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Poésie

Posts Tagged ‘griller’

La lumière de midi fait éclater les fronts (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



La lumière de midi fait éclater les fronts.
Elle peint de résine les masques insensés
Que les puissants ont pris pour traverser la ville
Où les bûchers croulants grillent le ciel géant.

Elle bouge avec l’ombre décapitée des murs
Et recouvre de chaux les cris des premiers morts.
Ses doigts d’encre ont tracé les couloirs de la peur,

Ne me demande pas ce que font ces fantômes.
Ils arrachent le coeur des colombes blessées
Et vendent des colliers d’amulettes sonores
Pour conjurer la foudre et sauver les damnés,
Mais l’enfer n’entend pas ce doux bruit d’ossements.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Julien Girard

 

 

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Quand une ampoule grille (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.
Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

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Que devient la boîte noire (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018




    
Que devient la boîte noire
De la lumière
Où s’enregistre son histoire ?

Et si la lumière
Récusait
La borne mise à sa vélocité ?

Formule 1 la lumière
Sans pilote
Grille son propre circuit.

Si la lumière sanctionnée
Pour excès de vitesse
Devait rendre son permis ?

Parcourir par seconde
Trois cent mille kilomètres
C’est écluser combien de mondes ?

La lumière les pieds dans l’eau
Lave au savon son halo
Avant de partir au galop.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: Journal de la lumière & Journal de l’ombre
Traduction:
Editions: Le Castor astral

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QUAND UNE AMPOULE GRILLE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
QUAND UNE AMPOULE GRILLE

Quand une ampoule grille
il se passe un moment de gravité.

L’objet est encore chaud.
On le secoue près de l’oreille
et on entend le bruit
du petit fil qu’on voit.
Qui a lâché.

Alors on cherche dans un tiroir
et on monte sur une chaise
jusqu’à la lampe
au-dessus de la table.

Dans le silence des yeux levés
c’est la lumière qu’on cherche maintenant
« à rétablir ».

Mais autre chose nous a claqué
entre les doigts pendant ce temps.

Il reste à savoir quoi.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Au phare Borg’ Djellidj (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Au phare Borg’ Djellidj (coordonnées 33° 53′ 3″ N et 10° 44′ 51″ E)
rien à signaler la mer est tiède le ciel bleu
la radio est allumée sur une page d’informations
le speaker cache mal son irritation
toujours rien en vue
une bouteille de Celtia vidée hier soir par un barbu
passe près d’un bateau où l’on grille des sardines
le gardien du phare se reconnaît dans cette bouteille
une bouteille de bière sans message
jetée à la mer comme une ordure
qui ira se briser contre un rocher

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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MODESTIE ! MODESTIE ! (Odile Caradec)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



    

MODESTIE ! MODESTIE !

N’oublions pas ceci :
nous sommes tous éminemment comestibles
sauf les vieillards très durs à longue barbe blanche
(Que ferait-on de cette barbe en un banquet ? la griller ?)
Et il y a les pieds qui tous sentent des pieds

Les yeux verts, les yeux bleus ont le goût
d’eau profonde
et que dire de la croustillante des oreilles
cartilages, osselets !

Ô têtes d’hommes sur plat à barbe
bien présentées
pour être dégustées, fin festin d’araignée

Ô beaux cerveaux pensifs sinuant de circonvolution
en circonvolution
pour produire belle, sublime poésie

Et vous cerveaux de musiciens aux ondes scintillantes
et vous pinceaux, palettes, brosses, encre très
noire des calligraphes
Ô vous, peintres fouillant dans les couleurs,
le noir profond pour parapher le monde

(Odile Caradec)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Ils vinrent (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Ils vinrent
firent griller nos vêtements et notre peau

Ils vinrent
pour brûler notre sang

nous étions les bûchers de notre temps.

(Rose Ausländer)

 

 

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Un pauvre honteux (Xavier Forneret)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



 

Pablo Picasso l'aveugle

Un pauvre honteux

Il l’a tirée
De sa poche percée,
L’a mise sous ses yeux ;
Et l’a bien regardée
En disant :  » Malheureux !  »

Il l’a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D’une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l’a mouillée
D’une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu’un bazar.

Il l’a frottée
Ne l’a pas réchauffée
A peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée,
Elle se retirait.

Il l’a pesée
Comme on pèse une idée,
En l’appuyant sur l’air.
Puis il l’a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l’a touchée
De sa lèvre ridée. –
D’un frénétique effroi
Elle s’est écriée :
Adieu, embrasse-moi !

Il l’a baisée,
Et après l’a croisée
Sur l’horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
De mats et lourds accords.

Il l’a palpée
D’une main décidée
A la faire mourir. –
– Oui, c’est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l’a pliée,
Il l’a cassée,
Il l’a placée,
Il l’a coupée ;
Il l’a lavée,
Il l’a portée,
Il l’a grillée,
Il l’a mangée.

– Quand il n’était pas grand on lui avait dit :
Si tu as faim, mange une de tes mains.

(Xavier Forneret)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Des mots trop forts (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016


Des mots

Trop forts en volts

Grillent la ligne.

(Guillevic)

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Un homme est mort ce matin (Mano Solo)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2016



gaza-woman

Un homme est mort ce matin
loin là-bas
avant de mourir il n’a rien dit
il était seul depuis la veille
quand la bombe a déchiré le toit
son fils et sa femme avec.
Ses voisins étaient partis
depuis longtemps dans la montagne
le froid la boue et la faim
la peur
un homme est mort ce matin
poussière cathodique
dans le blizzard du direct
dans la tempête des os broyés
la chair qui grille
les poumons brûlent
sous les phares du monde entier
qui pleure sur les baleines
qui deviennent aveugles
tant la mer est pleine de sang.

(Mano Solo)

Illustration

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