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Poésie

Posts Tagged ‘grogner’

Les mots grognent (Alain Serres)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018




    
Les mots grognent. Les mots reniflent. Ils se grattouillent,
protègent un trésor sous leur pattes,
et déposent leurs crottes là où l’on ne les attend pas.
Ils suçotent des bourgeons aussi, et font des petits.

Leurs petits, ils les cajolent,
puis les précipitent un très beau matin
depuis leur nid dans la transparence de la vie.

Ah ! Les mots ! Ils ne sont pas vraiment nés pour terminer au zoo !
Ouvrez les livres et délivrez les mots !

A chaque page tournée vous libérez une porte ; à chaque porte un mot revit.
Alors suit la meute.
Elle s’agenouille, léchant la paume de votre main d’un long coup de langue ,
ou bien mordillant vos rêves de chasseurs.

Dans un grognement bref et dense,
les mots interrogent soudain la nuit de l’encre :
 » A quelle heure l’homme sera-t-il un poème ? »

(Alain Serres)

 

 

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Dans les ténèbres (Amir Gilboa)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration: Auguste Rodin
    
Dans les ténèbres

J’ai tendu les mains devant moi dans les ténèbres
et mes doigts ont cherché en tremblant la lumière
effrayés par l’incertitude.

Je les ai donc ramenés
vers la paume
et ils ont commencé à grogner d’aise
comme des chiots pendant la tétée
animés d’une confiance sans bornes
pour l’équipe du poing serré.

Alors l’aube s’est levée.

(Amir Gilboa)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Sous la branche propice aux jeux (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Sous la branche propice aux jeux,
la foudre broie le printemps d’une robe
et l’arbre sent couler sa vie
sur le marbre taché de feu.

Survivent la vipère et la ronce,
le scorpion dans le roc,
le roc étroit et nu,
complice muet du venin.

Un homme entend grogner au loin
les charrois de l’orage
et s’étonne du soleil
couché sanglant sur les dalles.

Sa femme est jeune et sa maison pesante.
Il pressent dans le soir le triomphe du bien.

(Jean Joubert)


Illustration:
Geneviève  Peyrade

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LA MORT DE LA JEUNESSE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2016




LA MORT DE LA JEUNESSE

Chacun voit arriver des jours de deuil profond
Où sa Jeunesse blanche est à jamais finie
Et chuchote en pleurant des adieux d’agonie,
Avec le geste doux des aimés qui s’en vont.

Des fermoirs d’éternel silence ont clos sa bouche,
Mais tandis qu’on l’a mise en terre, tristement,
Dans la maison de l’Ame – après l’enterrement –
Comme on se trouve seul, douloureux et farouche !

On sent qu’on a perdu tout le meilleur de soi !
C’est elle, la Jeunesse aux yeux noyés d’extases,
Qui mettait des bouquets de lis dans tous les vases.

Voici les Passions qui vont faire la loi,
Servantes à la voix impétueuse et forte
Qui grognent en usant les robes de la morte !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Michel Giliberti

 

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Araignée (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2016



Araignée

Araignée du matin: chagrin,
pensait un bébé coccinelle
cherchant à libérer ses ailes.
Araignée du midi: souci
grognait un rat dans son chagrin
de voir un chat près de sa belle.
Araignée du soir: espoir,
disait au briquet l’étincelle
mourant dans le vent du jardin.
Mais l’araignée dans sa nacelle
prisonnière à vie de sa faim
rêvait qu’elle était hirondelle.

(Pierre Béarn)

 

 

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LES FERMENTS (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2016



 

Victor Brauner  -_le_ver_luisant_1933

LES FERMENTS

Ce soir j’ai ressenti les sèves dans mon âme :
comme je sommeillais elles m’ont tout à coup
arraché de ma glace et porté d’un vol fou
aux lieux où l’univers se couronne de flammes.

O ferments éblouis qui n’aurez pas de fin,
ô ma rage, ô ma haine, ô mon amour : ma force !
vous que je sens brûler à travers mon écorce
et qui me dévorez comme une grande faim !

Vous torrents de soleil, vous sources de tempêtes,
qui poussez en avant hordes et nations,
amour, haine, révolte, ô mes damnations,
à mon âme sonnez clair, cruelles trompettes !

Je n’ai que vous pour vivre et mourir exalté,
car le trône du monde est à tous ceux qui cognent.
Hargneuse, la Sagesse à votre approche grogne.
Ah ! clouez-lui le bec avec l’éternité.

(Luc Decaunes)

Illustration: Victor Brauner

 

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Je ne suis pas bison et je me sens ruminant (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2015



Je ne suis pas bison
Et je me sens ruminant.

Je ne suis pas goéland
Et je me sens voler.

Je ne suis pas charbon
Et je me sens brûler.

Je ne suis pas caillou
Et je me sens durer.

Je ne suis pas pourceau
Et je me sens grogner.

Je ne suis pas Pégase
Et je me sens errer.

Je ne suis pas cravache
Et je me sens frapper.

Je ne suis pas écolier
Et je me sens apprendre.

Je ne suis pas archer
Et je me sens tirer.

Je ne suis pas prélat
Et je me sens bénir.

Je ne suis pas gardien
Et je me sens veiller.

(Eugène Guillevic)

 

 

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