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Poésie

Posts Tagged ‘gouverner’

ATTENTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
ATTENTE

Tu restes toujours présent
À la lisière de mes chants,
Mes mélodies sont à Tes pieds
Sans que je puisse T’atteindre.
Le vent supplie avec insistance :
« Ne laisse pas ton rafiot amarré ! »
Gouverne vite pour parvenir
Au centre de mon cœur.

Avec Toi le jeu de mes chants
Est un jeu venant de loin,
Sa flûte émet des notes chagrines
Tout le long du jour.
T’emparant de ma flûte donc, quand voudras-tu
La remplir de Ton souffle,
Dans la dense obscurité
Par une nuit joyeuse et muette ?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE

Un matin d’hiver, je sentis combien cette terre
avance en roulant. Un souffle d’air
venu des tréfonds crépitait
aux murs de la maison.

Baignée par le mouvement : la tente du silence.
Et le gouvernail secret d’une nuée d’oiseaux migrateurs.
Le trémolo des instruments
cachés montait

de l’ombre de l’hiver. Comme lorsque nous voici
sous le grand tilleul de l’été, avec le vrombissement
de dizaines de milliers
d’ailes d’insectes au-dessus de nous.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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UNE FEMME A SON AMANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
UNE FEMME A SON AMANT

Je suis le feu
Calmé, devenu l’eau,

Une vague
Se dressant de l’abîme.

Dans mes veines
La marée gouvernée par la lune
S’élève, arbre de fleurs
Qui s’envolent en écume.

Je suis l’air
Pris dans un filet,

L’oiseau prophétique
Qui chante dans le reflet d’un ciel,

Je suis un rêve avant le néant.
Je suis une couronne d’étoiles,
Je suis le moyen de mourir.

***

WOMAN TO LOVER

I am fire
Stilled to water,

A wave
Lifting from the abyss.

In mi veins
The moon-drawn tide rires
Into a tree of flowers
Scattered in sea-foam.

I am air
Caught in a net,

The prophetic bird
That sings in a refiected sky,

I am a dream before nothingness,
I am a crown of stars,
I am the ive to die.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Le désir (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

    

Le désir de sentir qu’une main très habile
gouverne l’économie du poème,
ce désir-là est délié, ailé.
Il grandit.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Effet de lune (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

George Sheringham (1884-1937), Illustration for Canadian Wonder Tales

Effet de lune

Sous la nue où le vent qui roule
Mugit comme un troupeau de boeufs,
Dans l’ombre la mer dresse en foule
Les cimes de ses flots bourbeux.

Tous les démons de l’Atlantique,
Cheveux épars et bras tordus,
Dansent un sabbat fantastique
Autour des marins éperdus.

Souffleurs, cachalots et baleines,
Mâchant l’écume, ivres de bruit,
Mêlent leurs bonds et leurs haleines
Aux convulsions de la nuit.

Assiégé d’écumes livides,
Le navire, sous ce fardeau,
S’enfonce aux solitudes vides,
Creusant du front les masses d’eau.

Il se cabre, tremble, s’incline,
S’enlève de l’Océan noir,
Et du sommet d’une colline
Tournoie au fond d’un entonnoir.

Et nul astre au ciel lourd ne flotte ;
Toujours un fracas rauque et dur
D’un souffle égal hurle et sanglote
Au travers de l’espace obscur.

Du côté vague où l’on gouverne,
Brusquement, voici qu’au regard
S’entr’ouvre une étroite caverne
Où palpite un reflet blafard.

Bientôt, du faîte de ce porche
Qui se hausse en s’élargissant,
On voit pendre, lugubre torche,
Une moitié de lune en sang.

Le vent furieux la travaille,
Et l’éparpille quelquefois
En rouges flammèches de paille
Contre les géantes parois ;

Mais, dans cet antre, à pleines voiles,
Le navire, hors de l’enfer,
S’élance au-devant des étoiles,
Couvert des baves de la mer.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: George Sheringham

 

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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LA MER SANS RIVAGES (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Utagawa Kunisada
    
LA MER SANS RIVAGES
Li-Hun-Chang

O Dragon !
toi qui gouvernes la Mer sans rivages de la Mort,

Quand, dans une ardente rêverie, penché vers ma bien-aimée, je bois son haleine,
Viens, alors, viens voler son souffle adoré ;

emporte l’amante sur ton vaisseau-spectre.
Et prends-moi avec elle, afin que nous naviguions ensemble,
sans relâche, ivres d’amour, éternellement.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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En étrange pays (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Catherine Abel eden [1280x768]

En étrange pays

Tu étais là présente parfois double,
En ce pays du jamaisrevenu
Atlas sans méridiens Zone inconnue
Temps sans passé Temps qui n’est plus qu’eau trouble.
Tu étais là. Ramenée en arrière
D’une mer amputée de littoral.
Tu gouvernais ton navire amoral
Vers l’au-delà des vies aventurières.
Tu étais là. Je ne sais depuis quand
De ta mémoire émargée. Péninsule
Où nous étions exilés, nous Consuls
Très surveillés d’au-dessous le volcan.
C’était la zone extrême dévolue
Aux animaux d’une ancienne mémoire
Qui surgissaient portant sur eux les moires
D’une autre mer, d’un monde révolu.
Un soleil maigre à jambes d’antilope
S’imprimait sur le sable à pas légers
Mais tu fuyais de ce site étranger
Comme traquée par son œil de cyclope.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Catherine Abel

 

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L’EOLIENNE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



L’EOLIENNE

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…
A la cime de son pylône,
avec le ciel sous sa couronne,
avec le vent à ses côtés,
l’éolienne
est comme une reine
et fait ses quatre volontés.

Aux quatre coins de l’horizon
elle fait la roue en riant,
sans souci du qu’en dira-t-on.
Par tous les temps, sur tous les tons,
cette rouée, elle module,
tourne le vent en ridicule :

« Vent, tu te crois le gouvernant,
tu n’es qu’un âne, tu n’es qu’un sot ! »
Et sa couronne elle fait rouler
devant elle comme un cerceau
(la route est si belle, le ciel est si grand !)
et file et freine et fouette le vent…

L’éolienne, avec sa roue de rire,
sa roue d’argent qui vire vire,
de l’horizon est le point de mire :
tout l’horizon est à ses pieds
Avec des éclats de rire argentés,
du matin au soir, jamais enrouée,
notre éolienne, elle se promène
et mène le vent
par le bout du nez…

(Christiane Barrillon)

Illustration

 

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QUAND J’OUVRE LES YEUX (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2016



 

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QUAND J’OUVRE LES YEUX

Quand j’ouvre les yeux, je vois mes yeux,
Quand je remue les mains, je les gouverne
Mes vrais yeux et mes vraies mains.

Je lave et baigne tout ton corps.
Je l’enroule dans un drap blanc et propre.
Je l’oins de parfums, d’huiles aromatiques
Pour que soit moins sensible la terrible odeur,
La mauvaise odeur de la mort quotidienne.

Si le vent t’éblouit, si le soleil te brunit,
Je prends de l’eau et lave ton visage.
J’en fais un miroir, je le pare de lumière, je lui ferme
les lèvres
Avec un sourire, avec le silence.

Avec des fleurs j’ornerai tes habits de mort,
Avec des gémissements je te pleurerai.

Pour te vêtir, je n’ai pas de manteau royal,
De brillants ornements de pourpre et de prix.

Je te mets mes chaussures pour que tu ne sois pas
Pieds nus sur la terre, pour qu’on entende nos pas
Résonner, qu’on entende notre fuite dans la nuit.

Je t’habille avec mes vêtements et mes chemises
Pour que tu sois vêtue et sembles exister
Pour que nous voyions et qu’on nous regarde, pour
que nous soyons beaux et purs.

Comme fard je te mets le mien : honte et chagrin.

Si ma mine ne te va pas, je la changerai,
Je me farderai les joues, je me ferai d’autres yeux.
Si elles ne te vont pas, je me couperai les mains.

Si mon coeur est gênant, je l’enlèverai,
Je le placerai afin qu’il batte différemment.

Tu n’es pas une bête et pourtant tu as faim.
Tu n’es pas un Ange et pourtant tu sens
Que tu as de grandes ailes, une beauté infinie.

Nous avons l’air d’avoir faim et soif
Naissance et mort nous séparent
Et les animaux nous entraînent ; les vents nous soufflent.

Nous sommes d’ombre et de lumière, de terre et de curiosité.

Tu es forcé de marcher et de ne t’arrêter
Nulle part, de traverser le vide et le néant.
Tu es forcé de fermer ta porte à la nuit,
De douter de ta propre chair, de crier.

Tu es forcé d’affirmer ton visage sur le miroir.

Personne ne peut me toucher, je suis impalpable.
Personne ne peut me refuser, rendre mon visage inutile,
Me couper la chair ou tuer mon âme.

(Georges Themelis)

 

 

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