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Notre Dame des Neiges (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Ingres  sainte-marie-mere-de-dieu

Hommage aux anges
[30]

Nous voyons sa main sur son giron,
lissant la soie vert pomme

ou la soie reinette grise ;
nous voyons sa main sur sa gorge,

touchant un talisman
rapporté de Jérusalem par un croisé ;

nous voyons sa main dénouer un voile syrien
ou poser un châle vénitien

sur une table polie qui reflète
une demi colonne miniature brisée ;

nous la voyons regarder au-delà d’un miroir
par une fenêtre ouverte,

où barque suit barque lente sur le lagon ;
il y a des fleurs blanches sur l’eau.

[31]

Mais aucune d’elles, aucune d’elles
ne l’évoque comme je l’ai vue,

bien que nous atteignions peut-être
un peu de sa bienfaisance tranquille

dans la gracieuse gentillesse
des sirènes de marbre de Venise,

qui grimpent l’escalier de l’autel
à Santa Maria dei Miracoli,

ou nous l’acclamons sous le nom
d’une autre à Vienne,

Maria von dem Schnee,
Notre Dame des Neiges.

[32]

Car je peux dire en vérité,
ses voiles étaient aussi blancs que neige,

tellement qu’il n’y a foulon au monde
qui sût ainsi blanchir ; je peux dire

qu’elle avait l’air belle, avait l’air jolie,
elle était vêtue d’une robe longue

jusqu’aux talons, mais pas
ceinte d’une ceinture d’or,

il n’y avait ni or, ni couleur,
il n’y avait pas de reflet dans l’étoffe,

ni ombre d’ourlet et de couture,
dans le drapé jusqu’au sol ; elle ne portait

aucun de ses attributs habituels ;
l’Enfant n’était pas avec elle.

***

But none of these, none of these
suggest her as I saw her,

though we approach possibly
something of her cool beneficence

in the gracious friendliness
of the marble sea-maids in Venice,

who climb the altar-stair
at Santa Maria dei Miracoli,

or we acclaim her in the name
of another in Vienna,

Maria von dem Schnee,
Our Lady of the Snow.

For I can say truthfully,
her veils were white as snow,

so as no fuller on earth
can white them; I can say

she looked beautiful, she looked lovely,
she was clothed with a garment

down to the foot, but it was not
girt about with a golden girdle,

there was no gold, no colour
there was no gleam in the stuff

nor shadow of hem and seam,
as it fell to the floor; she bore

none of her usual attributes;
the Child was not with her.

We see her hand in her lap,
smoothing the apple-green

or the apple-russet silk;
we see her hand at her throat,

fingering a talisman
brought by a crusader from Jerusalem;

we see her hand unknot a Syrian veil
or lay down a Venetian shawl

on a polished table that reflects
half a miniature broken column;

we see her stare past a mirror
through an open window,

where boat follows slow boat on the lagoon;
there are white flowers on the water.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Ingres

 

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Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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Obscure nuit, laisse ton noir manteau (Gabrielle de Coignard)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Obscure nuit, laisse ton noir manteau,
Va réveiller la gracieuse aurore,
Chasse bien loin le soin qui me dévore,
Et le discours qui trouble mon cerveau.

Voici le jour gracieux, clair et beau,
Et le soleil qui la terre décore,
Et je n’ai point fermé les yeux encore,
Qui font nager ma couche tout en eau.

Ombreuse nuit, paisible et sommeillante,
Qui sais les pleurs de l’âme travaillante,
J’ai ma douleur cachée dans ton sein,

Ne voulant point que le monde le sache,
Mais toutefois, je te prie sans relâche,
De l’apporter aux pieds du Souverain.

(Gabrielle de Coignard)

Illustration: Auguste Rodin

 

 

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LES VAINES DANSEUSES (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

Brad Kunkle _1280

LES VAINES DANSEUSES

Celles qui sont des fleurs légères sont venues,
Figurines d’or et beautés toutes menues
Où s’irise une faible lune… Les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.

De mauves et d’iris et de nocturnes roses
Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses.
Que de parfums voilés dispensent leurs doigts d’or!
Mais l’azur doux s’effeuille en ce bocage mort
Et de l’eau mince luit à peine, reposée
Comme un pâle trésor d’une antique rosée
D’où le silence en fleur monte… Encor les voici
Mélodieuses fuir dans le bois éclairci.
Aux calices aimés leurs mains sont gracieuses;
Un peu de lune dort sur leurs lèvres pieuses
Et leurs bras merveilleux aux gestes endormis
Aiment à dénouer sous les myrtes amis
Leurs liens fauves et leurs caresses… Mais certaines,
Moins captives du rythme et des harpes lointaines,
S’en vont d’un pas subtil au lac enseveli
Boire des lys l’eau frêle où dort le pur oubli.

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

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Le seigneur de Furu (Iso no Kami Otomaro)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Le seigneur de Furu
D’Iso no kami
Entrainé par les charmes
D’une gracieuse femme
Comme un cheval
Tenu par sa longe,
Comme un cerf
Poursuivi par les arcs et les flèches,
A obéi aux ordres
De notre souverain
Et s’est retiré dans une campagne
Aussi lointaine que les cieux.
Ah passant par le mont Matsuchi
Que ne revient-il !

(Iso no Kami Otomaro)

 

 

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Belle au bois dormant (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018


Belle au bois dormant

Au bois, où murmurent les cimes,
Allons écouter :
I1 y dort une gracieuse enfant de roi,
Bercée par une tiède brise de printemps,
Sa chevelure d’or est parsemée de fleurs.
Sommeille, ô sommeille douce et tendre enfant
Merveille captive au château du bois
Ô belle, belle au bois dormant!

Au bois, où murmurent les chênes,
Allons écouter :
Voici qu’approche maint délicat fils de roi,
La pourpre éclatante, et la couronne brille
Charmeur résonne l’accent d’un luth d’or :
Sommeille, Ô sommeille douce et tendre
Fille de roi, de beauté merveilleuse,
Ô belle, belle au bois dormant!

Au bois, où murmurent les cimes,
Allons écouter :
oiseaux y font entendre maint doux chant,
les cimes retentissent comme carillons
A voix légère chante la brise de printemps.
Sommeille doucement, tendrement,
fille de roi, de merveilleuse beauté,
Ô belle, belle au bois dormant !

(Friedrich Nietsche)

Illustration: Gustave Doré

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Devine qui te tient ? (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Lors je songeai comme Théocrite chantait
Les douces années, chères et désirées,
Qui chacune semble d’une main gracieuse,
Porter un don aux mortels, jeunes ou vieux.
Et, comme je rêvais dans sa langue antique,
Je vis, peu à peu à travers mes larmes,
Les douces, tristes, mélancoliques années
De ma vie, qui tour à tour ont jeté
Une ombre sur moi. Soudain, je sentis
En pleurant, qu’une forme mystique bougeait
Derrière moi, et me tirait par les cheveux,
Et d’une voix impérieuse dit, comme je luttais…
« Devine qui te tient ? » – « La Mort », dis-je. Mais
La réponse d’argent tinta : « Non, l’Amour. »

(Elizabeth Browning)

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Jeune pêcheuse (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018




Jeune pêcheuse

Je rêve au matin calme,
regardant passer les nuages,
avec quelle douceur par les arbres
tremble la jeune journée.
La brume palpite et ondoie,
par-dessus l’aurore rose
– ô personne au monde ne sait
que je mis aussi triste.

La mer ondoie fraîche et douce,
passe sans repos ni répit,
i1 me vient un frisson particulier,
et je ferme les yeux.
La brume ne saurait voir
l’aurore rose au-dessus d’elle
– ô personne ne peut comprendre
pourquoi je mis aussi triste.

Volée d’oiseaux fuient gaiement
et chantent de façon si charmante, si gracieuse.
J’aimerais pouvoir voler
où mon coeur désire.
Les brumes ondoient et s’enflent,
recouvrant l’aurore rose,
— ô personne ne peut éprouver
quel point je suis triste.

Je regarde et pleure,
aucune voile de tout l’horizon.
Si triste, si solitaire,
de chagrin mon coeur se brise.
La brume palpite et ondoie,
par-dessus l’aurore rose
Je suis seule au monde à savoir
pourquoi je suis si triste.

(Friedrich Nietsche)

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ROSÉE MATINALE (J. Shuin-Ling)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



 

ROSÉE MATINALE

Sur le fond sombre de l’élégante fenêtre, enguirlandée de fleurs,
la jeune fille émerge, lumineuse.

Demi-nue, elle se penche,
et sa chair, pareille au givre, apparaît, hors du rebord de pierre.
Le charme de la toilette moderne,
n’est visible qu’à la coiffure, déjà achevée.

Ses sourcils, blonds, ont la forme du croissant de la lune.
De l’arrosoir, plein d’eau pure, jaillit une pluie claire.
Avec effort, elle tient l’anse de métal,
et, bien sûr, se refroidit beaucoup les doigts.

Ah ! que je voudrais, si je pouvais être auprès de sa gracieuse personne,
Soir et matin, avec zèle, arroser à sa place !…

(J. Shuin-Ling)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Testament d’un moribond (Khaïr-Eddine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Ah : C’est elle…
Elle est en moi,
elle s’insinue en moi,

elle me ronge le sang et les os…
et elle sourit et s’illumine…
elle brille…

c’est donc qu’elle ne ressemble pas
à cette image vulgaire qu’on en fait…
elle est plutôt gracieuse et attirante …

Ca y est je pars …

(Khaïr-Eddine)

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