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Poésie

Posts Tagged ‘goëland’

QUE ET QUE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Flo DS
    
QUE ET QUE
(Testament léger)

Je sais que j’attends que l’heure
s’ajoute à l’heure et m’enlève
je ne résisterai pas.

Sur les prés et sur les dunes
les poulains les goélands
auront leur part de vitesse
de lumière de repos.

Enfin je ressemblerai
à ce qui m’anima, dès
l’origine de ma vie :
moitié soleil moitié ombre,
victorieux et défait.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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UN DOMICILE DISCRET (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

UN DOMICILE DISCRET

J’ai tout retiré de ma chambre
hormis quelques images

il reste trois fois rien

l’aile d’un goéland
un bloc de pierre glacée
la photo d’une fille nue —

au centre de ce vide
mon être danse

*

INCONSPICUOUS LODGINGS

I’ve emptied this room
of all but a very few images

what remains is next to nothing

the wing of a gull
a lump of cool rock
the photo of a naked girl —

within this emptiness
my being dances

(Kenneth White)

Illustration: Edward Hopper

 

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Marée basse à Landrellec (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



    


    
marée basse à Landrellec

1.
mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands

4.
Plus bas entre les rochers
étrange vie marine

baroque beauté

cette éruption de rugueuses balanes

berniques
fermées comme des Chinois

Là-bas
bleue et noire
une épaisse plaque de moules

l’herbe ondulante des posidontes

5.
Dans cette flaque tranquille
parmi les éponges jaune vert
les hydraires roses
et le bleu des mousses irlandaises

des crabes tâtonnent
de leurs pattes maladroites

6.
Dans cette autre
gelées lunaires
Les vertes couronnes de chair
des anémones

une étoile hyperboréenne

7.
Un crabe (de Jonas ?)
calé dans une crevasse

remuant ses antennes
attend

8.
murmure de la marée
qui remonte à présent

brissements blancs çà et là
le long de la baie

Soleil déclinant
or froid

(Kenneth White)

 

 

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Bouillonnements blancs des vagues (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Bouillonnements blancs des vagues
confusion des commencements
dissolution et amplitude
le vide est plénitude
et les goélands
font jaillir leurs cris spontanés

***

White-blow of the waves
confused beginnings
dissolution and amplitude
the emptiness is plenitude
and the gulls
raise their spontaneous cries

(Kenneth White)

 

 

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À l’abri de l’insistante grisaille du brouillard (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

À l’abri de l’insistante
grisaille du brouillard, la haine, criée
sur les toits, au long
du jour, t’est restée proche. Nous
savions que le soleil
s’était insinué par les carreaux fermés
dans l’ébriété
seulement. Nous savions qu’un vide plus profond
était construit
par les goélands à grand renfort
de cris. Nous savions qu’ils
savaient que l’accostage était un mirage.
Et attendait,
depuis la première heure
où j’étais venu vers toi. Ma peau,
frémissante sous la lumière.
La lumière, se brisant au bout de mes doigts.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Sacre de la Mer (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
Sacre de la Mer

Tes yeux sont assez beaux pour recevoir la mer
— peut-être aimerai-je enfin l’écume dans leur eau
où le ciel erre et qui baigne la lumière
ouverts sur ce néant que tourmente le vent

Tes yeux peuvent couvrir l’océan
vol de paupières au lointain du cristal
leur ombre pure qui fane ton visage
n’a pas l’élan des ailes des sombres goélands
dont la tache éteint l’eau

Tout reste vie en cette chambre bleue
où la mer converge comme en un double fleuve
elle est ici entière : tu la tiens sans la prendre
ainsi que ce Roi pur à l’anneau de mystère
tu règnes transparence sans troubler l’aventure
des êtres qui se guettent — vol et nage — des lisières interdites.

il a glissé fragile à ton doigt de poète
voici le sel de ton baptême dont te sacre le vent

Depuis l’éternité cette eau d’envol et de coulée
lasse d’une navette de soleil et de neige
se conserve et se berce en l’espoir de ton ombre

et voici ta clarté qui cerne et piège l’étendue

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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MARINE (Marie-Christine Guidon)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



 

Georges Lemmen  TheBeachArHiest+1891  is [1280x768]

MARINE

J’entends le chant du monde
Qui bruine sur la lande
Et la langueur humide
Pénétrant les genêts

Je suis un souffle d’air
Qui frise l’océan
Je frôle l’horizon
Pareille au goéland
Grisée par les embruns
Mousseux et odorants
Entre les flots salins
J’ai le coeur cormoran

J’entends le chant du monde
Au creux des vagues brunes
Et le souffle rageur
Du vent dans les bruyères

(Marie-Christine Guidon)

Illustration: Georges Lemmen

 

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Je fus le temps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Ron Mueck  
    
Je fus le temps

Je fus le temps de ces métamorphoses,
d’une saison à l’autre plus exquises,
le pèlerin d’une mer sans limites.

Je naviguais par une force obscure,
je m’inscrivais sur la page du Temps
sans que les mots ralentissent ma course.

Un goéland m’invitait à le suivre.
Il dérivait plus vite que le vent
pour déjouer tous mes itinéraires.

J’ai navigué par la rame et le vin.
Où fut le rêve, où fut l’errance, où furent
des cris perdus les miettes éparses ?

Ai-je existé dans l’autre imaginaire ?
Suis-je le roi de mon île engloutie ?
Surgi des eaux, ne suis-je qu’un mirage ?

Lorsque le Temps jette ses mouches mortes,
je vois le ciel qui s’ouvre comme un ventre.
Il faut crier mais les cris sont taris.

Éternité : le nom de mon périple.
La terre seule est mesure des jours.
Nous échangeons des paroles perdues

pour oublier le vertige final.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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SOUVENT LES GOÉLANDS (Christian Coin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




SOUVENT LES GOÉLANDS

Souvent les goélands dans ses yeux d’amoureuse
S’élancent dans les cieux et planent dans les vents,
Ils donnent chacun d’eux une aile généreuse,
Une lyre, un chagrin à mes voeux poursuivants.

Rarement les bleuets dans les blés de tendresse
N’ont autant scintillé que dans ce mouvement ;
Mes pensers serreront la course de sa tresse
Espérant seulement son regard envoûtant.

Serait-il opportun de parler de tendresse
Quand la belle ne fut qu’élégance et dédain ?
Ses cils de miroirs noirs sont des fils de tristesse,
La peine côté cour, j’irai côté jardin !

Et je m’élancerai parmi les fleurs sauvages
Dans ces champs bien-aimés peuplés d’herbes au vent,
Il y aurait à-bas, au bord des marécages,
De grands roseaux joyeux jouant au cerf-volant.

Il y aurait aussi des cygnes de passage,
Des plis dans la verdure, un saule en paravent,
Des mots d’amour aussi courant de page en page,
Et puis peut-être aussi des oiseaux comme avant.

(Christian Coin)

Illustration

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Mon Ami le Vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Ami le Vent

JE t’aime et te salue, ô mon ami le vent
Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,
Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant
Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,
Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…
J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…
Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,
Vers les récifs et vers les îles désolées
Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?
Que cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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