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Poésie

Posts Tagged ‘grand’

L’AMOUR (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Marc Chagall
    
L’AMOUR

Autrefois
j’écoutais le bruit de ma voix
Les volets clos espionnaient la maison
Une mouche se débattait dans les rideaux
Le soleil rampait sur le sol
j’étais loin de moi

maintenant
j’ai regardé la vie de ton côté
et j’ai tout détruit pour t’aimer
je t’aime
j’aime pour la première fois
je t’aime

ta jupe te serre la taille, abat-jour d’une lampe
les passants
veulent savoir qui tu es

qui es-tu ?

ivre de danse tu lançais tes bras aussi haut que tes
jambes
poisson de feu

silencieuse
tes yeux se ferment doucement sur les objets
avant de leur donner un nom

mon corps est l’asile du tien
il s’élève inconnu jusqu’à toi

mais tu es aussi grande que mon amour
et ton sourire se déchire au niveau de mes lèvres

je te connais
pour t’avoir rêvée mille fois
sous les feuilles de la forêt
dans ce monde
où l’air et l’eau ne pèsent pas

je t’aime
parce que tu as eu vingt ans à minuit dans mes bras.

(Jean Breton)

 

Recueil: L’amour et l’amitié en poésie
Traduction:
Editions: Folio Junior

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Ni entrée ni sortie (Mayuzumi Madoka)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2019




    
Ni entrée
ni sortie
dans le grand champ de fleur

***

(Mayuzumi Madoka)

 

Recueil: Haikus du temps présent
Traduction: Corinne Atlan
Editions: Philippe Picquier

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D’un grand trou noir… (Paule Guerard)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration: Angèle Corominas

    

D’un grand trou noir…

D’un grand trou noir
Sortit
Comme si de rien n’était
L’enfant

Dans sa petite main fermée
Se trouvait
Tout recroquevillé en boule
Le rire

Et quand l’enfant le lança
Dans l’air
Il éclata comme une fleur blanche
Au printemps

(Paule Guerard)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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SOUCOUPES DU CIEL (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
SOUCOUPES DU CIEL

Tu commenças de naître à ton propre destin
Par sa nuit nuptiale, en ta mère adorée,
Étroitesse et touffeur du ventre vénéré
D’où, doré de désir, en ce monde tu vins

Pour aimer la splendeur parfaite de son sein,
Sa tiède plénitude – ô tournesols si tendres,
Soucoupes qui du ciel pour toi semblent descendre
À ta langue portant le nectar le plus fin.

Par le lait maternel tu devins grand et beau.
D’une tête plus haut que ta mère, et plus haut
Que ces filles au bal à ta danse soumises,

Et tu aimes chacune, et te plaît l’éventail
De leur robe attirant l’odeur et le nectar
Des soucoupes du ciel qui te furent promises.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Levant les yeux (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Levant les yeux

Qu’après une jouissance insipide
Humiliée, amère et sans lumière
Je me ressaisisse et me reprenne,
Me redonne un peu d’estime.
Je suis un fleuve
Avec des vagues qui cherchent les rives,
L’ombre des buissons sur le sable,
La chaleur des rayons du soleil,
Ne serait-ce qu’une seule fois.

Mais mon chemin est sans pitié.
Sa pente me pousse vers la mer.
Grande, sublime mer !
Je ne connais pas d’autre souhait
Que de m’engloutir en me répandant
Dans la plus infinie des mers.

Comment un désir
De saluer des rives plus douces
Peut-il me retenir
Tant que du sens ultime
Je connais l’existence !

***

Aufblickend

Daß ich nach schalem Genusse,
Erniedrigt, bitter und lichtlos
Mich fasse und in mich greife,
Macht mich noch wert.
Ich bin ein Strom
Mit Wellen, die Ufer suchen,
Schattende Büsche im Sand,
Wärmende Strahlen von Sonne,
Wenn auch für einmal nur.

Mein Weg aber ist ohne Erbarmen.
Sein Fall drückt mich zum Meer.
Großes, herrliches Meer!
Ich weiß keinen Wunsch auf diesen,
Als strömend mich zu verschütten
In die unendlichste See.

Wie kann ein Begehren,
Süßere Ufer zu grüßen,
Gefangen mich halten,
Wenn ich vom letzten Sinne
Immer noch weiß!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite? (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Vent du soir, que fais-tu de l’humble marguerite?
Mer, que fais-tu des flots? Ciel, du nuage ardent?
O mon rêve est bien grand et je suis bien petite,
Destin, qu’en feras-tu de mon rêve géant?

Lumière, que fais-tu de l’ombre taciturne,
Et toi qui de si loin l’appelle près de toi,
O flamme, que fais-tu du papillon nocturne?
Songe mystérieux, que feras-tu de moi?

(Louise Michel)

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D’APRÈS « LA NAISSANCE DE VÉNUS », CHANSON (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




Illustration: Clémentine-Hélène Dufau
    
D’APRÈS « LA NAISSANCE DE VÉNUS », CHANSON

Viens et joue avec nous!
Vois, comme des femmes nous avons des seins!
Depuis tes tentes au bord des flots
Viens jouer avec nous: c’est défendu!

Viens et joue avec nous
Regarde! nues, les jambes droites dans l’eau!
Nous nous tenons près de nos bateaux,
Alors nageant vers le lointain
Viens à nous: c’est défendu!

Viens et joue avec nous!
Vois, nous sommes grands comme des femmes!
Nos regards sont aigus:
Nos cheveux sont brillants;
Nos voix parlent franchement ;
Nous nous révélons dans le vert de la mer!
Viens jouer avec nous:
C’est défendu!

***

FROM « THE BIRTH OF VENUS », SONG

Come with us and play!
See, we have breasts as women!
From your tents by the sea
Corne play with us: it is forbidden!

Come with us and play!
Lo, bare, straight legs in the water!
By our boats we stay,
Then swimming away
Come to us: it is forbidden!

Come with us and play!
See, we are tall as women!
Our eyes are keen:
Our hair is bright:
Our voices speak outright:
We revel in the sea’s green!
Come play:
It is forbidden!

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Je reviendrai (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019




Je reviendrai
quand je serai grand
quand je serai graine
quand je serai fou

Je reviendrai
je te le promets
quand je serai nu
quand je serai source

La cruche
débordera
dans la fontaine
quand je reviendrai

Ce sera un jour d’été vert

Je reviendrai
quand je serai boeuf
quand je serai pierre
quand je serai terre

Je reviendrai
quand je serai vent d’autan
quand je serai pluie
quand je serai tilleul

La fumée
montera droit
dans le ciel gris
quand je reviendrai

Ce sera un jour à escargots

Je reviendrai
quand je serai né
quand je serai vendange
quand je serai bon

Je reviendrai
quand je serai corbeau
dans les coquelicots
du crépuscule

Peut-être
découvrirai-je
le secret du monde
quand je reviendrai

Ce sera un jour à miracles

Je reviendrai
montagne bélier solaire
et je m’endormirai dans ta laine
je te le promets.

(Henri Gougaud)

Illustration: Stefan Caltia

 

 

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A LA RECHERCHE D’ESPACE (Zurinah Hassan)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    
A LA RECHERCHE D’ESPACE

Soudain il s’est levé
et a éteint les lumières.
Il a prétendu : « Cette chambre est plus grande dans l’obscurité
parce que nous ne pouvons pas voir les murs. »

J’ai rallumé la lumière,
en lui répondant : « A vrai dire c’est cette lumière qui est l’espace
et souvent nous sommes prisonniers
de murs que nous ne pouvons pas voir. »

***

LOOKING FOR SPACE

Suddenly he got up
And switched off the lights
Saying “This room is bigger in the dark
As we cannot see the walls”
I switched on the light again
Saying “This light is actually the space
And we are often imprisoned
by walls that we cannot see”.

(Zurinah Hassan)

Recueil: ITHACA 596
Traduction: Français Germain Droogenbroodt et Elisabeth Gerlache
Editions: POINT

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Il y a de grandes étendues du nuit (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



Il y a de grandes étendues du nuit.
Le raisonnement n’a que le mérite de s’en servir.
Dans ses bons moments, il les évite.
La poésie les dissout.
Elle est l’art des lumières.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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