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Posts Tagged ‘grand’mère’

Les Maisons (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Les Maisons

Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
elles sont comme des grand’mères
qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
parce qu’elles ont trop travaillé dans leur vie;
mais les neuves sont fraîches et jolies
comme des filles à fichus
qui, ayant dansé, vont se reposer
et qui se sont mis une rose au cou.
Le soleil couchant brille dans les vitres,
les fumées montent dévidées
et leurs écheveaux embrouillés
tissent aux branches des noyers
de grandes toiles d’araignées.
Et, pendant la nuit, sur les toits,
l’heure du clocher dont les ressorts crient — et le poids descend —

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Lin (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



Lin

Avant de garnir nos quenouilles, le lin est une jolie fleur;
on dit qu’elle a vécu sur la terre sous les traits d’une belle fileuse.
Chantons, jeune filles, chantons le lin.
Le lin c’est la fleur du travail,
la fleur mère des doux rêves, et des bonnes pensées.

Vous connaissez l’histoire de Marguerite, celle que le démon tenta.
Quand elle faisait aller son rouet, l’ennemi des âmes n’osait s’approcher d’elle.
Le jour quand nous gardons nos troupeaux, le lin, notre ami fidèle,
nous préserve de l’ennui, il tourne gaîment entre nos doigts,
et mêle son doux bruit à nos chansons.

Aimons le lin, jeunes filles, aimons le lin.
Les contes de la veillée nous paraissent plus amusants
quand le bruit de la petite roue les accompagne.
C’est en filant le lin que ma mère m’a bercée,
et m’a appris à bégayer mes premières chansons.

Ma vieille grand’mère se sent encore joyeuse,
et chante quelquefois en remuant la tête,
lorsqu’elle prend sa quenouille.
Comme le tisserand fait aller joyeusement sa navette sur son métier!
Il est blond comme le lin qui compose sa trame.
Le tisserand est le roi des ouvriers; il doit faire bon ménage avec la fileuse.

Ma mère, je veux épouser un tisserand.
C’est avec le lin qu’on tissera mon voile de fiancée,
le lin le plus blanc et le plus pur;
En quoi sera le suaire dans lequel on m’ensevelira
quand je serai morte.

Filons, jeunes filles, filons le lin.

(J.J. Grandville)

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Le buffet (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Le buffet

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

(Arthur Rimbaud)

 

 

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