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Poésie

Posts Tagged ‘gravure’

De manière obscure (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

De manière obscure
les livres, gravures et clefs
connaissent mon sort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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La Mort donne un sens à l’Objet (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



La Mort donne un sens à l’Objet
Sur quoi l’OEil eût glissé
A moins qu’un Être disparu
Tendrement nous supplie
De penser devant de petits ouvrages
Au Pastel – ou en laine –
«C’est le dernier qu’ont fait Ses doigts » —
Si diligents avant –

Que le Dé ne pèse trop lourd –
Que les points ne cessent – d’eux-mêmes –
Alors on l’a rangé parmi la Poussière
Sur les étagères du Placard –

J’ai un Livre – offert par un ami –
Dont le Crayon – ici et là –
A coché tel passage qu’Il aimait –
Au Repos – sont Ses doigts –

Aujourd’hui – je le lis – sans le lire –
Les Larmes m’interrompent –
Effacent les Gravures
À Réparer, hors de Prix –

***

Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by
Except a perished Creature
Entreat us tenderly

To ponder little workmanships
In Crayon — or in wool —
With « This was last Her fingers did »—
Industrious until —

The Thimble weighed too heavy –
The stitches stopped — themselves —
And then ’twas put among the Dust
Opon the Closet shelves –

A Book I have – a friend gave –
Whose Pencil – here and there –
Had notched the place that pleased Him —
At Rest – His fingers are –

Now – when I read – I read not —
For interrupting Tears –
Obliterate the Etchings
Too Costly for Repairs –

(Emily Dickinson)

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C’est dans des chambres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




C’est dans des chambres à commodes bombées,
à crucifix de bois noir,
à albums de photographies reliés de cuir de couleur vieux vin
que les pères ont pu tordre les poignets
de leurs filles, ou des oncles ceux de leurs nièces;
ces femmes étant en crinoline soufre
et leurs amoureux en redingotes couleur feu d’enfer.
Sous des gravures représentant l’Ombrie,
les lacs suisses ou les Etats du Pape,
elles tombaient à genoux, le visage blanc,
et sur leurs bustes éclatants, dans la pénombre,
plus éclatants encore des esclavages d’or.

(Jean Follain)

Illustration: Albert von Keller

 

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Librairie (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Librairie

Au bas de la spirale
qui en dissimule l’accès
par les jets d’eau d’une fontaine,
et sous le poids du concret
de vingt étages,
le magasin souterrain
expose ses trésors
comme s’il les défendait
contre des faims empressées.

Au niveau du tumulte
des roues et des pieds,
on ne détecte pas l’occulte
symphonie des lettres
et de couleurs enlacées
dans le silence de livres
ouverts sur des gravures.

Aquarium d’aquarelles,
mosaïques, bronzes,
nus,
arabesques de Klee,
piscine où flottent
systèmes et délires
doux de philosophes,
sens et non-sens
des sciences et des arts
de vivre: pour celui qui sait
plonger dans une page,
le tremplin est avancé.

La vie parvient ici
filtrée en pensée
qui ne blesse pas; dans l’enchantement
tactile-visuel d’idées
révélées dans la trame
du papier et qui affleurent
ailées et dansent
quatre mètres en dessous
du sol et des angoisses
leur ballet d’essences
pour le lecteur délivré.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Jour de cafard (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



calimero

Jour de cafard

D’abord on n’a pas entendu le réveil et se levant en toute hâte
on se meurtrit le gros orteil contre un outil oublié

En se rattrapant au mur on fait tomber une gravure précieuse
dont la vitre vole en éclats les plombs sautent

Dès qu’ils sont enfin réparés le facteur sonne
apportant un avis recommandé du contrôleur des contributions

Alors on voit qu’un bouton manque au col de la chemise qu’on vient d’enfiler
c’est le moment que choisit la dent creuse pour vous rappeler
qu’il est urgent de la faire soigner

(Michel Butor)

 

 

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