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Ce qui t’accueille à travers le plaisir (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Ce qui t’accueille à travers le plaisir
n’est que la gratitude mercenaire du souvenir.
La présence que tu as choisie
ne délivre pas d’adieu.

(René Char)

Illustration: Dorina Costras 

 

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Albert – Maria Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Je me sens si gauche, si maladroit,
avec cette sorte d’amour inemployé qui me reste sur la poitrine
et qui m’oppresse sans me donner de joie.

*

Entre des êtres qui s’aiment,
n’y a-t-il pas une place
où ils peuvent toujours se rencontrer ?

*

Tout d’un coup j’ai concentré sur un seul être
une force de passion qu’auparavant
je déversais un peu partout, au hasard,
et à toutes les occasions.

*

Aimer un être, ce n’est pas seulement le dire ni même le sentir
c’est faire les mouvements que cela commande.
Et je sais bien que le mouvement de cet amour qui m’emplit
me ferait traverser deux mers et trois continents pour être près de toi.

*

Qu’est-ce que je vais devenir si tu ne m’aimes pas comme j’ai besoin que tu m’aimes,
Je n’ai pas besoin que tu me trouves « attachant », ou compréhensif ou n’importe quoi.
J’ai besoin que tu m’aimes et je te jure que ce n’est pas la même chose.

*

Mon seul désir serait de me taire près de toi,
comme à certaines heures, ou de me réveiller, toi encore endormie,
de te regarder longuement, attendant ton réveil.
C’était cela, mon amour, c’était cela le bonheur !
Et c’est lui que j’attends encore.

*

Tout à l’heure, la nuit était pleine d’étoiles filantes.
Comme tu m’as rendu superstitieux,
je leur ai accroché quelques voeux qui ont disparu derrière elles.
Qu’ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas,
si seulement, tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit.
Qu’ils te disent le feu, le froid, les flèches, les velours,
qu’ils te disent l’amour, pour que tu restes toute droite,
immobile, figée jusqu’à mon retour, endormie toute entière,
sauf au coeur, et je te réveillerai une fois de plus …

*

Moi aussi, je pense à toi, en chair, trépidante.
Ton air de frégate, les cordages noirs de tes cheveux

*

J’étouffe, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l’eau.
J’attends que vienne la vague, l’odeur de nuit et de sel de tes cheveux.

*

Il fait lourd et chaud.
C’est une journée pour le silence, les corps nus,
les pièces ombreuses et l’abandon
Ma pensée a la couleur de tes cheveux.

*

Comme je t’attends.
L’eau monte dans mon coeur.

*

Il est faux que l’amour aveugle.
Il rend perceptible au contraire ce qui sans lui ne viendrait pas à l’existence
et qui est pourtant ce qu’il y a de plus réel en ce monde:
la douleur de celui qu’on aime.

*

Moi aussi je m’ennuie, je ne guéris pas de toi.
Je te cherche la nuit, je pense à toi le jour. Je suis seul.
Ah! Mon cher amour, ma désirable,
ne me laisse pas en chemin, ne te refroidis pas toute entière.
Laisse une braise, une toute petite braise,
et je saurai la ranimer jusqu’à ce que tu sois à nouveau crépitante entre mes bras.
J’embrasse ta bouche, étroitement.

*

Le plaisir qui finit en gratitude, c’est la fleur humide des jours.

*

Je t’embrasse, en orage, et aussi avec des sources inépuisables de tendresse.

*

Quand donc ma veste et ta jupe seront accrochées au même clou ?

*

Ma jeunesse c’est toi. Mon ardeur, ma force de désir et d’amour,
mon amour de la vie, c’est toi.
Bientôt, n’est-ce pas ? Bientôt mes bras frais, ton corps tiède, l’eau de ta bouche.
Je t’aime, ma chérie, ma bien-aimée. Et si mi madre me pregunta…
Au revoir, rose noire, où je boirai toute ma vie.
Je t’embrasse, je t’embrasse encore.
Le vent hurle à nouveau, je te désire.

*

Je t’embrasse, je t’habille de mes baisers.

Albert

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUPPLÉMENT AU CAHIER GOTHIQUE (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Lazo de Valdez Elisa
    
SUPPLÉMENT AU CAHIER GOTHIQUE

LA NUIT VIENT AVEC LE CHANT

La nuit vient avec le chant
prolongé du petit duc,
sème ses lumières dans la conque,
gravit les pentes humides, tremble
un peu. La force au cours de longues années
acquise en souffrant fait défaut
et la faible science désarme,
le sourire viril
ne connaît plus de calme.

Qui es-tu
toi qui attendais invisible, embusquée
à un tournant de l’âge,
que vînt ton heure ? Je te dois
ce temps de gratitude
et d’autant de douleur.

Et maintenant l’inquiétude s’insinue,
pénètre ces premières nuits d’été,
envahit le mur encore chaud, suit
le vol des lucioles sur les aires,
s’enfonce dans les sentiers où soudain
dans l’éblouissement des phares le lièvre fulgure.

Amie, comment ai-je pu ne pas comprendre ?
La vie était suspendue
tout entière comme cette veillée.
Il y a de quoi pleurer en songeant
à la façon dont j’ai gaspillé cette longue attente
avec tant de mots inadéquats,
tant d’actes irréfléchis, irréparables,
et maintenant blessé je dis peu importe
pourvu que le supplice prenne fin.

« Le salut ainsi espéré ne convient
ni à toi ni à d’autres comme toi. La paix,
si elle vient, te viendra par d’autres voies
plus lumineuses que celle-ci, plus ressenties ;
quand souffrir ne te paraîtra pas vain,
car la douleur aussi existe et doit vivre
et se changer en ton bien et celui d’autrui.
La foi est en toi, la foi est une personne. »

Cette chanson n’a plus de mots.

***

LA NOTTE VIENE COL CANTO

La notte viene col canto
prolungato dell’assiuolo,
semina le sue luci nella conca,
sale per le pendici umide, trema
un poco. La forza in lunghi anni
acquistata a soffrire viene meno
e la piccola scienza si disarma,
il sorriso virile
non ha più la sua calma.

Tu chi sei
che aspettavi invisibile, appostata
a una svolta dell’età
finché fosse la tua ora ? Ti devo
questo tempo di gratitudine
e d’altrettanto dolore.

Ed ora l’inquietudine s’insinua,
penetra queste prime notti estive,
invade il muro ancora caldo, segue
il volo delle lucciole sulle aie,
s’inselva pelle viottole ove a un tratto
nell’abbaglio dei faré la lepre saetta.

Cara, come ho potuto non intendere ?
La vita era sospesa
tutta come questa veglia.
C’è da piangere a pensare
come ho sciupato questa lunga attela
con tante parole inadeguate,
con tanti atti inconsulti, irreparabili,
e ora ferito dico non importa
purché il supplizio abbia fine.

« La salvezza sperata cosi non si conviene
né a te, ne ad altri come te. La pace,
se verrà, ti verrà per altre vie
più lucide di questa, più sofferte ;
quando soffrire non ti parra vano
ché anche la pena esiste e deve vivere
e trasformarse in bene tuo ed altrui.
La Pede è in te, la fede è una persona. »

Questa canzone non ha più parole.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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L’IMAGE DIVINE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




L’IMAGE DIVINE

Merci, Pitié, Paix et Amour,
Chacun les prie dans sa détresse,
Et c’est à ces vertus exquises
Qu’il retourne sa gratitude.

Car Merci, Pitié, Paix, Amour,
C’est Dieu, notre père chéri,
Et Merci, Pitié, Paix, Amour,
C’est l’homme, son fils et souci.

Car Merci a un coeur humain
Et Pitié un visage humain,
Amour, divine forme humaine,
Et Paix a vêtement humain.

Et donc, sous tous les cieux, chaque homme,
Lorsque dans sa détresse il prie,
Prie la divine forme humaine —
Amour, Pitié, Paix et Merci.

Aimons donc tous la forme humaine,
Chez le païen, le Turc, le Juif.
Où vit Amour, Pitié, Merci,
Habite Dieu aussi.

***
THE DIVINE IMAGE

To Mercy, Pity, Peace and Love
All pray in their distress;
And to these virtues of delight
Return their thankfulness.

For Mercy, Pity, Peace and Love
Is God our father dear;
And Mercy, Pity, Peace and Love
Is Man, his child and care.

For Mercy has a human heart;
Pity, a human face;
And Love, the human form divine;
And Peace, the human dress.

Then every man of every clime
That prays in his distress,
Prays to the human form divine—
Love, Mercy, Pity, Peace.

And all must love the human form
In heathen, Turk or Jew.
Where Mercy, Love and Pity dwell,
There God is dwelling too.

(William Blake)

 

 

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La taupe (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



La taupe

Elle nage dans la terre
Au contact de la mer de la terre
elle prend une teinte très douce
une couleur indéfinissable
et presque infinie si une couleur peut l’être
comme après s’être frottée longtemps
à la vieillesse des choses
à l’éternelle jeune vieillesse des choses
Elle a de la peau de chamois sur elle
elle a du chamois en elle
dont elle bondit souvent
pour plonger à l’insu de tous
en dauphin sous la montagne
Elle évolue dans la terre
ainsi qu’une patineuse enfoncée
elle brosse doucement la grande gratitude de la terre
elle repasse lentement dans tout ce chiffonné
comme une navette qui la tisse
au destin de la terre
elle y fait un tunnel d’elle
où elle est la taupe enfin
ne lâchant plus qu’une bulle de terre de loin en loin
un petit volcan démoli
toute à elle et à sa douceur désormais

(Laurent Albarracin)

 

 

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Le tabouret (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Le tabouret

On ne peut cacher plus longtemps cet amour
un petit quadrupède aux pattes de chêne
à la peau rugueuse et si fraîche
objet quotidien dénué d’yeux mais doté de visage
où les rides des rainures marquent un jugement mûr
petit âne gris le plus patient des ânes
il a perdu son pelage suite à de trop longs jeûnes
en le caressant le matin je ne sens sous la main
qu’une touffe de copeaux de bois

— tu sais mon chéri il y avait des charlatans pour dire
que la main ment l’oeil ment
au contact des formes qui ne sont que vide —

c’étaient des gens mauvais envieux des choses
ils voulaient prendre le monde à l’hameçon des réfutations

comment te dire ma gratitude mon admiration
tu réponds toujours à l’appel des yeux
par ta grande immobilité tu signifies
à la pauvre raison: nous sommes réels —
la fidélité des choses nous ouvre les yeux à la fin

(Zbigniew Herbert)

 

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Gratitude (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



Gratitude

Mon amour est exceptionnel
Non je ne l’ai plus épousé
Il dessine des arcs-en ciel
Me nourrit de tendre bonté

S’il est parfois sur un nuage
Il reste cependant très sage
Il pratique fort bien l’humour
Et sait aussi me faire la cour

Il m’invite à son univers
Me parle des constellations
Des étoiles et de vaste mer
De la beauté sa dévotion

A lui toute ma gratitude
Ma tendresse pour ce conteur
Sans lui ma vie serait bien rude
Il est la chaleur de mon cœur

(Luciole)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com

Illustration: William Adolphe Bouguereau

 

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Générosité de l’invisible (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



Générosité de l’invisible.
Notre gratitude est infinie.

Le critère est l’hospitalité.

(Edmond Jabès)


Illustration: Marie-Paule Deville Chabrolle

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Je ressens ce besoin de rembourser une dette (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Je ressens ce besoin de rembourser une dette
qui résulte de la nativité même en nous.
Nous sommes faits par d’autres
et par de plus anciens que nous
[…]
Il est possible qu’un contre-don – même dérisoire,
selon une étrange symétrie naturelle –
soit nécessaire à toutes les données de notre vie.
[…]
rendre quelque chose à la vie,
et même à la terre perdue dans l’univers stellaire.

Une action de grâce (de gratitude) rendue à la lumière,
à cet incroyable hasard d’être –
dont chacun de nous a été, quelques années,
durant les toutes premières années,
un fragment encore dense et presque lumineux.

(Pascal Quignard)

Illustration: Louis Toffoli

 

 

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Il s’agit de retourner en ces lieux (Franco Marcoaldi)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2016



Il s’agit de retourner en ces lieux
où nous ne sommes jamais parvenus. De penser
des pensées si longtemps assoupies
qu’elles sont désormais perdues.
Il s’agit de cueillir avec étonnement
et gratitude les minuscules fleurs des champs,
d’extraire les essences infinies
des espèces communes laissées
sottement languir devant
notre porte. De commencer à vivre,
voilà de quoi il s’agit.

*

Si tratta di tornare da luoghi
dove mai siamo arrivati. Di pensare
pensieri così a lungo sopiti
da essersi ormai inabissati.
Si tratta di cogliere con grata
sorpresa minuscoli fiori di campo,
di estrarre essenze infinite
da specie ordinarie lasciate
stupidamente a languire davanti
alla porta. Di cominciare a vivere,
ecco di cosa si tratta.

(Franco Marcoaldi)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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