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Posts Tagged ‘grisaille’

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Ernesto Arrisueño  clouds Zephyrus travels

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux
et déploient d’immenses voiles
La marine en bois — tu te soûles de mots —
et quand à l’horizon la pointe du mât s’efface
tu es encore sur le quai à la contempler

Trouble trouble
l’aventure assise
et les camelots de ton effort endormis
et toute une grisaille dans ton cerveau
qui s’effrite

Et des voiles claires que tu aimes
et qui ne te recommencent pas

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ernesto Arrisueño 

 

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Une pomme verte au centre (André Thirion)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018




Illustration: René Magritte
    
La grisaille d’une journée maussade,
avec le reproche d’une pomme verte
au centre.

(André Thirion)

 

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Adieu au folklore (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    
Adieu au folklore

L’univers grâce à la technique
Ciné, radios, télévisions
N’est plus qu’un bloc monolithique
Sans chance aucune d’évasion
Formalités, visas, frontières
Peuvent bien disposer partout
Pour nous embêter leurs barrières
Les micros qui parlent, on s’en fout
Avec le Niagara d’images
Que déverse le cinéma
Il fait un monde sans visage
Neutre, grisaille, banal et plat
Lavage intensif et ses drôles
Injection mais à haute dose
De vitriol et d’eau de rose
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Ainsi docilement mais en douce
Grâce aux slogans des hauts-parleurs
Comme roi dont l’esprit s’émousse
Descend l’échelle des valeurs
Nivellement systématique
Voici venir l’homme-robot
Sans réflexion ni sens critique
Sans coeur, sans tripes ni cerveau
Acceptant tout : même cuisine
Même film, mêmes préjugés
Mêmes habits, même doctrine
Plus la peine de voyager
Paris, Tokyo, San Francisco
Mêmes bars, même limonade
Même idéal, même salade
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Que reste-t-il du vrai folklore
Coloré, vivant, émouvant ?
Le ciné, les ondes sonores
L’ont noyé sous leurs flots mouvants
Pour le voyageur de passage
Altéré d’authenticité
Les producteurs très à la page
Font du folklore à volonté
France des vaches, Garde Républicaine
Lauterbach, valet d’opéra
Sarclo, Bühler, la coupe est pleine
Servez chaud, folklore vaudois !
Mais que devient le flamenco
Dans la péninsule ibérique
A Granada sous les portiques ?
Cette voix, c’est Gilbert Bécaud !

Ainsi va ce monde grisaille
Ainsi le sel perd sa saveur
Espagne, Ukraine ou Cornouailles
Où sont donc vos fraîches couleurs ?
La paysanne catalane
Veut s’habiller comme à Paris
Elle abandonne la sardane
Pour danser le boogie-woogie
Tout se vide et se banalise
Un faux vernis anglo-saxon
Ennuyeux comme une banquise
Recouvre tout jusqu’aux chansons
C’est ainsi qu’à tous les échos
Exprimant l’idéal du monde
On entend détonner les ondes
Dans la nature à pleins tuyaux

(Jean Villard–Gilles)

 

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La terre est mon bonheur (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
La terre
Est mon bonheur.

Je remercie tous ceux qui luttent sur la terre
À l’exemple des morts très grands,
Tous ceux sans qui la guerre égrainerait la terre
Et les maisons, les hommes,
En des millions de feux ou dans peut-être un seul
Et laisserait bientôt sous le ciel revenu
De la grisaille solitaire
Avec par-ci, par-là, des lueurs fauves qui s’éteignent.

Je remercie tous ceux à qui je dois de vivre
Et de pouvoir aller dans ce jour prometteur
De jours plus vrais encore, la joie pour tous
Qui recommence à chaque instant,
La fête sur les jours et sur les nuits des hommes
Avec le bon travail qu’ils font à leur désir,

Avec ce travail là qui, d’année en année,
Sait encore monter le degré de la fête.

Je remercie tous ceux qui luttent par le monde
À l’exemple de ceux qui ont aimé la vie
Assez pour nous l’offrir pleine déjà de jours pareils
À celui où j’avance en caressant les buis.

(Eugène Guillevic)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Terre à bonheur
Traduction:
Editions: Seghers

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Me revoici parmi les miens (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



 


    
Me revoici parmi les miens,
ô mon pays tendre et pensif !
Le gros temps derrière le mont
de son gant de neige me fait signe.

La grisaille du jour maussade
va s’échevelant, et passe ;
la mélancolie du soir,
poignante, me saisit.

Sur les coupoles des églises
l’ombre gagne peu à peu.
Compagnons des plaisirs et jeux,
jamais nous ne nous reverrons !

Les années ont sombré dans l’oubli,
et qui sait où vous vous en êtes allés ?
Seule l’eau comme naguère
murmure encore sous le moulin ailé.

Que de fois dans la nuit obscure
au tintement de roseaux brisés
n’ai-je prié la terre encore fumante
pour ceux, qui ne reviendront plus.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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À l’abri de l’insistante grisaille du brouillard (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

À l’abri de l’insistante
grisaille du brouillard, la haine, criée
sur les toits, au long
du jour, t’est restée proche. Nous
savions que le soleil
s’était insinué par les carreaux fermés
dans l’ébriété
seulement. Nous savions qu’un vide plus profond
était construit
par les goélands à grand renfort
de cris. Nous savions qu’ils
savaient que l’accostage était un mirage.
Et attendait,
depuis la première heure
où j’étais venu vers toi. Ma peau,
frémissante sous la lumière.
La lumière, se brisant au bout de mes doigts.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LA VIOLETTE (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018



 

violette

LA VIOLETTE

Quelle grisaille hivernale,
Punition de l’âme,
prépare mes deux jours
suavement éternels !

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration

 

 

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Pourquoi cette feuille? (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



Pourquoi cette feuille?
À un détail près
le monde n’a pas changé
en si peu de temps
À un détail près
ce matin est une réplique
grisaille à l’appui
du précédent
À un détail près
le poids écrasant la poitrine
ne s’est pas allégé d’un iota
À un détail près
l’on se sent toujours vivant
un peu plus
un peu moins
Le même équilibre
fragile ou non
À un détail près
celui de cette petite question entêtante:
Pourquoi cette feuille
ni plus jaune ni plus verte que les autres
est-elle tombée de l’arbre ?

(Abdellatif Laâbi)

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Jusqu’à la dernière minute de la Terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: David Caspar Friedrich
    
Jusqu’à la dernière minute de la Terre
il y aura un homme lié à sa vie par les veines du sang
et ses tempes minces comme du papier tangueront
avec le bruit que fait la goutte d’eau sur l’évier.

La lumière luira au fond de ses yeux
comme au fond des verres que le couchant renverse
pour se survivre un instant dans le monde,
la lumière luira sans autre soutien
que la grisaille d’un visage qui avance avec la nuit.

Avec toute la beauté du monde enfouie dans un seul regard,
il fermera la bouche sur la dernière grappe de ciel,
il tendra les mains vers des murs qu’il verra reculer
et son coeur ne sera plus qu’une taupe prise au piège.

La mort ne demandera pas leurs noms
à ceux qui tomberont, las de tourner sur place :
chaque cadavre s’enfoncera lentement dans le sol
avec autour de lui une foule toujours plus haute de vivants.

Comme entre deux portes,
l’homme aura traversé son existence
avec comme seule joie celle que procure
la fraîcheur de l’air sur les lèvres.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Quand le miroir, las de réfléchir (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017


 


Ronnie Biccard 33dc8b61

 

Quand le miroir, las de réfléchir,
ne nous enverra aucune image,
quand le temps, privé de nos impatiences,
cessera son cours,
quand la couleur, infidèle au sens,
se mêlera à la grisaille de nos matins
il ne restera plus que la mouette
pour aller se poser sur la cime d’écume.

(Tahar Ben Jelloun)

Illustration: Ronnie Biccard

 

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