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Poésie

Posts Tagged ‘grave’

Imagination d’enfant (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020




    
Imagination d’enfant

Ô toi image d’or,
miniature du bonheur,
au parler tendre et doux !
chaque mot mérite un baiser.

Étrange, distante, splendide
la pure fantaisie de l’enfance
tressaille à des pensées insondables pour nous,
vives et obscures félicités.

Quand les yeux deviennent graves
et que le rire s’éteint,
la Nature se souvient des jeux de titan
de son enfance toute-puissante :

forêts où filtre le soleil,
et habitent les elfes,
assemblées de géants, rencontres de titans,
fantaisies d’un jeune dieu.

Ces images te reviennent
dans le mystère de tes pensées ;
en ton coeur Dieu se souvient
de toutes les merveilles qu’Il a faites.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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L’île (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2020



L’île

Lorsque les mastodontes se multiplièrent
et debout commencèrent à marcher
couvrant finalement l’île de narines de pierre,
et lorsqu’ils désignèrent, actifs, leurs descendants : les fils
de la lave et du vent, les petits-fils
de l’air et de la cendre, parcourant
l’île à pieds de géants :
jamais la brise avec ses mains
ni le cyclone avec son crime
ni l’Océanie en sa persistance
pareillement ne travaillèrent.

Grandes têtes pures,
hautes sur leurs cous, regards graves,
géantes mâchoires dressées
dans l’orgueil de leur solitude,
présences,
arrogantes
et soucieuses présences.

Ô graves, solitaires dignités,
qui a osé, qui ose
questionner, interroger
les statues interrogatrices?

Elles sont l’interrogation disséminée
dépassant l’exacte étroitesse,
cette menue taille insulaire,
pour s’adresser au grand océan, au fond même
de l’homme, à l’énigme de son absence.

Quelques corps n’ont pas réussi à se dresser :
leurs bras sont restés là informes, assujettis
au cratère, ces dormeurs
restent couchés dans la rose calcaire,
sans lever les yeux vers la mer,
et les grandes créatures au sommeil horizontal
sont les larves de pierre du mystère :
le vent les a laissées ici quand il a fui la terre :
quand il a cessé d’engendrer des fils de lave.

(Pablo Neruda)

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Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Laurie Justus Pace

    

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
– Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa soeur était tout enfant… –

Connaissez-vous, sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s’incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C’est là que nous vivions, – Pénètre,
Mon coeur, dans ce passé charmant !
Je l’entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient… – Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux ! –

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d’un air très grave :
 » J’ai laissé les enfants en bas.  »

Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon coeur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait :  » Père, viens !

Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis !  » –
Et je voyais rayonner d’aise
Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,
J’inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très-bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poème éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !

(Victor Hugo)

 

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ÉTUDE AU TÉLÉPHONE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2020



Illustration: Coral Silverman
    
ÉTUDE AU TÉLÉPHONE

Mouvement joyeux.
Oui oui c’est moi ici ma voix ma vie
oui oui mais oui j’entends j’écoute
mais oui toujours, mais oui j’entends
oui mon oiseau oui mon soleil oui mon village
oui mon beau temps oui mes saisons
mon toit mon nuage ma vie
oui porte ouverte sur le jour !

Mouvement grave.
Mais oui mais oui, quand vous voudrez
oui mes amours oui ma raison
depuis si longtemps j’écoute
je vous entends je vous entends
oui porte ouverte sur l’été
oui mes amours quand tu voudras
de moi-même je sortirai
oui mon oiseau oui mon soleil, ma vérité !

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Jusqu’à la fin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020


Guatemala

 

Jusqu’à la fin
Vous serez témoins

Stèles érigées par les humains
Au bord des champs
Au coeur des ruines

Témoins de vaines gloires
De deuils inconsolés
De massacres sans fin
De l’immonde du monde

Jusqu’à la fin
Jusqu’au moment où nul
Ne sera là
Pour déchiffrer
Les signes gravés

(François Cheng)

 

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VIN D’HAVDALA (Myriam Ulinover)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
VIN D’HAVDALA

Chacun boit le vin d’Havdala,
J’en bois moi-même quelques gouttes,
Grand-mère me dit, tendre et grave:
— Ma chère enfant sois avertie

Qu’à boire le vin d’Havdala
La barbe vient aux jeunes filles,
C’est écrit noir sur blanc là-bas
Dans l’armoire aux anciens livres.

Tremblante de frayeur je palpe
Mon petit menton: Dieu merci
Il est tendre et lisse. Rien d’autre
Que la peur ne le hérisse!

(Myriam Ulinover)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mais je n’écoute que ta voix et elle monte (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Mais je n’écoute que ta voix et elle monte,
ta voix, de son vol aussi précis que la flèche,
elle descend, ta voix, grave comme la pluie ;
alors éparpillant de très hautes épées,
elle revient, ta voix et chargée de violettes
elle monte avec moi à la fin dans le ciel.
Tu chantes et au soleil, dans le ciel de ton chant,
tout le froment du jour s’égrène dans ta voix.
La parole des pins naît de leur langue verte :
les oiseaux de l’hiver ont commencé leurs trilles.
Les caves de la mer se remplissent de pas,
et de cloches, de chaînes et de gémissements,
et tinte la ferraille et tintent les chaudrons,
au bruit retentissant des roues des caravanes.

***

Pero sólo tu voz escucho y sube
tu voz con vuelo y precisión de flecha,
baja tu voz con gravedad de lluvia,
tu voz esparce altísimas espadas,
vuelve tu voz cargada de violetas
y luego me acompaña por el cielo.
Cantas y a sol y a cielo con tu canto
tu voz desgrana el cereal del día,
hablan los pinos con su lengua verde :
trinan todas las aves del invierno.
El mar llena sus sótanos de pasos,
de campanas, cadenas y gemidos,
tintinean metales y utensilios,
suenan las ruedas de la caravana.

(Pablo Neruda)

 

 

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GRAVE QUESTION (Armand Do)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020




GRAVE QUESTION

C’est un long jardin à promenade
Tendre; j’imagine que c’est là
Où Pierrot donnait la sérénade
A la fille du Pulcinella.

Or, voilà qu’une Anglaise rouquine,
Jeune qu’on présume fille au pair,
Les bras nus et la jupe coquine,
Y promène un mouflet au bon air.

Et, lorsque la belle Albion repose
Ses charmes délicats sur un banc,
Je regarde, troublé, et je n’ose
Surprendre le bucolique instant.

La beauté que j’admire à mon aise
Est-elle dans l’air du temps, ou bien
Dans l’âme rêveuse de l’Anglaise,
Ou dans le genou marmoréen ?

(Armand Do)

Illustration: Delphin Enjolras

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Percé de lucarnes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2019


Coeur

Débusque ce battement-de-nous
gravé dans l’énigme

Sacre l’éphémère
Reconnais la rencontre

Explore cette trame-de-nous
où l’univers s’avive

Le coeur percé de lucarnes
remonte les soirs muets.

(Andrée Chedid)

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La cloche du temple (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019




    
La cloche du temple
Sonne grave dans le soir
C’est à ma frange
Ornée de boutons de pêcher
Qu’il faut chanter tes sûtras !

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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