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Poésie

Posts Tagged ‘glu’

La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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Heureux le poisson (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018



contre la dune
un vieux couple rafistole
deux cannes à pêche
par-delà les grandes herbes
le camping
et sa glu d’humains
heureux le poisson
libre dans son maillot
d’écailles

(Katell Antoine)

Illustration

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Accolés l’un à l’autre (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
À l’attention de ceux qui se croient unis et de ceux qui ne croient pas pouvoir s’unir.

Accolés l’un à l’autre
soudés par tant de glus
hasardeuses
que figea l’ombre entre leurs chairs
calleuses

des abîmes
ignorés
les séparent

Mais ailleurs
l’un de l’autre si loin
séparés par de telles distances
visibles

un flux les noue
à l’impalpable corps
de l’espace
partagé

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le gui (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



Le gui

Le gui, la glu,
sorte de mimosa nordique,
de mimosa des brouillards.
C’est une plante d’eau,
d’eau atmosphérique.
Feuilles en pales d’hélice
et fruits en perles gluantes.
Tapioca gonflant dans la brume,
colle d’amidon, grumeaux.
Végétal amphibie.
Algues flottant au niveau
des écharpes de brume,
des traînées de brouillard,
épaves restant accrochées
aux branches des arbres
à l’étiage des brouillards de décembre.

(Francis Ponge)

 

 

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Abjection souriante (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Laurent Fièvre
    
Abjection souriante

Nos petits coeurs sont trop légers,
Ils voudraient bien s’envoler, mais
Grâce à la glu nous restons attachés
Gloire éternelle à ce Dieu de bonté !

(René Daumal)

 

Recueil: Se dégager du scorpion imposé
Traduction:
Editions: Editions Eoliennes

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FIN DE SAISON (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2018



Illustration
    
FIN DE SAISON

Ô sources que le gel éternise en statues
Bourgeons d’étoiles tôt venus
Hautes forêts taillées dans l’écume et les flammes
Oiseaux
Quel oeil hideux vous a pris dans sa glu

Tout glisse lentement sur le dos de la terre
Les bouches sont fermées par une moue sévère
Les torrents ont figé le rire des moissons
La mer ne porte plus ses peaux et ses chansons
Je marche dans la rue où ne répond personne
Détachez de la nuit cette cloche qui sonne
Un homme jeune encore roule dans les taillis

Pour nous
C’est ça la vie
Des bras où rien ne brise
Un feu noir allumé
Le soleil sans sa frise
Et dans le vent léger les cendres d’un ami

Une main douce main
Pour éponger mon coeur.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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HOULE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



HOULE

Nuit de houle où l’âme est, au large du corps,
cette lumière en lutte avec l’angoisse aux
mille tentacules, la pieuvre aux bras de glu,
de silence et de lis…
Des lilas pleuvent de la lune

La lueur du hublot
s’ouvre clair puis se perd
sous les gerbes d’écume

Nuage ?
Naufrage ?

Mais nul ne sait bientôt,
tant la nuit devient lisse,
s’il passe dans l’espace
ou glisse dans l’abysse
le navire enlacé
aux lames de lis noir…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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SOIF (László Lator)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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SOIF

Oh quelle faim quelle soif j’ai de toi,
chaque partie de toi je la mange ou la bois,
donne ta bouche, ta langue, tes dents – glu,
donne tes odeurs et tes arômes crues,

l’alcool fou de la sueur qui s’évapore
et qui pétille d’entre les flocons d’or
dans la coque de ton aisselle, et du ventre rond,
ta large croupe, la fleur des seins, fais don,

serre-moi dans tes bras, tes cuisses, tandis
que de ton corps je brise l’ardent huis,
ouvre tout grands tes flancs, fais-moi breuvage
d’âpres sèves au goût d’herbe sauvage,

quand la molle fleur, rosée au calice,
donnant de nouvelles soifs de ses épices,
se resserre, et que le plaisir dans les nerfs
accoure à nouveau dans tes reins, dans ta chair,

et que dessous l’épiderme est près d’exploser,
c’est l’instant brume-feu d’avant exister,
cellules qui grésillent, veines chancellent
et travaillent à m’engloutir en elles,

afin que par tes flancs – glissade et morsure –
me happe de nouveau ce monde obscur
où les secrètes nuits noires du vécu
lentement sont en train de se mettre à nu.

(László Lator)

 Illustration: Franz Guillery 

 

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Refuge pour les oiseaux (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016


Refuge pour les oiseaux

Entrez n’hésitez pas c’est ici ma poitrine
Beaux oiseaux vous êtes la verroterie fine
De mon sang je vous veux sur mes mains
Logés dans mes poumons parmi l’odeur du thym
Dressés sur le perchoir délicat de mes lèvres
Ou bien encore pris dans la glu d’un rêve
Ainsi qu’une araignée dans les fils du matin
La douleur et la chaux ont blanchi mon épaule
Vous dormirez contre ma joue les têtes folles
Pourront bien s’enivrer des raisins de mon coeur
Maintenant que vous êtes la je n’ai plus peur
De manquer au devoir sacré de la parole
C’est à travers vos chants que je parle de moi
Vous me glissez des bouts de ciel entre les doigts
Le soleil le grand vent la neige me pénètrent
Je suis debout dans l’air ainsi qu’une fenêtre
Ouverte et je vois loin
Le Christ est devenu mon plus proche voisin
Je remue des printemps en ramassant vos ailes
Vous savez qu’il y a du bleu dans mes prunelles
Et vous le gaspillez un peu dans tous les yeux
Refermez les forêts sur moi c’est merveilleux
Cet astre qui ressemble tant à mon visage
Un jour vous écrirez mon nom en pleine page
D’un vol très simple et doux
Et vous direz alors c’est René Guy Cadou
Qui monte au ciel avec pour unique équipage
La caille la perdrix et le canard sauvage.

(René-Guy Cadou)

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ISEUT A OUESSANT (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2015



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ISEUT A OUESSANT

Celle-ci qui trempe dans la glu des radiolaires
Trouve la force du foetus dans sa poche élastique
Pour joindre à la nage la carapace de l’archipel.
A chaque jour sa ration de pluie et de ténèbres.
Le chaos de la matière les craquements annulent
La peine qu’on se donne pour vivre et faire.
Ici l’ajonc la bruyère affleurent sans monotonie
Capables de fermeté et d’une usure ingénieuse.
Iseut en alerte brille de la surface de la mer.

(Paol Keineg)

Illustration

 

 

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