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Poésie

Posts Tagged ‘grandir’

Mon propre nom est une prison (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration: SknijKunst
    
Mon propre nom est une prison, où celui que j’enferme pleure.
Sans cesse je m’occupe à en élever tout autour de moi la paroi;
et tandis que, de jour en jour, cette paroi grandit vers le ciel,
dans l’obscurité de son ombre je perds de vue mon ‚être véritable.
Je m’enorgueillis de cette haute paroi;
par crainte du moindre trou, je la replâtre avec de la poudre et du sable;
et pour tout le soin que je prends du nom, je perds de vue mon être véritable.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Je suis suivi par une ombre (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Je suis suivi
Par une ombre qui, dans mon enfance,
Partageait mes jeux
Elle a grandi avec moi
Elle a vieilli avec moi
Elle me suit
Jusqu’à
La tombe

(Abbas Kiarostami)

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Allez ! (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Mihai Criste   (19)

Allez ! et qu’on multiplie,
Dieu à chacun s’est donné
pour la mort et poux la vie
et chaque fois tout entier.
Prestige de l’Absolu,
éloge de la pensée.
Monde jaugé retenu :
esprit, tiens la fleur doublée.
Face à Face l’Intouchable
je le sens grandir en moi
et répéter le miracle
seul d’être à tous à la fois.
Je n’ouvre pas une fable,
je ne suis pas le portier
mais j’entre, le coeur troublé,
dans de grands pays de sable
parmi les miraculés.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Mihai Criste

 

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Ton rêve (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



 

Irene Belknap_1_BI 024

Ton rêve rajeunit tandis que tu vieillis
Le rêve grandit en marchant
vers l’enfance

(Adonis)

Illustration: Irene Belknap

 

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Seuls les hommes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



Illustration: Paul Klee
    
Seuls les hommes
qui ont un sourire d’enfant
ont assez grandi.

***

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Le Livre des petits étonnements du sage Tao Li Fu
Traduction: Meng Ming
Editions: Cheyne

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SEULS, LOINTAINS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

SEULS, LOINTAINS

Nous sommes restés seuls, complétement seuls,
Comme seuls restent les arbres
Comme seuls restent les arbres et les morts.

Seuls, lointains…

La fin vient tout doucement,
La fin, le danger dans l’amour.

L’un déserte les yeux de l’autre
Inversement l’âme du premier quitte cet autre
Se perd, et se cache dans le vague.

Ne restent que les ombres qui grandissent.

Nous partons petit à petit (tout doucement)…

On entend des ailes et des coups
Des gémissements.

On entend les grincements que font nos os.

(Georges Themelis)

Illustration: Edvard Munch

 

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