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Posts Tagged ‘gonds’

Exil doré (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Duy Huynh -   (26)

Exil doré

J’ai retiré mon âme au manoir du Silence ;
J’ai fait derrière moi sonner les gonds d’airain.
Nul ne viendra troubler ma solitude immense,
Nul ne viendra souiller mon vierge souterrain !

Les rumeurs de la vie expirent à ma porte :
Mon parc est sans ramage et mon mur sans échos.
J’ai ravagé les nids que le printemps m’apporte,
Et, de mon lourd donjon, j’ai chassé les corbeaux.

Nulle clarté d’emprunt n’illumine mes salles,
Ni lustres aux plafonds, ni torches aux piliers ;
Seuls, les rayons du jour, bondissant sur les dalles,
Ruissellent à travers mes larges escaliers.

Puis, la Nuit lentement accroche ses pans d’ombre
Aux chapiteaux massifs des pilastres géants ;
Le manoir, tout entier, dans les ténèbres sombre,
Partout on voit s’ouvrir des abîmes béants.

J’aime mes murs déserts comme un rustre ses landes ;
J’y savoure, à l’écart, la douceur du relais,
Les Heures, le front ceint de fleurs et de guirlandes,
Y tissent mon destin d’allégresse et de paix.

Et je ne suis pas seul dans ce palais féerique,
Bien que nul importun n’y pénètre jamais,
Car le Rêve y déploie, étrange et magnifique,
Sa verte frondaison en superbes forêts.

(Jean Royère)

Illustration: Duy Huynh

 

 

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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Aigu (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Aigu

Maison aux murs
ajourés

Hiboux les fenêtres
aveugles
nous regardent
sans nous voir

Sortez-nous le temps
de ses gonds

Sur le rosier verdoient
des épines

aiguës comme les débris
de notre espoir
Portes de vent
qui sortent et entrent

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Le mot « huître » (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2017



Le mot « huître »
dont il faut faire jouer les gonds des voyelles
pour ouvrir sa sorte de fenêtre empierrée.

(Laurent Albarracin)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Sous le vent (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



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Sous le vent
la plainte répétée des tôles

Les gestes aigus
d’un monde fragile

Les gonds crient
le savoir de la rouille

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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Dans votre grand silence (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Dans votre grand silence
Vous avez l’air de dire
Un chant irréparable
Qui part de la montagne
Et gagne au loin la mer.

Une à une les choses
Vont douter de leurs gonds.

(Jules Supervielle)

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MATIN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016



MATIN

Encore une coupure de langage
On aurait dû me prévenir

Enfin des gonds gémissent
Dans les maisons qui me cernent
Où jamais personne n’entre
D’où jamais nul n’est sorti

Peu après les tourterelles
Poussent leur aigre cri qui me rappelle
Que j’ai des raisons de souffrir

A n’en pas douter c’est le jour
Injecté lentement dans les veines du monde
Comme une vérité perverse

Quelqu’un viendra bien éponger
Le peu de sang qui a coulé.

(Jean Rousselot)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Ah, rien qu’une fois encore en cette vie ! (Eduard Mörike)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Ah, rien qu’une fois encore en cette vie !

Il y avait une petite porte qui donnait sur les champs,
À l’écart du village. Combien de fois ai-je aimé tirer
Le verrou de cette porte à claire-voie toute noircie
Et relever les branches qui pendaient au-dessus
Tandis qu’elle tournait avec peine sur ses gonds rouillés !-
Or cette porte était de bien des façons douée pour la musique,
Et avait une voix de soprano très acceptable

(Eduard Mörike)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

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Vent (Alain Le Beuze)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



Vent

Le vent
Fait grincer les chemins
Dans les gonds de la nuit.

Il impose
Aux arbres
Une envergure.

Qui ose résister
a vite compris.

Il condamne l’inertie,
Est-ce sa faute ?

Il est des saisons
Qu’aucun vent
N’ose abuser.

Il est des toits coléreux
Qui ne le supportent.

Il lui arrive
D’aider les fruits,
Par nécessité pour eux,
Par respect pour les arbres.

(Alain Le Beuze)

 

 

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Le livre (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2016



 

Le livre dont il est l’otage et le garant, le livre incompulsé,
le livre intermittent, tourne sans hâte sur ses gonds dans la terre,
et chaque page à ton attouchement prend feu, et sa substance
se confond avec le surcroît de ta sève, avec le progrès de son sang.

(Jacques Dupin)

Illustration

 

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