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Aujourd’hui est un jour mauvais (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018


 


Aujourd’hui est un jour mauvais,
Et le chœur des grillons sommeille
Et l’abri des roches obscures
Est plus sombre que les pierres tombales.

Le cri des corbeaux prophétiques,
Le bourdon des flèches qui volent…
Je fais un rêve, un cauchemar,
Après l’instant l’instant s’enfuit.

Écarte les bornes des phénomènes,
Jette à bas la cage terrestre,
Fais retentir l’hymne sauvage,
Le cuivre des mystères rebelles !

Ô ! des âmes l’austère pendule
Se balance, vertical et sourd,
Et le destin passionnément
Frappe à notre porte interdite…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Odilon Redon

 

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Chantent les grillons-carillon (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Chantent les grillons-carillon,
C’est la fièvre qui frémit,
Crisse le four desséché,
C’est une soie rouge qui brûle.

Les souris s’aiguisent les dents
Sur le fond ténu de la vie.
Une hirondelle ou bien l’enfant
Aura détaché mon esquif.

Que chuchote au toit la pluie —
C’est une soie noire qui brûle —
Mais le merisier entendra
Jusqu’au fond des mers — adieu.

Vu que la mort est innocente
Et qu’on ne peut rien y changer —
Dans la fièvre du rossignol
Le coeur est encore brûlant.

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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ÉTÉ (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ÉTÉ

Au soir se tait la plainte
Du coucou dans la forêt
Plus bas s’incline l’épi,
Le rouge pavot

Un orage noir menace
Au-dessus de la colline
Le vieux chant du grillon
Meurt dans la campagne

Plus rien n’émeut la frondaison
Du châtaignier.
Sur l’escalier tournant
Frémit ta robe

Calme brille la bougie
Dans la pièce obscure ;
Une main d’argent
L’éteignit ;

Le vent se tait, nuit sans étoiles.

(Georg Trakl)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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HARMONIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Illustration: Robert Vielle

    

HARMONIE

Les vagues
riment avec le soupir
et l’étoile –
avec le grillon.
Frissonne sur la cornée
tout le ciel froid,
et le point est une synthèse
de l’infini.

Mais qui unit les vagues
aux soupirs
et les étoiles
aux grillons ?

Attendez que les génies
aient un moment d’oubli :
les clés flottent
parmi nous.

(Federico Garcia Lorca)

 

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Le bond du grillon (Brigitte Briatte)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018



 

barbitiste-languedocien-3

le bond du grillon
dans les herbes si vertes –
étincelles du sentier

(Brigitte Briatte)

Illustration

 

 

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ÉTÉ (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

ÉTÉ

Le soir se tait la plainte
Du coucou dans la forêt.
Plus bas s’inclinent l’épi,
Le coquelicot.

L’orage noir menace
Au-dessus de là colline.
La vieille chanson du grillon
Meurt dans le champ.

Jamais ne bouge
Le feuillage du châtaignier.
Sur l’escalier tournant
Bruissent tes vêtements.

Calme brille la bougie
Dans la chambre obscure ;
Une main d’argent
L’éteint.

Pas de vent, nuit sans étoile.

***

SOMMER

Am Abend schweigt die Klage
Des Kuckucks im Wald.
Tiefer neigt sich das Korn,
Der rote Mohn.

Schwarzes Gewitter droht
Über dem Hügel.
Das alte Lied der Grille
Erstirbt im Feld.

Nimmer regt sich das Laub
Der Kastanie.
Auf der Wendeltreppe
Rauscht dein Kleid.

Stille leuchtet die Kerze
1m dunklen Zimmer ;
Eine silberne Hand
Löschet sie aus ;

Windstille, sternlose Nacht.

(Georg Trakl)

Illustration: Rembrandt

 

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La sauterelle et le grillon (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



La sauterelle et le grillon

La poésie de la terre ne meurt jamais :
Quand tous les oiseaux défaillent par le brûlant soleil
Et se blottissent dans la fraîcheur des arbres, une voix
s’élève et court
D’une haie à l’autre, tout autour des prairies nouvellement
fauchées;
C’est la voix de la sauterelle — elle dirige le choeur
Des riches plaisirs de l’été — elle n’est jamais au bout
De ses réjouissances : quand elle est épuisée d’avoir joué
comme une folle,
Elle se délasse à l’aise au pied d’une herbe exquise.
La poésie de la terre ne cesse jamais :
En un soir d’hiver solitaire, quand la gelée
A bâti son édifice de silence, voici que du poêle s’élève
un cri aigu,
La chanson du grillon, qui, toujours plus chaleureuse,
Semble à l’ouïe à demi perdue dans la somnolence
Le chant de la sauterelle parmi l’herbe des collines.

***

On the grasshopper and cricket

The poetry of earth is never dead :
When all the birds are faint with the hot sun,
And hide in cooling trees, a voice will run
From hedge to hedge about the new-mown mead;
That is the Grasshopper’s — he takes the lead
In summer luxury, — he has never done
With his delights; for when tired out with fun
He rests at ease beneath some pleasant weed.
The poetry of earth is ceasing never :
On a lone winter evening, when the frost
Has wrought a silence, from the stove there shrills
The Cricket’s song, in warmth increasing ever,
And seems to one in drowsiness half lost,
The Grasshopper’s among some grassy hills.

(John Keats)


Illustration

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PHILOSOPHIE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
PHILOSOPHIE

Salue le soleil, araignée, n’aie pas de rancoeur.
Remercie Dieu, ô crapaud, d’être au monde venu.
Des épines de rose parent le crabe velu
et les mollusques ont des femmes en leur coeur.
Sachez être ce que vous êtes, énigmes ayant pris forme ;
laissez-en toute responsabilité aux Normes
qui la renverront à leur tour au tout-puissant Créateur…
(Joue, grillon, et que l’ours danse, sous la sélénite lueur.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Miroir d’eau pure (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Fait seulement
de toucher et de regard
chaque nuit je vais grimper
l’habitat épars des contes.

Grillons et cigales qui brillent.
Miroir d’eau pure
où se reflète
muette
l’absence du monstre
dans son labyrinthe marin.

***

Hecho sólo
de tacto y de mirada
subiré cada noche
a1 disperso caserío de los cuentos.

Brillantes grillos y cigarras.

Espejo de agua pura
donde se refleja
niuda
la ausencia del monstruo
en su laberinto de mar.

(Luis Mizón)


Illustration

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LA COMMUNICATION (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



 

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LA COMMUNICATION

A quoi ça sert tout ça, à quoi ça sert
De dire joie et de dire prière,
De mettre l’aube à genoux pour médire
De la nuit verte et des noirs gabelous ?

Un geste. Un autre. Et courent les messages
Du télégraphe — un stop à chaque phrase :
L’unique mot connu, signifiant.
Le reste : rien. Bouquet. Moisson d’outrages.

Au dernier top, il est exactement
L’heure du cri, celle de ne rien dire.
Ne coupez pas. Ma vie est si fragile,
Je perds ma phrase et mon corps est rompu.

Oubliez-moi. Mon erreur est fatale.
J’entends déjà les abonnés absents
Prier la Parque au-delà de ma ligne
De m’entrouvrir un silence de glace.

Le néant m’aime. Egarés mes fantômes
Et mes espoirs égarés, égarés.
Oui, mais ce pré fleuri de pâquerettes
Où grésillaient les grillons dans le soir ?

(Robert Sabatier)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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