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Poésie

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Rien n’est venu de ce que nous attendions (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2020



 

Rien n’est venu
De ce que nous attendions

Avec l’obstination
De ceux qui grattent
Dans le plâtre des cellules
Le compte des jours

Aucune aube
Qui soit restée une aube

Aucune lumière
Que l’ombre ne rattrape

Et nous nous sommes mis
A aimer

La persistance du vinaigre
Et l’amertume
Insatisfaite de nos alcools
Rien n’est venu
De ce que nous attendions

L’instant
N’est pas dans ce qui attend

(Werner Lambersy)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Le Temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Le Temps

Les jours s’écoulent
Dans des images égarées
Remonter le temps
C’est redescendre dans le passé
Où les minutes d’attente
Furent des heures d’angoisse
Je gratte le vernis
Sur des couleurs trop vives
Et oublie les moments de joie
Pour des instants de souffrance

A l’adolescence les premières amours
Causes de blessures
Jamais vraiment cicatrisées
Relèguent les jeux naïfs de l’enfance
Dans les malles du grenier

Je cours toujours vers ma jeunesse qui se dérobe

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Paul Delvaux

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Un songe (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Un songe

Le laboureur m’a dit en songe : « Fais ton pain,
Je ne te nourris plus, gratte la terre et sème. »
Le tisserand m’a dit : « Fais tes habits toi-même. »
Et le maçon m’a dit : « Prends ta truelle en main. »

Et seul, abandonné de tout le genre humain
Dont je traînais partout l’implacable anathème,
Quand j’implorais du ciel une pitié suprême,
Je trouvais des lions debout dans mon chemin.

J’ouvris les yeux, doutant si l’aube était réelle :
De hardis compagnons sifflaient sur leur échelle,
Les métiers bourdonnaient, les champs étaient semés.

Je connus mon bonheur et qu’au monde où nous sommes
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes ;
Et depuis ce jour-là je les ai tous aimés.

(René-François Sully Prudhomme)

 

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UN COQ PLACE DE L’OPÉRA (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: Marie-France Busset
    
UN COQ PLACE DE L’OPÉRA

Le chant d’un coq de ferme à midi place de l’Opéra
en attendant l’autobus 27 Si on y réfléchit
il est peu probable qu’il y ait un coq en train
de faire le faraud entre le Drug Store Opéra
et le Café de Paris Un coq à crête pourpre
dans une cour agricole brûlée du soleil d’août
coq qui gratte de ses griffes la paille de la grange
pour y trouver une provende tardive
puis entre deux goulées de grains
saute sur une poule et la transperce à la diable
l’amour foudre le plaisir éclair
Coq si content de toi que viens-tu faire
en chantant si fort à midi en décembre
à l’arrêt de l’autobus 27 place de l’Opéra ?
Tu n’as rien à faire dans cette journée
Tu as soixante ans de retard (ou d’avance ?)
J’ai huit ans Maman veut que je dorme après le déjeuner
Elle m’a mis sur le lit a tiré les persiennes
Mais une fois la porte fermée je me lève
et pieds nus je vais à la fenêtre regarder la cour
où se pavane en habit de clarté
un coq couleur de feu qui malgré l’heure d’après-midi
se met à chanter comme si c’était l’aube
et chante dans ma tête après tant d’années
à midi en décembre place de l’Opéra
où les coqs se font de plus en plus rare

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’Arlequin décontenancé (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration
    
L’Arlequin décontenancé

Je me demande un peu ce qui m’arrive
il a dû y avoir quelque erreur de ma part
gaffe impair inadvertance faux pas
balourdise faute bêtise imprudence
encore une fois je n’apprendrai donc jamais

C’est que ça chauffe bouge grille gratte
grogne grouille tremble grince remue
bruisse murmure marmonne frissonne
craque gronde grignote s’agite gargouille
et de plus en plus

Si seulement je pouvais me souvenir
de la personne qui me l’a remis
si c’est bien quelqu’un qui me l’a remis
ou de celle à qui je dois le remettre
s’il est encore possible de le remettre à quelqu’un

Sinon je ne sais vraiment pas ce que je vais faire
c’est que j’ai de plus en plus l’impression
que cela fait partie de mon propre corps
et j’ai l’impression que l’on me regarde
de plus en plus

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Hors de moi (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Je tourne autour de moi
moi
maison fermée depuis plusieurs hivers

Qui a muré la porte
et les fenêtres?
J’entends quelqu’un dedans
j’aboie furieusement
je gratte la terre au pied du mur
je m’écorche
un soldat bouge sur les carreaux de la cuisine
un soldat
qui fait la soupe dans son casque
se rase en se regardant dans une vitre aveugle
monte la garde dans un grenier
attend que j’essaie d’entrer pour m’abattre
j’aboie
j’aboie

je mourrai hors de moi.

(Henri Gougaud)

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Mastiquer la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Mastiquer la solitude,
ouvrir un autre regard dans le regard,
inscrire un autre point dans le silence,
entrer plus, entrer plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être plus.

Ou mastiquer la solitude,
effacer tout regard dans le regard,
gratter le point du silence,
sortir plus, sortir plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être moins.

L’être plus de l’être moins.

Le plus du moins que le rien.

***

Masticar la soledad,
abrir otra mirada en la mirada,
poner otro punto en el silencio,
entrar más, entrar más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Sólo importa ser más.

O masticar la soledad,
borrar toda mirada en la mirada,
raspar el punto del silencio,
salir más, salir más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Solo importa ser menos.

El ser más del ser menos.

El más del menos que la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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FACÉTIE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018




FACÉTIE

La glace où je me regarde ? et quel est ce personnage ?
Il escamote mes jambes, mes bras.

Faut-il en rire ?

Il ôte maintenant mes cheveux. Ma tête s’isole.

Qu’est-ce que cette facétie ? Moi qui ne suis plus moi !

Un ongle long et strié est venu gratter le tain du miroir.
La blanche poudre dessine un profil.

Figure de rien !

(Jules Tordjman)

Illustration

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TABLEAU (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Mathieu Triolet
    
TABLEAU

un temps blême
et la neige blanche
– comme toujours –
blanche jusqu’à la mort
au fond
on aperçoit
un moineau
en train de gratter le paysage
il tremble
son petit corps tremble
avant ce soir il sera glacé
parmi une foule de péchés
son âme s’élèvera
balle perdue
menacer le froid
le silence

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Poissons (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



 

Les poissons
vus par l’économie
sont abaissés par des mains éplucheuses
grattant l’écaille
scrutant l’oeil mort
alors qu’au jardin ploient les tiges
et que l’air pur qui passe
par l’entrebâillement d’une fenêtre
flatte une femme qui se dévêt
et qui jamais n’a vu la mer.

(Jean Follain)

 

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