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Poésie

Posts Tagged ‘grise’

Je lève mon cœur lourd solennellement (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



Je lève mon cœur lourd solennellement,
Comme Electre son urne sépulcrale,
Et, regardant dans tes yeux, je renverse
Les cendres à tes pieds. Vois, sois témoin
De la peine secrète amassée en moi,
Et comme les sauvages étincelles rougissent
La couleur des cendres. Si ton pied méprisant
Pouvait les refouler dans les ténèbres
Ce serait bien, peut-être. Au contraire si
Tu attends près de moi que le vent souffle
Cette poudre grise, … ces lauriers sur ta tête,
Ô mon aimé, ne te préserveront
Pas si bien que nul feu ne puisse roussir
Tes cheveux. Eloigne-toi donc de moi. Va.

(Elizabeth Browning)

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Le pourpre de l’aube (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
Le pourpre de l’aube s’imprime sur l’étang.
Dans le petit bois avec le glas sanglote le tétras.

Blotti dans un trou, quelque part, un loriot pleure.
Moi seul l’âme radieuse ne verse pas de larmes.

Car ce soir, je le sais, tu franchiras l’anneau routier,
assis tous deux contre la meule parmi les gerbes fraîches

je te froisserai comme une fleur, m’enivrerai de baisers,
qui est de joie grisé n’a cure que l’on glose.

À force de caresses tu rejetteras ce voile soyeux
et je t’enlèverai, ivre, dans les halliers jusqu’à l’aube.

Qu’il sanglote avec le glas le tétras du petit bois.
Dans le pourpre de l’aube il est une mélancolie joyeuse.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Le chardon mauve (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



Le chardon mauve

dans l’heure grise
la brume
alourdit un bruit lointain de pas
les objets
se carrent dans l’oubli
à ras de terre
un chardon capte seul
de quoi rester mauve

(Hédi Kaddour)

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Je ne regrette rien J’avance (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


funambule

 

L’aube grise les yeux ternis
La faim calmée par une aumône
La plaie pansée par l’ennemi
La plaie léchée par un ami
La maison habitée même par le désastre
Les routes mêmes défoncées
Les mains si douces abîmées
Les lèvres roses déflorées
Une chasse sans gibier
Une corde sans pendu
Une femme sans enfants
Les murs de ma cécité
Tout autour de ma vision
Une voix sans contredit
Une intime surdité
Un passé hypothétique
Un avenir assuré
Un amour non éternel

Je ne regrette rien
J’avance

(Paul Eluard)

 

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Longtemps je t’ai cherchée (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017




    
Longtemps je t’ai cherchée, ô Réalité insaisissable!
Mon coeur est plein de la brûlure de l’attente.

Une musique très douce vibre dans les profondeurs du silence
Mais mieux vaudrait que je me perde dans l’extase de la musique.

Mes mains se sont jointes pour la prière
Mais je n’ai pas trouvé l’apaisement;
Une voix douloureuse en moi criait :
« A quoi sert la prière à l’amant de la vie? »

Le papillon grisé par sa danse folle
Dit à la chandelle ardente :
Le secret de la vie n’est ni dans ta flamme
dans le sacrifice que je consens à l’amour »

Ne crains pas de te meurtrir le cceur
cette urne fragile et combien vulnérable
Plus sera brisé par l’âpreté de la lutte
Plus il sera précieux et cher au créateur.

Crois et en vivant le Mystère deviendra lumineux
Que ton être se consume dans l’immense clarté!

(Mohammad Iqbal)

 

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Le ciel est gris mon âme est grise (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Le ciel est gris; mon âme est grise;
Elle se sent toute déprise,
Elle se sent un parloir nu;
Car le soir, ce soir, m’est venu
Comme un commencement de crise.

La pendule ourle de minutes
Le silence de la maison;
O soir, quel est donc le poison
Que parmi tes crêpes tu blutes,
Pour que j’aie encor ces rechutes ?

Couchant de cendre refroidie;
Crépuscule d’âme indistinct;
Mal du soir qui si mal m’atteint
Que c’est comme une maladie,
Et rien d’humain n’y remédie.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Andrew Wyeth __ Christina’s World

 

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Parfois le train rase des maisons grises (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Parfois le train rase des maisons grises.
A la fenêtre une femme opulente
Regarde en coin ; derrière elle l’obscur
Théâtre de sa vie,
Les noirs objets usés,
La lampe poussiéreuse au fond
De sa chambre morte au soleil et au vent.

Dame Abomination, reine Epouvante,
Comment, comment vivre ainsi ?
Moi je ne fais que passer, par hasard :
Laissons la pauvre à ses terreurs.

Ô, malheureuse, suis-moi et tu sauras
Qu’il est encore plus sombre et poussiéreuse vie,
Mort plus grande et soleil plus petit.

***

Talvolta il treno rade bige case :
Alla finestra prosperosa donna
Torva riguarda ; dietro a lei l’oscuro
Teatro del suo vivere,
La tetra suppellettile consunta,
La polverosa lampada dal fondo
Della sua stanza morta al sole e al vento.

Mastro Abominio, re Spavento,
E come, cosi vivere ?
Io sono qui di passo, per ventura :
Lasciamo la meschina al suo terrore.

O, sciagurata, seguimi e saprai
Che v’è più tetra e polverosa vita
E maggior morte e minor sole.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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L’ANGE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Illustration

    
L’ANGE

Que signifie ce rêve étrange
Où j’étais une Reine Vierge
Placée sous la garde d’un ange?
Malheur naïf, Dieu le protège.

Jour et nuit, je versai des pleurs
Qu’il essuyait avec amour,
je versai des pleurs nuit et jour
Lui cachant la joie de mon coeur.

Puis il ouvrit ses ailes saintes.
L’aube rougit. L’ange s’élance.
Séchant mes yeux, j’armai mes craintes
De mille boucliers et lances.

Mon Ange avant longtemps revint.
Mais à quoi bon mes armes sûres ?
Ma jeunesse avait fui au loin
Et grise était ma chevelure.

(William Blake)

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Lorsque nous nous parlons Le rêve est à portée (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017




    
Lorsque nous nous parlons
Le rêve est à portée
Lorsque nous nous taisons
Le rêve demeure intact

Apprenons à cueillir
Tout instant qui advient :
Sente gorgée de soleil
Grisée de lune, clairière…

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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LE PRINTEMPS DE ROSE (Yves Lisy)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




LE PRINTEMPS DE ROSE

La grâce d’une fleur et la saveur d’un fruit,
Cupidon modela l’amphore de ses hanches
Et lui peignit des yeux plus bleus que des pervenches.
Achevé son ouvrage, il se sauva sans bruit.

— Le petit dieu malin fit toujours bien les choses.
Depuis mille printemps il en rit, voyez-vous,
Il n’a pas oublié que les hommes sont fous
De se croire artisans de la beauté des roses —

Elle avait la peau blanche et sur son cou nacré,
Un veiné transparent de porcelaine fine.
Le temps qui hait la chair, qu’il griffe et qu’il ravine,
Pour épargner la sienne en fit un lieu sacré.

Ses cheveux déversaient les eaux de leur cascade,
Noyant sa fraîche joue et son joli sein rond.
Une mèche rebelle en travers de son front,
Aux caresses du vent tendait une embuscade.

Voilà comme était Rose au lit de ses amours !
Au gré de son humeur provocante ou pudique,
Nue elle s’étirait sur un tapis antique
Dont ses tendres amants torturaient le velours.

Combien furent séduits par la belle en son antre,
Grisés par ses parfums d’ambre et de patchouli ?
La paupière cernée et le corps amolli,
Tous ont pris du plaisir aux mousses de son ventre.

(Yves Lisy)

Illustration: Elina Brotherus

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