Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘griffer’

Pas de transparence (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



Pas de transparence
mais l’illumination brève
d’un arbre qui griffe le ciel
une parole que tu prononces
pour contredire l’éventail du soleil.

(Christian Viguié)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



homme _poussiere
    
La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Coin de tableau (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Lyne Le Grand
    
Coin de tableau

Sensation de haschisch.

Tiède et blanc était le sein.
Toute blanche était la chatte.
Le sein soulevait la chatte.
La chatte griffait le sein.

Les oreilles de la chatte
Faisaient ombre sur le sein.
Rose était le bout du sein,
Comme le nez de la chatte.

Un signe noir sur le sein
Intrigua longtemps la chatte ;
Puis, vers d’autres jeux, la chatte
Courut, laissant nu le sein.

(Charles Cros)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




LA NUIT

Je connais peu la nuit
mais la nuit semble me connaître
et en plus m’assiste, comme si elle m’aimait,
couvre ma conscience de ses étoiles.

Peut-être la nuit est-elle la vie et le soleil la mort.
Peut-être la nuit est-elle rien
et les conjectures sur elle rien
et les êtres qui la vivent rien.
Peut-être les mots sont-ils seuls à exister
dans l’énorme vide des siècles
qui nous griffent l’âme de leurs souvenirs.

Mais la nuit doit savoir la misère
qui s’abreuve de notre sang et de nos idées.
Elle doit jeter sur nos regards de la haine
les sachant pleins d’appétits, de désunions.

Mais il arrive que j’entends la nuit pleurer dans mes os.
Son immense larme délire
et crie que quelque chose est parti pour toujours.
Un jour, nous reviendrons à être.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je parle (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration    
    
Je parle

Je parle
non je nage dans le sang
non je marche sur les toits
non je siffle dans la mer
non je joue de la raison
c’est la neige qui m’enroule
c’est la glace qui me griffe
des lueurs et des lumières
non je souffle sur mes manches
tant de craie qui nous salit
tant de bleu qui m’envahit
non je dors dans la prairie
non je branche des rêves
non je parle
devant des têtes qui s’alignent
devant du sable qui m’écoute
qui me file entre les doigts
des galets qui ont compris
des filets qui s’en balancent
devant la mer qui me regarde
oui je parle
je souffle du vent je siffle du chant
six étoiles qui sommeillent
j’ouvre ma cosse adieu les graines
c’est l’heure
rangez vos livres.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Grillage de la pluie (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



Grillage de la pluie

Les flèches de la pluie
brûlent et la route fume
Et dix mille petites
blessures étincellent

La grille de la pluie
tisse le paysage
enserre les jardins
et griffe la fenêtre

Le grillage de la pluie
étend ses doigts lisses
sur les frais visages
ruisselants des enfants

(Gabriel Cousin)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Planquer mon coeur (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018


 


 

pont

Planquer mon coeur

Planquer mon coeur
sous le carton de Basquiat
Downtown
81.
Le récupérer
griffé de couleurs
et de slogans
anarchiques.

Planquer mon coeur
sous un pont
quai de Bercy.
Graffez dessus
pissez dessus
brisez vos bouteilles
de vin
rouge.
Mais
ne me le rendez pas
rempli
de silence

(Balbino)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une rose (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos     
Une rose

Je sais ce que c’est, une rose qui meurt. Elle incline la
tête, elle perd ses couleurs.
Elle salue la lumière et s’évanouit lorsque tombe le soir.
Elle s’épanouit
à la lumière du mourir, puis s’ abandonne toute douceur.
Un premier pétale se détache
d’elle ; Il prend en toute saison la couleur de l’automne,
brève, brève dilection
au point de n’être plus qu’un effeuillement sur une tige
verte dont les épines
griffent en vain l’éphémère : c’est alors que l’on se doit
d’en aspirer le parfum
si fort

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Spleen des nuits de juillet (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018



Spleen des nuits de juillet

Les jardins de rosiers mouillés de clair de lune
Font des rumeurs de soie, aux langueurs des jets d’eau
Ruisselant frais sur les rondeurs vertes des dos
Contournés de tritons aspergeant un Neptune.

Aux berges, sous des noirs touffus, où des citrons
Voudraient être meurtris des lunaires caresses,
Des Vierges dorment, se baignent, défont leurs tresses,
Ou par les prés, les corps au vent, dansent en rond.

D’autres, l’écume aux dents, vont déchirant leurs voiles,
Pleurant, griffant leurs corps fiévreux, pleins de
Saccageant les rosiers et mordant les gazons, frissons,
Puis, rient ainsi que des folles, vers les étoiles.

Et d’autres, sur le dos, des fleurs pour oreillers,
Râlent de petits cris d’épuisantes délices;
Sur leurs seins durs et chauds, leurs ventres et leurs cuisses,
Effeuillent en rêvant des pétales mouillés,

Des blancheurs se cherchant s’agrafent puis s’implorent,
Roulant sous les buissons ensanglantés de houx
D’où montent des sanglots aigus mourants et doux,
Et des halètements irrassasiés, encore…

Ah! spleen des nuits d’été! Universel soupir,
Miséré des vents, couchants mortels d’automne;
Depuis l’éternité ma plainte monotone
Chante le Bienaimé qui ne veut pas venir!

Ô Bienaimé! Il n’est plus temps, mon coeur se crève
Et trop pour t’en vouloir, mais j’ai tant sangloté,
Vois-tu, que seul m’est doux le spleen des nuits d’été,
Des nuits longues où tout est frais, comme un grand rêve…

(Jules Laforgue)


Illustration: Irma Kusiani

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LA BEAUTÉ (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



lllustration: Andrzej Malinowski

    

LA BEAUTÉ

Suis-je belle, ô mortels,
Comme un rêve de pierre ? Non, ce n’est pas
Ce triste assentiment que j’attends de vous.
L’enfant pleure sur le chemin et je l’oublie,

Ne suis-je la beauté
Que parce que je flatte votre rêve?
Non, j’ai au fond de moi des yeux grand ouverts,
Je suis tapie, effrayée, je suis prête

À me jeter en avant, à griffer,
Ou à faire la morte si je sens
Que ma cause est perdue dans vos regards.

Demandez-moi d’être plus que le monde.
Souffrez que je ne sois que ce corps inerte,
Pansez-moi de vos voeux, de vos souvenirs.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :