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Écoutez-moi si vous m’aimez (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: René Baumer

    

Écoutez-moi si vous m’aimez

Écoutez-moi si vous m’aimez :
Je suis sauvé lorsque je chante ;
Et toi, surtout, que j’ai formé
De ma plus douce voix vivante :
Tes beaux cheveux bien éclairés
Comme le feu dans la poussière
Te font pareil aux oliviers,
Tes mains connaissent un mystère
Dont il reste de l’or aux doigts…
Si tu es dieu, révèle-toi.

– Garde ton sang, bouche mordue,
J’y vois la trace de ton coeur :
Sur la voie que tu as perdue
Je t’ai suivi comme un chasseur.

Es-tu cette étoile sauvage ?
Je te salue, ô visiteur,
Dans la lumière et la douleur,
Visage doux comme une plage
Usée, habituée aux vagues…
Tu es l’amour aux mains profondes :
Partageons ce pain et ce sel…

– Salut, dans le milieu du monde,
Salut à mon ami mortel.

Puis-je mourir, quelle folie !
N’entends-tu pas ma poésie
Et ce coeur battre, ô bouche d’or ?
Je suis le berger de ces ombres
Et le principe de ces choses
Ayant fait oeuvre de mon corps
Je suis vainqueur, il se repose,
Et je retourne à mes trésors.

– Homme enfermé, l’orgueil t’égare
Libre et vivant, – devant un mur.
Accorde-moi ce corps avare,
Ne sois, enfin, qu’un esprit pur.

Amour, ce serait par faiblesse…

– Mais, par faiblesse, sois heureux.

Laisse ces ruses sans noblesse
J’ai vu la flamme dans tes yeux…
Alors, il me prend par la tête,
Porte la nuit dans mes fénêtres,
Porte sur moi son souffle ardent,
Par les genoux brise ma force
Et, comme un cheval qui s’emporte,
Jette ses cheveux dans le vent…

– Je suis seul. Je serre les dents.

Plus tard, un soir comme les autres,
La poésie monte et se pose,
L’eau merveilleuse monte en moi,
Le dieu se pose dans ma chambre,
Tout est changé, c’est que je chante :
Amour, entendez-vous ma voix ?
Mais le Démon n’écoute pas,
Il pleure dans ses mains profondes…

– Les poètes sont seuls au monde.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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A… l’inconnue (Jan Hanlo)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
A… l’inconnue

Tu as produit un roucoulement perçant
comme si la fête allait commencer
Comme un coq — jeune fille — un vautour enchanté
un gnou en plein désarroi
de toutes façons quelque chose de sauvage

Tu t’es mis aussi à danser comme quelque chose de sauvage
un marabout excité ou quelque nom de bête
Toute en aiguilles et en saccades
Tu as pointé tes fesses dans tous les sens
mais surtout vers moi
Et dans tes yeux déjà l’inoubliable
Pourtant tu ne t’es pas jetée dans mes bras
car je n’ai pas dit Viens donc mon amour

(Jan Hanlo)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Arborescences (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Arborescences

Les poussières
de l’Afrique
se sont fourrées
sous nos ongles
entre nos orteils
nos paupières
nos cheveux
et nos dents
à l’intérieur
de nos oreilles
de nos narines
où elles germent
en minuscules
radicelles
qui s’allongent
au long de nos veines
et de nos nerfs

Ainsi la brousse
et la savane
ont envahi
notre poitrine
une rauque fêlure
transforme notre voix
des baobabs
encore nains
décorent nos paumes
métamorphosant
nos lignes de vie
et de chance
il suffit maintenant
de les appliquer
à nos tempes
et nous entendons
le feulement des hyènes

Tout notre corps
est tatoué de lianes
creusées çà et là
de bassins boueux
où viennent boire
gnous et koudous
soucis et hantises
courant sur nos ventres
pour se faufiler
entre les branches
de nos genoux
notre Zambèze intérieur
quand il déborde
transfigure les vallées
qui nous entourent
en l’arbre interdit
de notre royaume perdu

(Michel Butor)

 

 

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J’ai cherché le chemin de mon corps (Ingrid Jonker)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



J’ai cherché le chemin de mon corps
et n’ai trouvé dans la poussière qu’étranges cicatrices
Traces de gnous d’éléphants de léopards
écrasées par le secret de la piste blanche
Oh je voulais juste peser ton ombre, petite gazelle
ta silhouette fugitive

(Ingrid Jonker)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Ludovic Florent

 

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