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Poésie

Posts Tagged ‘grave’

NOUS NOUS ENLEVAMES (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Nous nous enlevâmes
Religion nouvelle
Corridor des rues
Pour la saison de terre
Comme deux oiseaux

Hardi l’heure grave
Nous nous enlevâmes
Les bras au large
Comme une clameur

Génial sourire
Qu’est-ce qui est tombé ?

Guéris de tous les morts
Deux bons corps qui s’aiment
Voisinent et le savent.

(Pierre Morhange)


Illustration: Gilbert Garcin

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ÉCHO TARDIF (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



ÉCHO TARDIF

Tard dans la nuit, tympanons en liesse…
Au fond du louche borgne cabaret,
Des femmes beuglaient leur factice ivresse
Dans les relents du tabac violet.

Les journaux parlaient d’événements graves,
De temps agités ou bien de regrets.
Ombres suspectes dans le cabaret…
Les journaux parlaient d’événements graves.

Tard dans la nuit, tympanons en liesse…
Au fond du louche borgne cabaret,
Des femmes beuglaient leur factice ivresse
Dans les relents du tabac violet.

(George Bacovia)

 Illustration: Kees van Dongen

 

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Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Y a-t-il au monde quelque chose de plus grave que la blancheur ? (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



    

Y a-t-il au monde quelque chose de plus grave
que la blancheur ? quelque chose
de plus immobile, de plus achevé

Que la blancheur ? y a-t-il au monde
chose plus proche et plus

Inatteignable dans l’enivrement
toujours de la première fois
et la continuité des choses d’au-delà ?

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce qui frémit (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018




    
Ce qui frémit : comme un cri
chuchoté, une palpitation de voyelles
ou ce parfum de fleurs invisibles.
Et toi, hors de toi-même,

Cherchant à discerner par froide nuit,
dans le chaos silencieux des étoiles,
des ombres, solitaires sentinelles
ajustées à l’envol.

Ici commence tout vertige,
tu respires le vent et ses lointains,
l’heure vide, l’instant sans poids.

Alors la nuit grave et sans contour,
comme une source de mémoire et d’encre,
descend dans le feu et le sang.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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Nous jouons aux osselets (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018


A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laisser tomber par terre.

(Fernando Pessoa)

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Moi, comme Anacréon (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2018



Illustration: Jean-Léon Gérôme
    
Moi, comme Anacréon,
je veux chanter, rire et jeter au vent
l’amère sagesse
et les graves conseils.

Et je veux surtout m’enivrer
vous le savez bien… Grotesque!
Pure foi en la mort, pauvre allégresse,
danse macabre avant le temps.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Je garde une médaille d’elle (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



 

medaille _1

Je garde une médaille d’elle où sont gravés
une date et les mots : prier, croire, espérer.
Mais moi, je vois surtout que la médaille est sombre :
son argent a noirci sur son col de colombe.

(Francis Jammes)

 

 

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HEURE GRAVE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



 

HEURE GRAVE

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde,
sans raison pleure dans le monde,
pleure sur moi.

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit,
sans raison rit dans la nuit,
rit de moi.

Qui maintenant marche quelque part dans le monde,
sans raison marche dans le monde,
vient vers moi.

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde,
sans raison meurt dans le monde,
me regarde.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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