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Poésie

Posts Tagged ‘grave’

Creuser… (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
Creuser…

Désenchanter
Le verbe…

Rien de bien grave

J’apprends
A entairer mes morts

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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LES MOUCHES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LES MOUCHES

Les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois
elles sont moins gaies
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves
plus conscientes de leur rareté
elles se savent menacées de génocide
Dans mon enfance elles allaient se coller joyeusement
par centaines, par milliers peut-être
sur du papier fait pour les tuer
elles allaient s’enfermer
par centaines, par milliers peut-être
dans des bouteilles de forme spéciale
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être
elles foisonnaient
elles vivaient
Maintenant elles surveillent leur démarche

les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois

(Raymond Queneau)

 

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Dans ta chambre il ne reste plus (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Dans ta chambre il ne reste plus
Que les rouages désaxés du sommeil
Les lettres à Dieu que j’avais commencées
Quand l’amour est venu décolorer ton visage.
Je me surprends à songer aux aurores blanchisseuses
Qui décrassent tout mon travail de la nuit
Et le mettent à sécher sur le seuil de la porte
Ces femmes ont des grands yeux dans les yeux
Des oiseaux migrateurs en partance
L’absolution des fautes graves.
Oh! regarder la lampe s’enfoncer dans la table
Écouter le silence broyer ses doigts.

(René Guy Cadou)

Illustration: Francine Van Hove

 

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Le soir (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Ernesto Arrisueño 1957 - Peruvian-born Australian painter -  [1280x768]

 

Le soir

Heure incertaine, heure charmante et triste : les roses
Ont un sourire si grave et nous disent des choses
Si tendres que nos coeurs en sont tout embaumés ;
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée,
La nuit a la douceur des amours qui commencent,
L’air est rempli de songes et de métamorphoses ;
Couchée dans l’herbe pure des divines prairies,
Lasse et ses beaux yeux bleus déjà presque endormis,
La vie offre ses lèvres aux baisers du silence.

Heure incertaine, heure charmante et triste : des voiles
Se promènent à travers les naissantes étoiles
Et leurs ailes se gonflent, amoureuses et timides,
Sous le vent qui les porte aux rives d’Atlantide ;
Une lueur d’amour s’allume comme un adieu
À la croix des clochers qui semblent tout en feu
Et à la cime hautaine et frêle des peupliers :
Le jour est pâle ainsi qu’une femme oubliée
Qui peigne à la fenêtre lentement ses cheveux.

Heure incertaine, heure charmante et triste : les heures
Meurent quand ton parfum, fraîche et dernière fleur,
Épanche sur le monde sa candeur et sa grâce :
La lumière se trouble et s’enfuit dans l’espace,
Un frisson lent descend dans la chair de la terre,
Les arbres sont pareils à des anges en prière.
Oh ! reste, heure dernière ! Restez, fleurs de la vie !
Ouvrez vos beaux yeux bleus déjà presque endormis…

Heure incertaine, heure charmante et triste : les femmes
Laissent dans leurs regards voir un peu de leur âme ;
Le soir a la douceur des amours qui commencent.
Ô profondes amours, blanches filles de l’absence,
Aimez l’heure dont l’oeil est grave et dont la main
Est pleine des parfums qu’on sentira demain ;
Aimez l’heure incertaine où la mort se promène,
Où la vie, fatiguée d’une journée humaine,
Entend chanter enfin, tout au fond du silence,
L’heure des songes légers, l’heure des indolences !

(Remy de Gourmont)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Elle préférait s’asseoir (Louis Hémon)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017



Illustration: Salvador Dali
    
Elle préférait s’asseoir près de la fenêtre
et laisser couler les minutes et les heures sans penser à rien,
avec le sentiment obscur que chaque moment représentait quelque chose de gagné,
un peu de vie passée sans ennuis graves, une étape de plus accomplie sans effort
vers cette chose qu’elle attendait et qui ne pouvait manquer de venir.

(Louis Hémon)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Lizzie Blakeston
Editions: Phébus

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Nuit d’exil (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Ainsi je fus, dans cette nuit d’exil,
prison et prisonnier et lueur à la fissure,
indéchiffrable signe en moi-même gravé,

exilé dans mon corps, dans ce fuseau de pierre,
oisif et prisonnier de lianes et de nerfs,
aveugle, traversant une secrète nuit

de bêtes enlacées, d’insectes et de dards,
où s’effrite la pierre, où s’usent le regard
et la bouche et le coeur à des limes funèbres,

m’alourdissant de tous mes songes, terrassé
par des meutes sorties de l’eau, dont les abois
cernaient, traquaient les gestes et les voix.

Je poursuivais un souvenir de branche
et de neige, un souvenir d’oiseau volant bas
dans le silence pourpre d un ciel pulmonaire,

sur un rivage où neige, branche, oiseau
n’étaient que l’ombre exsangue et plus lointaine
d’une beauté violente en fuite sur les eaux.

(Jean Joubert)

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3ème retouche à la mémoire (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2017



Illustration: Alain Le Nost
    
3ème retouche à la mémoire

sur les chevaux de son manège
tournent mes âges à distance
chacun la main à sa torsade d’or

ma vie monte et descend la vrille
entourée de fenêtres
gravées de flèches et de coeurs

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie
Editions: Gallimard

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LE PREMIER HOMME (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



LE PREMIER HOMME

C’était comme un arbre né de la terre
Mélangeant à l’ardeur de la terre sa vie,
Et dans le vaste chant des marées hautes
Se prolongeait le battement de ses veines.

Créés à la mesure des éléments
L’âme et les sentiments
N’étaient pas en eux-mêmes des tourments
Mais de graves, grands, vagues
Lacs
Réfléchissant le monde,
Et l’écho vertigineux
De la course de la terre à travers les espaces
Étaient les pulsations de son coeur
S’épanouissant en un rythme parfait
Dans les mouvements de ses bras.

***

O PRIMEIRO HOMEM

Era como uma árvore da terra nascida
Confundindo corn o ardor da terra a sua vida,
E no vasto cantar das maris cheias
Continuava o bater das suas veías.

Criados à medida dos elementos
A alma e os sentimentos
Em si nao eram tormentos
Mas graves, grandes, vagos,
Lagos
Reflectindo o mundo,
E o eco sem fundo
Da ascensão da terra nos espaços
Eram os impulsos do seu peito
Florindo num ritmo perfeito
Nos gestos dos seus braços.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Martin Schoeller

 

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Et celle qui riait (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
Et celle qui riait sans pouvoir s’arrêter?
– C’était pour t’avertir des plus graves dangers.

Et celle qui pleurait avec tant de finesse?
– C’était pour t’éclairer sur ta propre faiblesse.

Et ce train qui partait, je le manquai de peu?
– C’était pour égarer les démons ombrageux.

Et le temps qui montait sans m’avancer d’un pas?
– Comprends toi-même enfin! Je ne te réponds plus.

(Jean Tardieu)

 

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Ombre cette ombre (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



    

Ombre cette ombre monstrueuse
qui vient du fond des âges,
cette ombre grave et malheureuse
remontée jusqu’à nos visages,
nous la traînerons elle-même
comme au soleil une fumée
jusque sous l’arche de l’amour.

(Jean Tardieu)

 

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