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Poésie

Posts Tagged ‘grognement’

Le labyrinthe (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration: Edward Burne Jones   
    
Le labyrinthe

A la lisière du Grand Bois
cette gueule béante entre les branches
est l’entrée du labyrinthe.
Une voix impérieuse
venue de nulle part
t’ordonne de marcher,
de pénétrer dans les entrailles noires.
Derrière toi les routes sont coupées,
les villes engluées dans leurs clameurs
où tu n’as plus de place
ni de nom.
Et te voici errant dans la ténèbre;
tu n’entends plus
que le bruit de ton pas,
au loin une rumeur de vie:
grognements, sifflements
souffles, râles et plaintes.
Peu à peu s’est levée une lueur lunaire
sur le vertige des couloirs.
Sans règle ni repères
tu marches droit, suivant ton coeur,
tandis que s’enfle,
toujours plus proche,
le grondement de la Bête.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’hôtel aux murs de papier (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
L’hôtel aux murs de papier

Les murs de cet hôtel sont épais comme du papier
La nuit dernière je t’ai entendue faire l’amour avec lui
La lutte bouche contre bouche, membre contre membre
Le grognement d’union quand il a joui

Je suis resté là avec mon oreille collée au mur
Je n’étais pas jaloux du tout
En fait un fardeau a quitté mon âme
J’ai entendu que cet amour était hors de mon contrôle
Un lourd fardeau s’est envolé de mon âme
J’ai entendu que cet amour était hors de mon contrôle

J’écoutais vos baisers à la porte
Je n’avais jamais entendu le monde si clairement avant
Tu as fait couler un bain et tu as commencé à chanter
Je me sentais si bien que je ne ressentais rien

Je suis resté là avec mon oreille collée au mur

Je ne peux pas attendre de te parler en face
Je ne peux pas attendre que tu prennes ma place
Tu es l’Ange Nu de Mon Coeur
Tu es l’Ange aux Jambes Ecartées
C’est écrit sur les murs de cet hôtel
Tu ne vas au Paradis qu’une fois que tu es allée en Enfer

Un lourd fardeau a quitté mon âme
J’ai entendu que cet amour était hors de mon contrôle

***

PAPER THIN HOTEL

The walls of this hotel are paper-thin
Last night I heard you making love to him
The struggle mouth to mouth and limb to limb
The grunt of unity when he came in

I stood there with my ear against the wall
I was not seized by jealousy at all
In fact a burden lifted from my soul
I heard that love was out of my control
A heavy burden lifted from my soul
I heard that love was out of my control

I listened to your kisses at the door
I never heard the world so clear before
You ran your bath and you began to sing
I felt so good I couldn’t feel a thing

I stood there with my ear against the wall …

And I can’t wait to tell you to your face
And I can’t wait for you to take my place
You are The Naked Angel In My Heart
You are The Woman With Her Legs Apart
It’s written on the walls of this hotel
You go to heaven once you’ve been to hell

A heavy burden lifted from my soul
I heard that love was out of my control

(Leonard Cohen)

 

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Alors (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Alors

Alors il n’y avait ni hommes ni femmes,
La seule chair,
Et des ombres coléreuses sur un mur
Qui de temps en temps lançaient un grognement,
Enfouies dans le limon et la pierre,
Et suintantes comme bois torturé
De grosses gouttes qui ressemblaient et non à du sang.
Et pourtant à chaque goutte, une ombre s’effaçait,
S’évadait du mur.

Il y avait une accalmie
jusqu’à la prochaine goutte,
Au prochain combat qui laissait sa trace sur le mur
Et c’était tout ; le sang était tout.
Si les femmes étaient survenues là, elles auraient pleuré
Pour le pauvre sang, innommé, indésiré,
Blanc comme le Poème oublié.
Le mur était hanté
De muettes présences maternelles dont les soupirs
Battaient contre les ombres et contre le mur
Comme si la furie de la mort elle-même pouvait mourir.

(Edwin Muir)

Illustration

 

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Le Vent (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2015



 

Le Vent

Vent touche nos corps
Nos corps séparés, individuels;
Vent touche nos corps
Mais souffle vite
A travers les peaux jaunes,
blanches, rouges
De nos corps
Au terrible grognement de hargne
Pas le mien,
Pas le tien,
Pas le sien,
Mais un unique grognement de toutes les âmes,
Vent, souffle vite!
Avant que fuyant,
Nous rentrions dans l’absence de vent…
Avec nos corps…
Dans l’absence de vent
De notre maison à Taos.

***

Wind

Touch our bodies, wind.
Our bodies are separate, individual things.
Touch our bodies, wind,
But blow quickly
Through the red, white, yellow skins
Of our bodies
To the terrible snarl,
Not mine,
Not yours,
Not hers,
But all one snarl of souls.
Blow quickly, wind,
Before we run back
Into the windlessness—
With our bodies—
Into the windlessness
Of our house in Taos.

(Langston Hughes)

Illustration

 

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