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Poésie

Posts Tagged ‘gras’

Entre les seins (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Alain Bonnefoit
    
entre les seins
de la sauvage
Marj reposent des hommes aux larges
épaules qui glorifient

le corps caressable aux angles arrondis
de Marj de ces hommes
les doigts balancent des coffres
déplacent des sacs roulent des barils ils

nouent
l’amour
autour
de bières

le monde possède
les mains de ces hommes mais leur
grand corps picoleur
appartient à

Marj
la verteplate bourse duquel –
visage s’ouvre
sur un grasgarnid’or

***

between the breasts
of bestial
Marj lie large
men who praise

Marj’s cleancornered strokable
body these men’s
forgers toss trunks
shuffle sacks spin kegs they

curl
loving
around
beers

the world has
these men’s hands but their
bodies big and boozing
belong to

Marj
the greenslim purse of whose
face opens
on a fatgold

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE

L’Oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
Un Corbeau témoin de l’affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l’heure autant faire.
Il tourne à l’entour du troupeau,
Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau,
Un vrai Mouton de sacrifice :
On l’avait réservé pour la bouche des Dieux.
Gaillard Corbeau disait, en le couvant des yeux :
« Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état :
Tu me serviras de pâture. »
Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.
La Moutonnière créature
Pesait plus qu’un fromage, outre que sa toison
Etait d’une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon
Que la barbe de Polyphème.
Elle empêtra si bien les serres du Corbeau
Que le pauvre animal ne put faire retraite.
Le Berger vient, le prend, l’encage bien et beau,
Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.

Il faut se mesurer, la conséquence est nette :
Mal prend aux Volereaux de faire les Voleurs.
L’exemple est un dangereux leurre :
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands Seigneurs ;
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Les liserons mangent des bonbons (Huguette Amundsen)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



Les liserons mangent des bonbons
et boivent de grands verres d’eau au sirop
ils se lèvent très tôt
tombent à la renverse
avalent l’eau du puits
avec maintes courbettes
puis grimpent sur les bancs
avec des lorgnettes pour voir les passants
ils sont très avenants
se pincent les bras
conversent avec les racines volubiles
ils disent des gros mots
à un tas de crottin hautain
qui dit je suis mondain
et rient d’un grand dindon
avec son hoquet qui bat la breloque
le jour ils font la sieste
en se tournant les sangs
avec des airs absents
le soir ils se bercent car ils sont délicats
puis s’endorment à nouveau comme des chats câlins
ils se croient au château
dans du terreau bien gras
où ils jouent du violon
en écossant des pois

(Huguette Amundsen)

Illustration

 

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Le Mal était actif dans le pays (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



le-caducee

Les murs ne tombent pas
[2]

Le Mal était actif dans le pays,
le Bien appauvri et triste ;

Aventure promise à un triste sort,
le Bien était gras et béat ;

le Mal-in nous poursuivait,
paré tel Jéhovah ;

le Bien était la cosse sans goût,
dépouillée de la fève de manne, de lentille

ils étaient furieux quand nous fûmes affamés
de nourriture, Dieu ;

ils ont arraché nos amulettes,
les charmes ne sont pas, dirent-ils, la grâce ;

mais les dieux voient toujours dans les deux sens,
sur les anciennes routes cherchons la présence

de la vraie-rune, la bonne formule,
recouvrons d’anciennes valeurs ;

sans écouter s’ils crient
ta beauté, Isis, Aset ou Astarté,

est une catin ; tu es rétrogressif,
zélote, rêvant des anciens lieux de plaisir ;

ton coeur, en outre,
est un chancre mort,

ils continuent, et
ton rythme est l’hymne du malin,

ton style est plongé dans le corrosif sublimé,
comment peux-tu gratter

l’encre indélébile du palimpseste
de la mésaventure passée ?

{3]

Laissez -nous, néanmoins, récupérer le Sceptre,
la verge du pouvoir :

elle est couronnée par la fleur de lis
ou le bouton de lis :

c’est Caducée ; parmi les mourants
il porte la guérison :

ou évoquant les morts,
il apporte la vie aux vivants.

***

Evil was active in the land,
Good was impoverished and sad;

Ill promised adventure,
Good was smug and fat;

Dev-ill was after us,
tricked up like Jehovah;

Good was the tasteless pod,
stripped from the manna-beans, pulse, lentils:

they were angry when we were so hungry
for the nourishment, God;

they snatched off our amulets,
charms are not, they said, grace;

but gods always face two-ways,
so let us search the old highways

for the true-rune the right-spell,
recover old values;

nor listen if they shout out,
your beauty, Isis, Aset or Astarte,

is a harlot; you are retrogressive,
zealot, hankering after old flesh-pots;

your heart, moreover,
is a dead canker,

they continue, and
your rhythm is the devil’s hymn,

your stylus is dipped in corrosive sublimate,
how can you scratch out

indelible ink of the palimpsest
of past misadventure?

Let us, however, recover the Sceptre,
the rod of power:

it is crowned with the lily-head
or the lily-bud:

it is Caduceus; among the dying
it bears healing:

or evoking the dead,
it brings life to the living.

(Hilda Doolittle)

 

 

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AUTRE PETITE ODE À LA LUNE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2016



AUTRE PETITE ODE À LA LUNE

Le ciel s’encrasse
dans ses cuirasses
de nuit vinasse

Sur les paillasses
de brumes grasses
que le vent brasse

Douce et tenace
sa grosse face
à l’air bonasse

Savon de glace
blonde limace
la lune passe

Ronde sous-tasse
je te fais place
dans ma surface

Astre cocasse
ma paperasse
garde ta trace

(Louis Calaferte)


Illustration

 

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Oublier (Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2016



Oublier c’est louer la fille de hasard
Grasse dans un lieu sordide et se souvenir
Malgré ses bras de la très seule éternité

(Jean Jouve)

Illustration

 

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DEGRES (François Montmaneix)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



DEGRES

Les enfants savent tout
car leurs mains les éclairent.

La terre est un dieu gras
qui se gave de mort.

L’arbre est une tentation
où des ailes se glissent

l’on dirait qu’une épaule
y partage son rêve.

(François Montmaneix)

Illustration: Donald Zolan

 

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