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Poésie

Posts Tagged ‘grappe’

Où les donzelles bouclées s’en vont-elles (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Où les donzelles bouclées s’en vont-elles,
portant sur les épaules leurs amphores pleines,
elles dont le pas si ferme est si léger;
et dans le fond une vallée qui s’ouvre
en vain attend les belles
qu’ombrage une vigne sur la tonnelle
dont oscillent pendantes les grappes.
Le soleil qui monte au ciel,
les coteaux entrevus
n’ont point de teintes: dans le doux
instant la nature foudroyée
fixe les poses de ses heureuses
créatures — mère, non marâtre — en des formes légères.
Monde qui dort, ou monde qui se glorifie
d’immuable existence, qui le peut dire?
homme qui passes, toi aussi donne-lui
de ton jardin le rameau le meilleur.
Puis continue: dans cette vallée
ombre et lumière ne s’alternent.
Bien loin d’ici te conduit ton chemin,
point d’asile pour toi, tu es trop mort :
de tes étoiles poursuis le cours.
Adieu donc, infantes toutes bouclées, pour toujours,
portez sur les épaules vos amphores pleines.

***

Dove se ne vanno le ricciute donzelle
che recano le colme anfore su le spalle
ed hanno il fermo passo si leggero;
e in fondo uno sbocco di valle
invano attende le belle
cui adombra una pergola di vigna
e i grappoli ne pendono oscillando.
Il sole che va in alto,
le intraviste pendici
non han tinte : nel blando
minuto la natura fulminata
atteggia le felici
sue creature, madre non matrigna,
in levità di forme.
Mondo the dorme o rondo che si gloria
d’immutata esistenza, chi può dire?,
uomo the passi, e tu dagli
il meglio ramicello del tuo orto.
Poi segui : in questa valle
non è vicenda di buio e di luce.
Lungi di qui la tua via ti conduce,
non c’è asilo per te, sei troppo morto :
seguita il giro delle tue stelle.
E dunque addio, infanti ricciutelle,
portate le colme anfore su le spalle.

(Eugenio Montale)


Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

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Ciseleuses de raisins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


On entend marcher sur les chemins.
A chaque grappe
les ciseleuses de raisins
enlèvent les grains abîmés
tressaillantes aux appels
corps inquiet
un jour elles mettent au monde.

(Jean Follain)

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Ah ! l’idylle encore une fois (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


 


(c) Walker Art Gallery; Supplied by The Public Catalogue Foundation

 

Ah ! l’idylle encore une fois
qui remonte du fond des prés
avec ses bergers naïfs

pour rien qu’une coupe embuée
où la bouche ne peut pas boire
pour rien qu’une grappe fraîche
brillant plus haut que Vénus!

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Maurice Greiffenhagen

 

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Un jour, ici, midi d’un été sans ombre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



lézard

 

Quand le lézard tracera la fissure
au coeur de la pierre
Le pavot du pré se rappellera
nos noms emmêlés
Midi d’un été de pur échange
Un cri muet déchirant les reins les lèvres
A l’heure où toute vie, suspendue
en une grappe de fruits
Un jour, ici, midi d’un été
Sans ombre autre que la nôtre, trop humaine
pour prendre racine
Et trop tard pour établir demeure

(François Cheng)

 

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Douce l’odeur des raisins bleutés (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
Douce l’odeur des raisins bleutés,
Et leur ivresse encore lointaine,
Sourds et sombres les sons de ta voix…
Je ne ressens ni pitié ni peine.

Toiles d’araignée entre les grappes,
Entre les pieds de vigne trop frêles.
Comme des glaçons portés par les eaux,
Flottent les nuages dans le ciel.

Mais le soleil paraît, haut et net.
Si tu souffres, aux vagues va le susurrer,
Peut-être vont-elles te répondre
Ou peut-être même t’embrasser.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Comme avec une paille (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Anna Akhmatova
    
Comme avec une paille tu bois mon âme,
Elle a un goût d’amertume et d’ivresse,
Mais tu sais que sans limites est mon calme
Et je ne prierai pas pour que le supplice cesse.

Dis-moi quand tu en auras fini, peu importe
Que mon âme ne doive plus exister ;
j’irai plus loin, là où mes pas me portent,
Pour voir seulement les enfants jouer.

Le groseillier en grappes se répand,
Le briquetier ne fait qu’aller et venir…
J’oublie – es-tu mon frère ou mon amant,
Et je ne veux plus même m’en souvenir.

Le corps épuisé repose un instant
Dans ce monde hostile et pourtant si clair,
Et les passants songent confusément :
Vrai, son veuvage ne date que d’hier.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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Par le laurier du Sud, l’origan de Lota (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Par le laurier du Sud, l’origan de Lota,
petite reine de mes os, je te couronne,
et qu’elle soit toujours à toi, cette couronne
née de la terre et de la feuille du baumier.
Amour, nous arrivons de nos provinces vertes,
nous en tenons la terre à notre sang mêlée,
nous allons par la ville, ainsi que beaucoup d’autres,
un peu perdus, craignant qu’on ferme le marché.
Ma bien-aimée, ton ombre a l’odeur de la prune,
la source de tes yeux est cachée dans le Sud,
ton coeur est une colombe de tirelire,
ton corps a le poli qu’ont les pierres dans l’eau,
la rosée couvre les grappes de tes baisers,
d’être à côté de toi, je vis avec la terre.

***

Con laureles del Sur y orégano de Lota
te corono, pequeña monarca de mis huesos,
y no puede faltarte esa corona
que elabora la tierra con bálsamo y follaje.
Eres, como el que te ama, de las provincias verdes :
de allá trajimos barro que nos corre en la sangre,
en la ciudad andamos, como tantos, perdidos,
temerosos de que cierren el mercado.
Bienamada, tu sombra tiene olor a ciruela,
tus ojos escondieron en el Sur sus raíces,
tu corazón es una paloma de alcancía,
tu cuerpo es liso como las piedras en el agua,
tus besos son racimos con rocío,
y yo a tu lado vivo con la tierra.

(Pablo Neruda)

Illustration: André Patte

 

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Chanson muette (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Chanson muette

Coloris d’ombres sur l’été
grappes d’enfants soie

silence emmitouflé d’oiseaux
nuage de paroles sur la neige
bourrasque de feu

il y aura toujours
un écho perdu qu’on retrouve
un soleil ébloui qui perdure
une chanson muette avec

mon corps dedans

(Gaëtane Drouin Salmon)

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LE PASSÉ (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

feu 1

LE PASSÉ

Avec des mains de haine et de colère, Amour!
J’ai rompu rudement à mon genou farouche
Le beau cep qui porta la grappe dont toujours
Le goût voluptueux se ravive à ma bouche;

Et j’ai fait, tout ce jour, des treilles de ma vie
Brûler le sarment sec et la feuille séchée
Pour qu’il n’en reste au soir que la cendre et la suie
Qui demeurent après une vaine fumée.

Et c’est ainsi qu’avant que s’éteignît dans l’ombre
Ce feu dont les tisons ont mordu la nuit sombre,
O Passé, j’ai voulu que ta flamme suprême

Couronnât et rougît une dernière fois,
Comme d’un éclatant et pourpre diadème,
Le visage brûlant que je penchais sur toi.

(Henri De Régnier)

 

 

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