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Posts Tagged ‘grand-mère’

Pour Grand-mère (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Pour Grand-mère

L’ovale allongé, sévère,
Les plis de la robe noire…
jeune grand-mère! Qui baisait
Vos lèvres hautaines?

Ces mains qui dans les salles du palais
jouaient les valses de Chopin…
De chaque côté du visage glacé —
Les boucles en spirales.

Le regard sombre, droit et exigeant,
Le regard prêt à la bataille.
Les jeunes femmes ne regardent pas ainsi.
jeune grand-mère, qui êtes-vous?

Que d’occasions vous avez emportées,
Que de choses impossibles aussi —
Dans le sein affamé de la terre,
Polonaise de vingt ans!

Le jour était innocent, le vent frais.
Les sombres étoiles mouraient.
Grand-mère! Ce cruel tourment
Dans mon cœur – serait-ce vous?…

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration

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VIN D’HAVDALA (Myriam Ulinover)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
VIN D’HAVDALA

Chacun boit le vin d’Havdala,
J’en bois moi-même quelques gouttes,
Grand-mère me dit, tendre et grave:
— Ma chère enfant sois avertie

Qu’à boire le vin d’Havdala
La barbe vient aux jeunes filles,
C’est écrit noir sur blanc là-bas
Dans l’armoire aux anciens livres.

Tremblante de frayeur je palpe
Mon petit menton: Dieu merci
Il est tendre et lisse. Rien d’autre
Que la peur ne le hérisse!

(Myriam Ulinover)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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ENFANTS MORTS (Melech Ravitch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
ENFANTS MORTS
(extrait)

La mort c’est la dépouille un soir d’automne
D’un enfant de sept jours
Dans sa caisse clouée, longue de dix-huit pouces,
Portée dévotement par sa grand-mère
À travers champs jusqu’au paisible cimetière
Où la pluie fait tinter sur les tombes
Son cantique du coeur.
D’un enfant de sept jours la mort est la dépouille
Poussée dans la terre humide et glacée ;
L’aïeule rentre à la maison, et l’on attendait son retour
Avec le pain noir odorant, le bol brûlant de chicorée :
Telle est la mort.

(Melech Ravitch)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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BONSOIR (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



BONSOIR

Les enfants pleurent
la grand-mère appelle dans le noir
l’homme réclame la paix.
Les fleurs sont calmes.

La jeune femme les étale avant d’éteindre
leur sourit comme à son miroir
change l’eau
change l’air
joue au bonheur.

Elle est la seule chose douce de la journée, et le sait.

(Guy Bellay)

Illustration: Rémy Disch

 

 

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Les vieilles maisons sont toutes voûtées (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2019



Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
Elles sont comme des grand’mères
Qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
Parce qu’elles ont trop travaillé dans leur vie…

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Illustration

 

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Obsession du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Obsession du temps

Jamais ne se cicatrisent
Du temps les blessures
Je succombe
Aux heures d’ennui
Dont le venin s’instille en moi
Minute par minute
Au rythme régulier
Et lancinant
Du balancier
Et mon regard
Suit
Inlassablement
Hypnotisé
Le disque de cuivre
Ciselé
Qui oscille
Dans les entrailles
De l’horloge
De ma grand-mère
Qui tousse.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Portraits de famille (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Portraits de famille

Regarde
ici Grand-Mère!
Avec Grand-Père
À côté la Tante l’Oncle
et l’autre tante
Et Maman ma maman

Ils sont tous morts

Je tiens à la main
ce petit bouquet
de roses thé

Je les respire :
à chacune
son parfum

Ils ne sont plus que cela
dans ma mémoire

***
Retratos de familia

Olha
aqui a Avô!
Com o Avô
Ao lado a Tia o Tio
a outra tia
E a Mae a minha

Morreram todos ja

Seguro na mâo
esse raminho
de rosas-cha

Cheiro-as:
a cada uma
o seu perfume

Apenas isso sâo
agora
na lembrança

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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Le bonheur était au grenier (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
le bonheur était au grenier
paré de toiles d’araignées
par la lucarne entrait la lune
et le frisson par l’escalier

on avait peur d’être surpris
par un fantôme ou bien par une
grand-mère folle au regard gris
la bougie s’éteignait la lune

glissait sur un meuble branlant
nos mouvements devenaient lents
pendant que nos coeurs palpitaient

l’un de nous ouvrait la lucarne
sur les mystères de l’été
qui nous déléguaient la lucane

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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TROMPERIE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)

 

 

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La prisonnière (Jacques Charpentreau)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



La prisonnière

Plaignez la pauvre prisonnière
Au fond de son cachot maudit!
Sans feu, sans coussin, sans lumière
Ah! maman me l’avait bien dit!

Il fallait aller chez grand-mère
Sans m’amuser au bois joli,
Sans parler comme une commère
Avec l’inconnu trop poli.

Ma promenade buissonnière
Ne m’a pas réussi du tout :
Maintenant, je suis prisonnière
Dans le grand ventre noir du loup.

Je suis seule, sans allumettes,
Chaperon rouge bien puni:
Je n’ai plus qu’un bout de galette,
Et mon pot de beurre est fini!

(Jacques Charpentreau)


Illustration: Benjamin Lacombe

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