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Posts Tagged ‘gnome’

La flûte d’écorce (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Josette Bardoux 
    
La flûte d’écorce

Voici chanter sur la lande déserte
La flûte acide et verte,
Et danser dans le vent, dessous
L’ambre remuante des pins, les boucs,
Les gnomes et les loups-garous.

Parmi la bruyère rien qu’une hutte
Et rien qu’une âpre flûte
De bois suintant la sève et l’eau
Et brisant ses chansons en clairs morceaux
A l’abri maigre des bouleaux;

La flûte fraîche comme de la glace
Dont la chanson se casse
– Ainsi les pins que le gel mord. –
Aux doigts du vieux berger jeteur de sorts,
Fait sauteler les boucs sur les rochers des fjords.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les gnomes (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration: Fabienne Quinsac
    
Les gnomes

Par les genêts rabougris,
A travers le soir fantasque,
Dansent rieurs sous leur masque,
Des gnômes en pourpoint gris.

Les prés d’argent et de nacre,
Avec leurs saules noyés,
Exalent un parfum acre
Au long des bois défeuillés.

Le flot déroule blanchâtre
Ses silencieux remous,
Entoure les troncs d’albâtre
Des bouleaux maigres et flous.

Mêlés à l’ombre se taisent
Les spectres des buissons fous;
Des couples qui s’entrebaisent
Surgissent on ne sait d’où.

Il monte une odeur amère,
En tourbillons bleuissant,
Du gouffre des estuaires
Sournoisement menaçant.

Le vent cruellement âpre
Gerce le flot qui se plaint
Et que la lune diapre
De fleurs aux pâleurs d’étain.

Comme tout se fait étrange!
La nuit s’agite et s’émeut,
Et, glissant parmi la fange,
Au long des pâquis tourbeux,

Dansent rieurs sous leur masque,
Sinistres et rabougris,
A travers le soir fantasque,
Des gnomes en pourpoint gris.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le grillon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Le grillon

Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.

Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.

La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.

Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.

Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

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Minuit (Louis-Honoré Fréchette)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



 

Minuit

La pâle nuit d’automne
De ténèbres couronne
Le front gris du manoir ;
Morne et silencieuse,
L’ombre s’assied, rêveuse,
Sous le vieux sapin noir.

Au firmament ses voiles
Sont parsemés d’étoiles
Dont le regard changeant,
Sur la nappe des ondes,
Répand en gerbes blondes
Ses paillettes d’argent.

Dans le ciel en silence
La lune se balance
Ainsi qu’un ballon d’or,
Et sa lumière pâle,
D’une teinte d’opale,
Baigne le flot qui dort.

Au bois rien ne roucoule
Que le ruisseau qui coule
En perles de saphir;
Et nul cygne sauvage
N’ouvre sur le rivage
Sa blanche aile au zéphir.

Une ondoyante voile,
Comme aux cieux une étoile,
Brille au loin sur les eaux,
Et la chouette grise
De son vol pesant frise
La pointe des roseaux.

La bécassine noire
Au col zébré de moire
Dort parmi les ajoncs
Qui fourmillent sans nombre
Sur le rivage sombre,
Au pied des noirs donjons.

Sous la roche pendante,
La grenouille stridente
Dit sa rauque chanson,
Et des algues couverte
Toute la troupe verte
Coasse à l’unisson.

Dans l’onde qui miroite,
L’ondine toute moite
Ecartant les roseaux,
Sèche sa blanche épaule
A l’ombre du vieux saule
Qui pleure au bord des eaux.

Rêveuse elle se mire
Et, coquette, s’admire
Dans le miroir mouvant,
Et de ses tresses blondes,
Sur le cristal des ondes,
Tombent des pleurs d’argent.

La Sylphide amoureuse,
La Péri vaporeuse,
Fée au col de satin,
Dans leur ronde légère,
Effleurent la fougère
D’un petit pied mutin.

Les farfadets, les gnomes,
Les nocturnes fantômes,
Traînant leurs linceuls gris,
Dansent, spectres difformes,
Autour des troncs énormes
Des vieux pins rabougris.

Le serpent rampe et glisse,
Et son écaille lisse
D’un rayon fauve luit ;
Les bêtes carnassières
Sortent de leurs tanières…
Dormons : il est minuit !

(Louis-Honoré Fréchette)

Illustration

 

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Racines (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2016



Racines

Si c’étaient vos déchets

Qu’ainsi vous refoulez
A l’opposé de vous.

Dans la hauteur.

***

Vous êtes
Comme des radiographies

De quelque chose en nous.

***

Espèces de gnomes
Racontez!

(Guillevic)


Illustration

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Sous vos longues chevelures (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2015



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Sous vos longues chevelures

Sous vos longues chevelures, petites fées,
Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement,
Sous vos longues chevelures, petites fées,
Dans la forêt du charme et de l’enchantement.

Dans la forêt du charme et des merveilleux rites,
Gnomes compatissants, pendant que je dormais,
De votre main, honnêtes gnomes, vous m’offrîtes
Un sceptre d’or, hélas ! Pendant que je dormais.

J’ai su depuis ce temps que c’est mirage et leurre
Les sceptres d’or et les chansons dans la forêt ;
Pourtant, comme un enfant crédule, je les pleure,
Et je voudrais dormir encor dans la forêt.
Qu’importe si je sais que c’est mirage et leurre !

(Jean Moréas)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Sous vos longues Chevelures (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Sous vos longues Chevelures

Sous vos longues chevelures, petites fées,
Vous chantâtes sur mon sommeil bien doucement,
Sous vos longues chevelures, petites fées,
Dans la forêt du charme et de l’enchantement.

Dans la forêt du charme et des merveilleux rites,
Gnomes compatissants, pendant que je dormais,
De votre main, honnêtes gnomes, vous m’offrites
Un sceptre d’or, hélas ! pendant que je dormais.

J’ai su depuis ce temps que c’est mirage et leurre,
Les sceptres d’or et les chansons dans la forêt ;
Pourtant, comme un enfant crédule, je les pleure,
Et je voudrais dormir encor dans la forêt.

Qu’importe si je sais que c’est mirage et leurre !

(Jean Moréas)

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« Instant» (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015



 

… à l’endroit où nous étions arrêtés se trouvait justement une poterne.
« Regarde cette poterne, gnome, lui dis-je encore.
Elle a deux issues. Deux chemins se rejoignent ici ; nul ne les a suivis jusqu’au bout.
Cette longue route qui s’allonge derrière nous dure une éternité.

Et cette longue route qui s’étire devant nous, c’est une autre éternité.
Ces chemins se contrecarrent ; ils se heurtent du front,
et c’est ici, sous cette poterne, qu’ils se rencontrent.
Le nom de la poterne est inscrit au fronton: « Instant».

Mais si quelqu’un suivait l’une de ces routes, sans arrêt et jusqu’au bout,
crois-tu, gnome, que ces routes s’opposeraient toujours?
« Tout ce qui est droit est menteur, murmura le nain d’un ton méprisant.
Toute vérité est courbe, le temps lui-même est un cercle. »

«Esprit de Pesanteur, dis-je avec colère, ne prends pas tout ainsi à la légère,
ou je te laisse accroupi où tu es, pied-bot – et je t’ai pourtant porté haut!
Regarde, lui dis-je, cet instant.
A partir de cette poterne de l’instant une longue route,
une route éternelle s’étend en arrière de nous;

il y a une éternité derrière nous.
Tout ce qui de toutes choses est apte à courir n’a-t-il pas dû, nécessairement,
parcourir une fois cette route?
Tout ce qui peut arriver, entre toutes les choses, ne doit-il pas déjà être arrivé,
s’être accompli, être passé?

Et si tout ce qui est a déjà été, que penses-tu de cet instant, nain?
Cette poterne ne doit-elle pas aussi avoir déjà été?
Et toutes choses ne sont-elles pas si solidement enchevêtrées
que cet instant présent entraîne à sa suite toutes les choses futures?
Et lui-même aussi par conséquent ?

Car ce qui de toutes choses est apte à courir devra parcourir une fois encore
cette longue route qui s’éloigne devant nous!
Et cette lente araignée qui rampe au clair de lune,
et ce clair de lune et toi et moi sous cette poterne,
parlant à voix basse de choses éternelles
– ne faut-il pas, de toute nécessité, que les uns et les autres nous ayons déjà existé ?

Ne nous faudra-t-il pas revenir et parcourir cette autre route qui s’éloigne devant nous,
cette route longue et redoutable
– ne faut-il pas que tous nous revenions? »

(Frédéric Nietzsche)

Illustration

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