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C’est l’Heure de Plomb (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


horloge-aveugle

A une grande douleur, succède un calme solennel –
Les Nerfs ont un air compassé, de Tombes –
Le Coeur gourd se demande si c’est Lui, qui a souffert,
Et si c’était il y a des siècles, ou Hier?

Les pieds, en automates, vont –
Rigide ronde –
Au sol, à l’Air, à Tout
Désormais Inattentifs,
Un contentement de Quartz, de caillou –

C’est l’Heure de Plomb –
Y survit-on, on s’en souvient
Comme des gens en proie au Gel, se rappellent la Neige –
D’abord – un Frisson – puis la Torpeur – puis l’abandon –

(Emily Dickinson)

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FLÓRA (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    

FLÓRA (1)
« Hexamètres»

Croulent les tas de vieille neige,
le zinc de la gouttière fuit,
Fondent les blocs de gel noircis
que le jus de l’hiver délave
Avant de gonfler d’abondance
le gargouillis des caniveaux.
En-allés les jours si légers,
ah, le pauvre azur en frissonne !
Mais déjà un rouge désir
vers l’aube lance sa chemise :
Vois combien je t’aime, inquiet
de cet éveil, ô ma Flóra !
Ô ravissant dégel, tu as
arraché le deuil de mon coeur
Comme on libère du bandage
la plaie, et je prends mon essor !
Mе revient le flux de ton nom
tout de beauté, tout de douceur,
et je tremble songeant aux jours
d’hier, à ma vie loin de toi !

2
Mystères

Quand les mystères résonnent,
je suis au guet, mon amour.
Ma fidélité est comme
un carcan pour mon corps gourd.

Tu rougiras, comprenant
ce que ronde et le vent disent :
oeil et coeur… mes postulants
pour ta dévotion acquise…

Moi aussi, j’écris mon chant :
Si je t’aime, mon amour,
fais de même en allégeant
cet attachement si lourd !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Je trouve si naturel que l’on ne pense pas (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Je trouve si naturel que l’on ne pense pas
que parfois je me mets à rire tout seul,
je ne sais trop de quoi, mais c’est de quelque chose
ayant rapport avec le fait qu’il y a des gens qui pensent…

Et mon mur, que peut-il bien penser de mon ombre ?
Je me le demande parfois, jusqu’à ce que je m’avise
que je me pose des questions…
Alors je me déplais et j’éprouve de la gêne
comme si je m’avisais de mon existence avec un pied gourd…

Qu’est-ce que ceci peut bien penser de cela ?
Rien ne pense rien.
La terre aurait-elle conscience des pierres et des plantes qu’elle porte ?
S’il en est ainsi, eh bien, soit !
Que m’importe, à moi ?
Si je pensais à ces choses,
je cesserais de voir les arbres et les plantes
et je cesserais de voir la Terre,
pour ne voir que mes propres pensées…
Je m’attristerais et je resterais dans le noir.
Mais ainsi, sans penser, je possède et la Terre et le Ciel.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://frogsblog7.wordpress.com/

 

Recueil: Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d’Alberto Caeiro
Traduction: Armand Guibert
Editions: Gallimard

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La rouge chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
La rouge chanson

Mes oiseaux à l’aile meurtrie,
Le coeur en sang,
Que le vent d’octobre charrie
Au hasard, sans
Egard pour vos ailes meurtries;

Mes vagues oiseaux qui sombrez
Aux berges moites
Des étangs givreux, sur les prés
Noirs où miroite
Cette eau glacée où vous sombrez;

Outardes, macreuses transies
Dans les remous
Du vent froid qui vous supplicie,
Cadavres fous
Que bercent les brumes transies;

Oiseaux, voici mon coeur en sang
Dressant son phare
Parmi l’ouragan frémissant
Qui vous égare;
Oiseaux, voici mon coeur en sang.

Il est l’étrange sanctuaire
Tout luisant d’or,
Où mieux qu’au lit des estuaires
Dorment des morts
Sous la pourpre de leurs suaires.

Brisez, brisez les vitraux d’or,
Ailes blafardes,
Qu’en moi s’éteigne votre essor,
Grèbes, outardes;
Brisez, brisez les vitraux d’or.

Dormez, désirs, l’aile meurtrie,
Mourez aussi,
Délivrés du vent qui charrie
Les vols transis;
Dormez, désirs, l’aile meurtrie.

Dormez sous les dams sanglants,
Les pourpres lourdes,
Dont le calme va s’étalant
En splendeurs gourdes,
Dormez, dormez oiseaux sanglants!

(Marie Dauguet)

 

 

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J’ai été poursuivant d’Amour (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2015




J’ai été poursuivant d’Amour,
Mais maintenant je suis héraut;
Je dois monter sur la tribune
Pour juger les tours amoureux.

Quand je verrai faire à rebours,
Dieu sait si je crierai bien haut:
«J’ai été poursuivant d’Amour,
Mais maintenant je suis héraut ! »

Si les amants se montrent gourds,
A l’instant je verrai leur faible ;
Devant moi i1 faut marcher droit !
Aimer, j’en sais par coeur le cours :
J’ai été poursuivant d’Amour !

(Charles d’Orléans)

Illustration: Odilon Redon

 

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