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Poésie

Posts Tagged ‘gratter’

Mastiquer la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Mastiquer la solitude,
ouvrir un autre regard dans le regard,
inscrire un autre point dans le silence,
entrer plus, entrer plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être plus.

Ou mastiquer la solitude,
effacer tout regard dans le regard,
gratter le point du silence,
sortir plus, sortir plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être moins.

L’être plus de l’être moins.

Le plus du moins que le rien.

***

Masticar la soledad,
abrir otra mirada en la mirada,
poner otro punto en el silencio,
entrar más, entrar más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Sólo importa ser más.

O masticar la soledad,
borrar toda mirada en la mirada,
raspar el punto del silencio,
salir más, salir más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Solo importa ser menos.

El ser más del ser menos.

El más del menos que la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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FACÉTIE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018




FACÉTIE

La glace où je me regarde ? et quel est ce personnage ?
Il escamote mes jambes, mes bras.

Faut-il en rire ?

Il ôte maintenant mes cheveux. Ma tête s’isole.

Qu’est-ce que cette facétie ? Moi qui ne suis plus moi !

Un ongle long et strié est venu gratter le tain du miroir.
La blanche poudre dessine un profil.

Figure de rien !

(Jules Tordjman)

Illustration

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TABLEAU (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Mathieu Triolet
    
TABLEAU

un temps blême
et la neige blanche
– comme toujours –
blanche jusqu’à la mort
au fond
on aperçoit
un moineau
en train de gratter le paysage
il tremble
son petit corps tremble
avant ce soir il sera glacé
parmi une foule de péchés
son âme s’élèvera
balle perdue
menacer le froid
le silence

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Poissons (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



 

Les poissons
vus par l’économie
sont abaissés par des mains éplucheuses
grattant l’écaille
scrutant l’oeil mort
alors qu’au jardin ploient les tiges
et que l’air pur qui passe
par l’entrebâillement d’une fenêtre
flatte une femme qui se dévêt
et qui jamais n’a vu la mer.

(Jean Follain)

 

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Battant des ailes (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
Battant des ailes un corbeau peint dans le ciel.
Guinzburg dans les buissons épie Arina avec ses jumelles.
Voici que son corps blanc tel un lit de plumes se révèle,
D’une main potelée elle a jeté son jupon dans la corbeille,
Voici que l’autre main gratte ses chaudes cuisses,
Voici qu’avec ses seaux dans la rivière elle se glisse,
Ondulant et s’ébrouant toute vive
Voici qu’elle ramène seaux et cuisses sur la rive.
Le corbeau peint toile sur toile avec ses ailes,
Guinzburg dans les buissons épie Arina avec ses jumelles.

***

Ворона взмахами крыла пишет в небе картину
Гинсбург в длинный бинокль смотрит в кустах на Арину,
Вот уж раздела белое тело Арина похожее на перину,
Вот уж сорочку сбросила пухлой рукою в корзину,
Вот уж рукою другого чешет жаркие бедра,
Вот уж в воду идет, неся c собою ведра,
Вот уж колыхаясь и фыркая бодро,
Из речки на берег выходят и ведра и бедра.
Ворона летая все пишет и пишет картину,
Гинсбург в длинный бинокль смотрит в кустах на Арину

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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A un écureuil à Kyle-Na-No (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018


 


 

A un écureuil à Kyle-Na-No

Viens donc jouer avec moi ;
Pourquoi faut-il que tu t’enfuies
A travers l’arbre qui s’agite,
Comme si j’avais un fusil
Pour t’abattre et te tuer ?
Alors que tout ce que je veux
C’est te gratter la tête
Et te laisser partir.

***
To a squirrel at Kyle-Na-No

Come play with me ;
Why should you run
Through the shaking tree
As though I’d a gun
To strike you dead ?
When all I would do
Is to scratch your head
And let you go.

(William Butler Yeats)

 

 

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Qui suis-je ? Que suis-je ? (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Qui suis-je ? Que suis-je ? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres. J’ai vécu cette vie comme il faut
Sur cette terre, de concert avec les autres.

Nous nous embrassons par habitude,
Et puis j’ai tant embrassé.
Ainsi je dis des mots d’amour
Comme on gratte des allumettes.

Bien-aimée, ma chérie, pour toujours,
Mais dans l’âme ça ne bouge pas.
Éveille le désir chez l’homme :
Sa vérité tu ne la trouves pas.

C’est pour cela qu’il ne m’est pas cruel
De ne pas désirer, d’exiger de flamme,
Et toi, mon vivant bouleau, toi,
Tu es créé pour beaucoup et pour moi.

Toujours à la recherche de ce que j’aime,
Et dans une peu amène captivité,
Je ne suis pas jaloux,
Je ne te maudis pas.

Qui suis-je? Que suis-je? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres, et je t’aimais comme on doit
Sur cette terre, de concert avec les autres.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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La vache (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



    

La vache

Vieille, avec sa bouche édentée,
Les ans enroulés à ses cornes.
Sur la route qui mène aux champs,
Le vacher la brutalisait.

Son coeur est sourd à tout chahut :
Les souris grattent dans un coin.
Elle pense — son âme est triste —
Aux pattes blanches de son veau.

Plus de fils pour cette mère.
Première joie : nul profit.
Sur un pieu dessous le tremble,
Sa peau ondule à la brise.

Et dans le champ de sarrasin,
Avec son fils même destin,
On jettera un licol à son cou
Et on la conduira pour l’abattage.

Plaintive et triste et décharnée,
Cornes seront fichées en terre…
Elle rêve d’un blanc bocage,
D’un beau et riche tapis d’herbe.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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Les eucalyptus (Muriel Carminati)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration
    
Les eucalyptus
étirent leurs beaux bras blancs
avec volupté
leur écorce les grattait
ils se sont déshabillés

(Muriel Carminati)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Cahiers de Poésie Verte
Traduction:
Editions: Friches

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Rien n’est venu (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



Rien n’est venu
de ce que nous attendions
avec l’impatience
de ceux qui grattent pour
compter les jours
dans les plâtres des murs

Aucune aube
qui soit restée une aube
aucune lumière
que l’ombre ne rattrape

Et nous nous sommes
mis à aimer l’obstination
aveugle des vinaigres
l’amertume
insatisfaite des alcools
qui disaient
rien n’est venu

Maintenant
nous sommes ce que
l’attente a fait de nous

Et qui sait
si l’absence de réponse
n’était pas ce
que nous attendions

(Werner Lambersy)


Illustration: Gilbert Garcin

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