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Poésie

Posts Tagged ‘grasse’

Vers la mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Vers la mer

Odeur chaude et grasse
Buisson de chair
L’aube se décroche de l’horizon
Suinte sur les bois profonds
Et gagne les jardins

Un chant blessé
Monte de la sève du jour
Nous empruntons des routes
Qui se perdent vers la plage

Alors que la mouette et le vent s’affrontent
Au-dessus de la mer
La vague roule
Tes seins comme des galets.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Gustave Courbet

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Nuit du faubourg (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Nuit du faubourg

Dans l’arrière-cour, la lumière
Soulève son filet sans se presser.
Comme un trou est plein d’eau dans la rivière,
Déjà notre cuisine l’est dans l’obscurité.

Silence. Une brosse à récurer paraît se dresser
Sur ses pattes,
Et se mettre à grimper.
Au-dessus d’elle, un morceau de plâtre
Est perplexe: doit-il se laisser tomber?

Dans ses loques d’huile toute grasse,
Sur fond de ciel, la nuit soupire et devient immobile.
Elle s’assoit aux confins de la ville,
Puis titubant traverse une place,
Et pour éclairer allume un coin de lune.

Les murs d’usines
Se profilent comme des ruines,
Et déjà des ténèbres plus tenaces
Au-dessus d’elles se ramassent
En socles de silence.

(Attila Jozsef)

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La Grenouille (Pierre Coran)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



La Grenouille

Une grenouille
Qui fait surface
Ca crie, ça grouille
Et ça agace.

Ca se barbouille,
Ca se prélasse,
Ca tripatouille
Dans la mélasse,

Puis ça rêvasse
Et ça coasse
Comme une contrebasse
Qui a la corde lasse,
Lasse, lasse…

Mais un héron à échasses,
Une grenouille grêle ou grasse
Qui se brochette ou se picore
Ce n’est qu’un sandwich à ressorts.

(Pierre Coran)

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Pois de senteur (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Pois de senteur

Ne vous attendez pas à trouver dans ma vie
des circonstances extraordinaires, des évènements imprévus.
Une fois sur la terre, voulant rester paysanne,
je m’étais mise au service d’un jardinier.
Une autre servante et moi nous composions toute sa maison.

Margot, c’était le nom de ma compagne, était une grosse campagnarde joufflue,
haute en couleurs, carrée d’épaules,
l’objet de l’admiration de tous les villageois.
« Elle fait presque autant d’ouvrage qu’un boeuf »
disait souvent notre maître, pour donner une idée de ses précieuses qualités.

Aussi était-elle l’objet de toutes ses préférences.
Quant à moi, je ne savais rien faire;
je n’étais bonne qu’à danser le dimanche,
à rire et à sauter tout le reste de la semaine.
Elle est assez gentille, disait le fermier en parlant de moi;
mais c’est une tête folle, elle est toujours à mettre le nez à la fenêtre,
à se balancer, à chanter; on n’en fera jamais rien.

Le résultat de cette comparaison entre Margot et moi
était qu’à elle allaient les bons repas,
les succulents morceaux de galette de maïs,
les cuisses d’oies grasses et dodues,
les verres pleins de cidre écumeux.
A moi les vieux morceaux de pain dur,
les os et l’eau du puits; encore avait-on l’air de me la reprocher,
et quelquefois j’étais obligée d’aller m’abreuver
à l’aide de l’arrosoir et à l’insu du fermier.

Il me semblait pourtant que j’étais plus jolie que Margot,
et je ne comprenais pas pourquoi on me la préférait.
[Jusqu’au moment où:]
Je compris: sur la terre, l’utile vaut mieux que l’agréable.

(J.J. Grandville)

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Chanson pour trois poupées de sucre (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Trois poupées de sucre
et un confiseur.
Trois poupées de luxe
et leur tendre cœur.

Un château de cartes
et trois vieux marcheurs.
Trois petites dames
et leurs pauvres larmes;

Trois colliers de jade
et un accroche-cœur.
Trois filles grasses
et leurs lourdes nattes.

Trois poupées aux anges
et la terre en fleurs.
Du feu dans les granges
et, fidèle, l’heure,

(Edmond Jabès)

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Chanson pour une philosophie courante (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2016



Trois oies fraternelles
cherchent leur tombe au ciel.

 » Je suis lasse « , dit la première.
 » Je suis lasse « , dit la seconde.

Trois oies grasses et laides
jouent le monde dans l’herbe.

 » Je suis lasse « , dit la troisième.

Assises sur leurs œufs,
trois oies défont un bœuf.

 » J’irai seule chez le Bon Dieu  »
dit la première.
 » Je me ferai ange pour lui plaire  »
dit la seconde.

Deux oies émerveillées
s’écroulent foudroyées.

 » Je ferai comme elles « , dit la troisième.
« Je blasphémerai jusqu’au dernier jour.  »

(Edmond Jabès)


Illustration

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