Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘goutte’

Les enfants du chemin de fer (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Une fois grimpées les pentes de la tranchée
Nous fûmes à la hauteur des coupes blanches
Des poteaux télégraphiques et des fils grésillants.
Comme de beaux déliés, ils ondulaient à perte de vue
A l’est et à l’ouest, s’incurvant
Sous leur fardeau d’hirondelles.
Nous étions petits et pensions ne rien savoir
D’intéressant. Nous pensions que les mots parcouraient les fils
Dans les poches scintillantes des gouttes de pluie,
Chacune ensemencée de la lumière
Du ciel, du miroitement des lignes, et de nous-mêmes
A une échelle si infinitésimale
Que nous aurions pu passer par le chat d’une aiguille

(Seamus Heaney)

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Je me souviens (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2020



Je me souviens
Des instants où j’étais
L’univers

Quand il n’y avait rien
D’autre que l’évidence

Je me rappelle être sorti
Du temps
Pendant que tu donnais
Mon nom

À chaque goutte de pluie
Qui tombait

Sur la vague en désordre
Des longues
Inondations de nos sens

Et on faisait l’amour de
Toutes les façons
Sans limites des nuages

Je me rappelle
De chaque fabuleux
Vagin des crépuscules

De la chair de poule
Des étoiles sur
La peau douce du ciel

(Werner Lambersy)

Illustration: Edward Coley Burne-Jones

 

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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Je marche dans la parole plurielle (Louis Bertholom)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Je marche dans la parole plurielle
d’un pays de haut vol.

Respirer un peu d’espace
est ma prière,
ma peine, fluidifiée
sur les herbes rases.

Rugissement de l’océan
autant de discours
du Grand Gardien du temps.

Un chemin céleste se dessine,
trace en moi le panthéos de l’aube.

Tout commence dans une goutte d’eau
où se lit le monde,
une bulle le respire,
un grain de sable le ferme,
dans les cercles des siècles …

Les rivages sont de fausses ruptures,
simplement des frontières
où s’échangent des densités.

La mer avale sa bave
dans une épilepsie de baleine,
reprend souffle,
râle les métamorphoses à venir …

J’entrevois tes pensées toi l’invisible,
l’habité du silence.

(Louis Bertholom)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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UN JOUR (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



    

UN JOUR

Un jour nous nous appellerons sans nous entendre,
L’un de nous deux ne répondra plus,
L’aile déchirée un oiseau tombera
Et son oeil effrayé cherchera pourquoi
Dans le hallier le chant ne répond plus;
Pour arriver au nid tu bats de l’aile
Et cette aile frappe la terre
Comme une main qui ne peut plus rien,
Et de l’autre tombent de chaudes gouttes de corail.
Tu cours te cacher, mais pourquoi, de qui ?
Et te voilà seul dans ta solitude.
On aurait dit qu’un coeur battait auprès du tien.
Pourquoi plus, maintenant ?
Oh ! si davantage encore nous nous étions aimés,
Alors, peut-être…
Et tout à coup tu t’entends parler seul,
C’est le vide qui te fait place,
C’est le silence qui t’écoute.
Qui a mis ces linceuls noirs sur les miroirs ?
A table tu tarderas
A prendre la cuiller dans ta main
Et la chaise, tu le sais trop,
Restera vide.
Les allées de l’automne seront beaucoup plus longues
Et tu redouteras de les suivre jusqu’au bout
Et tu n’auras plus envie
De revenir à la maison.

(Mihai Beniuc)

 

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L’ESCARGOT (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

escargot rosée

L’ESCARGOT

Petit escargot
Qui rêves et qui vas,
La rose et le temps qu’il fait
C’est tout ce que tu sais.
La rose et le temps qu’il fait
C’est tout ce que tu vois
Toi qui bois
Le mystère
D’une goutte de rosée.

***

Snail

Little snail,
Dreaming you go.
Weather and rose
Is all you know.
Weather and rose
Is all you see
Drinking
The dewdrop’s
Mystery.

(Langston Hughes)

Illustration

 

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Fin d’année (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



Fin d’année

Le ciel est grisâtre et froid
Pâle le soleil grelotte;
Morne mon rêve sanglote,
Tout désir est mort en moi.

Seule auberge au fond d’un bois,
Mon cœur héberge un seul hôte
Qui démolit et lui ôte
Tout ce qui fut autrefois.

Tout est mort et tout est cendres,
Les doux baisers, les mots tendres
S’estompent au fond du cœur.

Goutte à goutte choient les pleurs
Et l’Espoir trop las d’attendre
S’éteint loin de la rumeur.

(Birago Diop)


Illustration: Edvard Munch

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Pluies (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2020




    
Pluies

La pluie d’avril est venue ce jour-là
Avec des gouttes de soleil
La pluie d’avril est venue ce jour-là
Un jour vermeil.

La pluie d’orage est venue ce jour-là
Avec des gouttes de chaleur
La pluie d’orage est venue ce jour-là
Un jour de peur.

La pluie d’automne est venue ce jour-là
Avec des gouttes de chagrin
La pluie d’automne est venue ce jour-là
Un jour sans fin.

La pluie de neige est venue ce jour-là
Avec des gouttes de diamant
La pluie de neige est venue ce jour-là
Un jour tout blanc.

La pluie de d’avril un jour nous reviendra
Avec ses gouttes de soleil
La pluie de d’avril un jour nous reviendra
Un jour vermeil.

(Suzanne François)

 

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A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

Otto Dix   Painting 032 [1280x768]

A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES

En courant, j’atteignis la porte,
sur mon front et sur ma poitrine,
les perçant de gouttes alertes,
la terreur soudain s’installa.
J’inspectai le ciel et le rauque
aboiement des armes, tout comme
le pas pressé de mes comparses,
martelait mon coeur. Des étoiles
brillaient bien au-dessus de moi.

Temps lointains, temps d’après l’orage
largement enrichis d’ozone,
vous dont je crois à la venue,
gardez-nous en votre mémoire
hommes et filles d’un bonheur
futur, nous qui nous faufilions
à travers les ruelles souillées,
dans la dispersion et la crainte,
tendant une main hésitante
pleine d’amour à la recherche
d’un chaleureux embrassement
pour qu’en naissent vos âmes fortes.

(Gyula Illyès)

Illustration: Otto Dix 

 

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L’APPROCHE DU SILENCE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

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L’APPROCHE DU SILENCE

En brèves apparitions, par la porte du jardin,
la jeune pluie subrepticement dérobe en ses voiles qu’elle déploie, la lumière qu’elle irise.
Sur ses pointes de danseuse, elle virevolte, s’arrête aux aguets,
se mire dans des boules de verre, sautille, s’esquive, s’éclipse,
mais sa présence persiste dans le jardin de gouttes constellé.

Les plantes ont pris le parti du soleil, tout brille davantage sous la lumière mouillée.
Un seul oiseau inquiet, attentif, cesse ses trilles.
Sur mon âge lourd la pluie est si légère et je sens les changements faciles.
Encore un oiseau se tait et je perçois ce peu de silence aussi.
Cet infime silence amical, pourtant parcelle d’infini, crée un cadre à tant de charmes légers, entourant ce qui s’appesantit.

(Gyula Illyès)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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