaine Bellerie (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Helena Nelson-Reed
    
Ô Fontaine Bellerie

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,

Tu es la Nymphe éternelle
De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet
Vois ton Poète qui t’orne
D’un petit chevreau de lait,
A qui l’une et l’autre corne
Sortent du front nouvelet.

L’Été je dors ou repose
Sur ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules verts,
Je ne sais quoi, qui ta gloire
Enverra par l’univers,
Commandant à la Mémoire
Que tu vives par mes vers.

L’ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle,
Tellement qu’en toutes parts
Ton ombre est épaisse et drue
Aux pasteurs venant des parcs,
Aux boeufs las de la charrue,
Et au bestial épars.

Io ! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

(Guillaume de Lorris)

 

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Cantique (Hadji Bayram Veli)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017




    
Cantique

Qu’est ce mien coeur devenu, qu’est ce mien coeur devenu ?
De ta peine et de ton chagrin s’est rempli mon coeur
Mon coeur a brûlé, mon coeur a brûlé
En brûlant, ce mien coeur a recouvré ses forces

C’est vrai qu’il a brûlé; il a brûlé pour le vrai
Il a pris tout entier la couleur de l’amour
Il s’est trouvé lui-même, il s’est trouvé lui-même
Tes désirs ont agréé à ce mien coeur

«Ma pauvreté est ma gloire, ma pauvreté est ma gloire»
Ne l’a-t-il pas dit, lui, la Gloire de ce monde ?
Invoque la Gloire, invoque la Gloire !
Dans ce néant, ce mien coeur a trouvé la Gloire !

Ville de majesté, Ville de majesté
Peut-être est-ce le Trône divin
Demeure du bien-aimé, demeure du bien-aimé
Et si maintenant l’était ce mien coeur ?

Je suis Bayram maintenant, je suis Bayram
Ils font la fête avec l’amant maintenant
Louange et grâces, louange et grâces
Avec l’amant il a fait la fête ce mien coeur.

(Hadji Bayram Veli)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Tout sauf un ange (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Tout sauf un ange

Si après la mort, ils veulent nous changer en petite flamme sèche qui suit les sentiers des vents,
il faut se révolter.
A quoi bon un repos éternel sur le sein de l’air, à l’ombre d’une jaune gloire,
au milieu des marmottements de choeurs à deux dimensions.
Il faut entrer dans la pierre, l’arbre, l’eau ,dans les fentes de la porte.
Mieux vaut être grincement de plancher que perfection effroyablement transparente.

(Zbigniew Herbert)

Illustration

 

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Sourire dans la mort (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




    
Sourire dans la mort

Le charme maladif des musiques moroses
Ici ne convient point à l’auguste trépas ;
Venez ! Il faut couvrir de rythmes et de roses
La maison du poète, où le deuil n’entre pas.

Rien que l’éclat des chants : pas de vain verbiage,
Ni le sanglot banal d’importunes douleurs ;
Comme pour un splendide et joyeux mariage,
Il lui faut avant tout des fleurs, des fleurs, des fleurs !

Il épouse la gloire au sourire de femme
Et l’ombre est nuptiale autour de son cercueil ;
Les cierges enfiévrés sont des souffles de flamme
Qui veillent ardemment et longuement au seuil.

Dans le sublime oubli de sa vie ancienne,
Son front large sourit avec sérénité…
Il dort visiblement sa nuit olympienne,
Et son baiser d’amour étreint l’éternité.

(Renée Vivien)

 

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LE LION ET LE MOUCHERON (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



LE LION ET LE MOUCHERON

« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre!  »
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.
« Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un boeuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie.  »
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l’abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu’il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son oeil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l’environ ;
Et cette alarme universelle
Est l’ouvrage d’un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,
Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l’abat : le voilà sur les dents.
L’insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

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Le Village (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2017



Le Village

Telle une pleine potée de patates,
Lentement fume dans la sage
Et tiède soirée du village
Une foison d’ardoises écarlates.

Faisant alors un signe au paysage,
Espoir, une svelte fumée
S’attarde dans la cheminée,
Puis pour monter, dans le doute s’engage.

L’acacia, l’ombre va l’accueillir,
Et son menu sein ferme tremble.
Le petit arbre exhale ensemble
Air et papillon, un petit soupir.

Et cependant que me couvre, m’entoure
Le buisson de mélancolie,
Tombent les abois dans l’oubli
Sur de grands pays de velours.

Péniblement, les femmes, tortillées,
Déjà vont allumer la lampe.
Ame opprimée, la flamme rampe,
Tandis qu’au ciel elle veut s’élancer.

Et tout s’éteint. La lune maternelle
Baigne le pré dans son halo.
Là, une branche de sureau
Vers la clarté tend sa main fraternelle.

De l’éternel bonheur la source mouille
D’une simple tuile un haillon,
Et bouddahs d’émeraude sont
Dans la fraîche pelouse les grenouilles.

De sabre au clair, l’avoine de naguère
A courbé aujourd’hui son front,
Et murs en ruine seront
Bientôt sa gloire et sa force d’hier.

Là règne le silence. On y perçoit
Peut-être une voix cristalline.
Sans bien l’entendre on la devine.
Seul maintenant le silence en fait foi.

Ce qu’il comprend, l’esprit, quand il s’éclaire,
Emergeant seule de la nuit,
C’est cette parole d’ici,
De la charrue, de la bêche de fer.

Ces mots sont aussi ceux du paysan :
Au soleil, au sol, à la pluie.
Ces mots sont les miens aujourd’hui.
Le temps soigneux sera leur confident.

Ces mots sont là, comme pour un sourire
Au nourrisson; la flatterie
A un cheval: tout ce qu’ici
Contient le pur, le grave pour le dire.

Dans le sommeil le village est plongé.
Des rêves angoissés voltigent,
Qui frôlent de l’herbe la tige
Où l’ombre somnolente est engagée.

Dorment les fouets, les bottes, les couteaux,
Les cieux, les prés, les grands, les sages
Espaces entre les feuillages
Et les nervures fines des rameaux.

Le rude paysan, dans son sommeil,
Peu à peu devient sécheresse
Et tel un chagrin qui lui blesse
Le cœur, là-haut je suis assis, je veille.

(Attila Jozsef)

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Laisse tes pleurs (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Laisse tes pleurs
Pour une femme
Trompeuse flamme
Repose et demeure !

Regarde si au sol
Déjà la neige fond •
D’un ardent survol
Des parterres se font !

Avant sa gloire
Juin a conclu :
Selon l’espoir
L’auras-tu vue ?

Laisse tes pleurs
Pour une femme
Trompeuse flamme •
Repose et demeure !

***

Lass deine tränen
Um ein weib •
Falsch ist dein wähnen •
Ruh und bleib!

Merk ob am boden
Schnee schon taut •
Wärmender odem
Beete baut!

Vor seine feier
Juni schliesst
Ob ohne schleier
Du sie siehst?

Lass deine tränen
Um ein weib •
Falsch ist dein wähnen
Ruh und bleib!

(Stefan George)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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