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Un livre, à quoi ça sert ? (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Un livre, à quoi ça sert ?
À écrire. Ça sert à écrire, à lire, à dessiner.
À écrire ce qui est écrit, à lire ce qui est écrit.
À dessiner des animaux, des arbres, des poissons, des cendriers, des livres, des hommes, des enfants.
À dessiner tout ce qu’on voit.
A compter aussi, à mettre des chiffres.
À raconter des histoires, l’histoire du hibou, l’histoire de la montagne creuse et de la forêt avec les loups.
À faire le ciel, à faire le soleil. A faire une chemise. À faire un pot de fleurs, et une cigarette.
On dessine. On colorie.
On dessine les maisons.
On dessine les salamandres et les escargots.
On peut les faire à l’endroit, et puis à l’envers.
On peut les faire avec des craies, avec des pinceaux.
Avec des allumettes aussi.
Avec de la paille.
Avec des feuilles.
Avec des cheveux.
Avec de l’herbe. Avec des morceaux de bois.
On peut coller, on peut découper avec des ciseaux.
Un livre, ça peut être une boîte.
ça sert à se rappeler, aussi.
A gribouiller.
À cacher les choses, pour que les autres ne les trouvent pas.
ça sert à envoyer des lettres aussi. À mettre les lettres et les cartes quand le facteur les a apportées.
À coller des photos.
Un livre, ça sert à lire le journal.
On écrit les lettres, les O, les A, les Z, les W.
On écrit ZORRO, CHAT ISABELLE.
Ça sert à courir dans le jardin.
Un livre, ça sert à mettre ce qu’on a rêvé cette nuit.
Quand on s’est bien amusé avec, on n’a plus qu’à le jeter à la poubelle.

(J.M.G. Le Clézio)


Illustration

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HÉLAS ! (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



HÉLAS !

S’égarer avec toute passion jusqu’à ce que mon âme
Soit un luth et que sur ses cordes puissent jouer
Tous les vents, est-ce pour lui que j’ai délaissé
L’antique et dure sagesse, pour lui que je me pâme ?

ll me semble que la vie, la Loi dont je me réclame,
Je ne sais quels gamins en maraude y ont gribouillé
De folles chansons pour leurs pipeaux et
Leurs violes, qui nous en cachent aujourd’hui le
secret sous les gammes.

J’ai connu des heures pourtant où j’aurais
Escaladé des sommets éblouis et du haut du carnage
Su pincer la corde qu’il entendrait.

Est-ce trop tard ? Las ! Je n’ai pu qu’effleurer
De ma baguette l’ombre du mirage
— Que reste-t-il, mon âme, de ton héritage ?

***

HÉLAS !

To drift with every passion till my soul
Is a stringed lute on with all winds can play,
Is it for this that I have given away
Mine ancient wisdom, and austere control ?
Methinks my life is a twice-written scroll
Scrawled over on some boyish holiday
With idle songs for pipe and virelay,
Which do but mar the secret of the whole.
Surely there was a time I might have trod
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Struck one clear chord to reach the ears ofGod :
Is that time dead ? to ! with a little rod
I did but touch the honey of romance—
Andmust I lose a soul’s inheritance ?

(Oscar Wilde)

Illustration: Melozzo Da Forli

 

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Ce cousin du paléolithique (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2015



 

Cromagnon

Ce cousin du paléolithique

Moi du premier âge atomique
Je pense à ce cousin du paléolithique
La nuit où il apostropha la lune
Mais lui m’a-t-il vu gribouillant ce poème
Où je le mets vivant trente mille ans après sa mort

(Pierre Albert-Birot)

 

 

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