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Poésie

Posts Tagged ‘goutte’

Dans la nuit du coeur (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




Dans la nuit du coeur
la lente goutte de ton nom
glisse et tombe et brise et déploie
en silence son eau.

Légère sa blessure exige quelque chose
et sa déférence courte et infinie,
comme le pas d’un être qui s’égare
soudain entendu.

Soudain, soudain perçu
et dans le coeur répandu
avec l’insistance triste et le déploiement
d’un rêve froid d’automne.

La roue épaisse de la terre
fait rouler sa jante humide d’oubli
coupant le temps
en d’inaccessibles moitiés.

Ses dures voûtes couvrent ton âme
répandue dans la terre froide
avec ses pauvres étincelles bleues
volant dans la voix de la pluie.

(Pablo Neruda)

 

 

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Alors je sèmerai (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Sylvie Lemelin_Fecondite [1280x768]

Alors je sèmerai

Quand j’en serai à deux ou trois mille gouttes
J’aurai de quoi remplir un arrosoir
Alors je sèmerai
Des Massifs de poèmes géants
Tous les matins pourrai les arroser

(Pierre Albert-Birot)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Rue des gouttes (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
rue des gouttes

au bout de cette rue en impasse
cabanes de tôle, grillages, volailles

une basse-cour pouilleuse
avec des statues de plâtre peint

et un gamin joufflu
Secoué par le rire

qui titube dans les flaques
sous l’insistante pluie

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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Pluie du soir (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
pluie du soir
un gros oreiller de plumes
sous le crâne
vent rageur dans les chênes

forêt lointaine qui s’approche
océan mugissant
la fenêtre ouverte

les grosses gouttes
d’une nouvelle averse
s’écrasent
sur les tuiles

(Alain Jean-André)

 

Recueil: Chemins profonds
Editions: Jacques Brémond

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Les gouttes de pluie (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Les gouttes de pluie ont plein
de personnalité –
Chacune

***

The raindrops have plenty
of personality –
Each one

(Jack Kerouac)

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L’Automne et sa douceur (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Stances

I

Dépouille de l’allée où j’ai marché souvent,
Feuilles mortes, tendres feuillages,
Que suivait mon regard quand, portés sur le vent,
Vous mêliez de l’or aux nuages ;

L’Automne et sa douceur vont s’alanguir là-bas,
Dans les sous-bois, le long des grèves.
Et l’ancien souvenir ramènera mes pas
Aux lieux où se plaisaient mes rêves.

O feuilles, que me fait, non plus que le carmin
Des fleurs, votre pâle sourire ?
Mon âme et la douleur sur le sombre chemin
Passent et n’ont rien à se dire.

II

La rose du jardin que j’avais méprisée
A cause de son simple et modeste contour.
Sans se baigner d’azur, sans humer la rosée,
Dans le vase, captive, a vécu plus d’un jour,

Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
Ayant fini d’éclore et de s’épanouir,
Elle laissa tomber lentement ses pétales,
Indifférente au soin de vivre ou de mourir.

Lorsque l’obscur destin passe, sachons nous taire;
Pourquoi ce souvenir que j’emporte aujourd’hui ?
Mon cœur est trop chargé d’ombres et de mystère :
Le spectre d’une fleur est un fardeau pour lui. :

III

Lorsque se lamentant comme auprès d’une tombe,
Dans le creux du vallon
Passait, tout vêtu d’or par la feuille qui tombe,
Le tragique Aquilon,

Qu’a-t-il dit au rameau qui balançait encore
Un beau fruit, une fleur,
Au soleil de novembre, à la tardive aurore,
A mon âme, à mon cœur ?

IV

J’allais dans la campagne avec le vent d’orage,
Sous le pâle matin, sous les nuages bas ;
Un corbeau ténébreux escortait mon voyage,
Et dans les flaques d’eau retentissaient mes pas.

La foudre à l’horizon faisait courir sa flamme
Et l’Aquilon doublait ses longs gémissements ;
Mais la tempête était trop faible pour mon âme,
Qui couvrait le tonnerre avec ses battements.

De la dépouille d’or du frêne et de l’érable
L’Automne composait son éclatant butin,
Et le corbeau toujours d’un vol inexorable
M’accompagnait sans rien changer à mon destin.

V

Voici donc une fois encore
La fin précoce de l’été:
Quelle pâle et tremblante aurore
Se réveille sur la cité !

VI

Tout l’esprit d’Apollon et cette ardeur divine
Qui n’était que lumière et que frémissement.
Quand nous prenions la lyre au pied de la colline
Que le Tarb dans son cours baigne secrètement! …

Le bruit des chariots sur la route poudreuse,
Au crépuscule lent, sous les matins jaillis;
La vigne et la prairie et cette ombre joueuse
Qui tournait au soleil dans les jeunes taillis! …

L’orageux Orion guidait nos belles courses,
Pan gonflait notre cœur, et nous avions bien su
Donner des noms jolis à ces petites sources,
Qui filtraient doucement au creux d’un roc moussu.

VI

J’ai revu le jardin autour de la maison,
Il est plein de zéphyrs et plein d’oiseaux encore
Et le même treillis, n’importe la saison,
Laisse passer Vénus, Sirius et l’Aurore.

Mais le gazon qui pousse et le chemin sablé.
Du lac et du bassin le familier rivage,
Et cette belle fleur plus jaune que le blé,
Ne reconnaissent plus mes pas ni mon visage

VIII

Le jour à son déclin semait tout le couchant
D’un flocon velouté de couleur amarante.
Seul sur le quai désert, immobile ou marchant.
Je laissais sur la mer aller mon àme errante.

O misère! ô destin! Je me pris à songer,
Et j’ avais à la bouche une fade amertume . . .
Mais la vague en courant montait pour se briser
Dans le joyeux élan de ses éclats d’écume.

IX

Quand de la tragique vie
Se condense l’épaisseur,
L’âme se sent assouvie
De tendresse et de douceur.

Mais soudain la flamme brève
D’un mystérieux trésor
Illumine, et dans un rêve
La bouche sourit encor ;

Et d’espérance s’égaie
Notre ancienne douleur.
Comme se pare une haie
Auprès d’une jeune fleur.

X

Aujourd’hui ma pensée erre sur le Céphise
Et je soupire après
Les pâles oliviers et la cime indécise
Qu’élance le cyprès.

Mais que me font mes yeux, qu’ai-je à marquer la trace
De mes pas terriens ?
O mon âme, ô torrent, c’est l’absence et l’espace
Qui forment vos liens.

XI

Mon cœur n’est plus le rameau tendre
Qui reverdit sous le ciel bleu ;
Il n’est plus même cette cendre
Qui couve encore un sombre feu.

Mais ma blessure est si profonde,
Virgile, ô Dante, mes aïeux !
Que j’envelopperai le monde
Dans un amour plus orgueilleux.

XII

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,
Un secret avertissement,
O feuille, qui me viens effleurer le visage
Avec ce doux frémissement ?

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,
Trop lourde d’une goutte d’eau ;
Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes
Les jours amassés en fardeau.

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille
Qui donnais ton ombre au jardin !
Le songe où maintenant mon âme se recueille
Ouvre les portes du destin.

(Jean Moréas)

Illustration

 

 

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Nous sommes ces amants (Ebou Hamid)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017



Illustration
    
Nous sommes ces amants sans peur,
Raison, pensée ne sont pas nos amies.
Du vin d’amour nous sommes ivres,
Jamais il ne nous étourdit.

Toujours vivants nous ne mourons pas,
Nous ne restons pas dans les ténèbres,
Ni pourriture ni poussière,
Pour nous il n’y a jour ni nuit.

Dans nos contrées lune et soleil
Se tiennent à jamais, fidèles.
Nul changement ne les atteint,
Il n’est croissant ni pleine lune.

Les roses de notre roseraie
Restent fraîches et ne se fanent pas;
A l’automne elles ne s’effeuillent pas
Il n’y a ni hiver ni printemps.

Pour avoir bu le vin d’amour,
Nous sommes partis au pays de renoncement;
Tout brûlants, à ton amour enflammés,
Il ne nous faut point d’ailes pour voler.

De tout temps à la clarté du soleil
Mon corps est une goutte d’atome
Cette goutte n’est pas comme la mer
Elle n’a ni fond ni rivage.

Ô Hamid ! Laisse ce qui est
Si tu veux voir cet amant,
Tu auras la vision sacrée
Il n’est pas de perfection au delà.

(Ebou Hamid)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



 

Illustration: Oleg Korolev
    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XVI)

A nos regards pris dans la même pierre de présence,
le monde arrive par une fenêtre
où nous nous penchons parfois
de nos corps, hauts comme des promontoires.

La ville est au pied de la chambre où tu te tiens
avec pour horizon celui de tes épaules
et nous touchons jusqu’en son fond
le vivier de feu qui donne sa mesure à l’été.

Tu te refermes sans cesse sur moi
comme deux vagues sur un rocher
et nous n’avons qu’à nous laisser porter par la mer
qui s’étend très loin autour de nos visages.

Perdus dans un pays de chair et de caresses,
nous vivons les quelques milliers d’années
dont notre amour a besoin pour que naisse
une étreinte de chaque goutte de notre sang.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Amedeo Modigliani
   
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IX)

En te renversant sur le lit,
tu donnes à la clarté la forme même de tes seins
et le jour use toute sa lumière
à vouloir ouvrir tes genoux.

Tu prends ta source dans le miroir qui coule du mur,
tu as du soleil jusqu’au fond de la gorge,
tu es neuve comme une goutte de rosée
que personne n’a vue, que personne n’a bue.

Tu as le cou fragile de ces oiseaux
qu’on voit rarement se poser sur la terre
et quand tu es dans la rue le regard des hommes
monte autour de toi comme une marée.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (V) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (V)

L’espace est pris entre nos regards
et nous n’avons que quelques gestes à ébaucher
pour qu’il tombe à nos pieds sans faire plus de bruit
que la dernière goutte d’eau d’un orage sur la forêt.

Tu es plus nue sous mes mains
que la pluie sur les tuiles,
qu’un feuillage dans le matin,
que les dents ensoleillant la bouche.

Des insectes s’écrasent en plein vol sous notre peau,
mes doigts ne cherchent pas à se protéger de la lumière
qui s’élève du fond de tes yeux
pour faire se lever dans les miens un jour insoutenable.

Le reste de notre vie se fige autour de nous
en hautes statues qui ne peuvent entrer
dans le cercle de silence et de joie
qui nous serre aux reins.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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