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Posts Tagged ‘gronder’

L’Arlequin décontenancé (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration
    
L’Arlequin décontenancé

Je me demande un peu ce qui m’arrive
il a dû y avoir quelque erreur de ma part
gaffe impair inadvertance faux pas
balourdise faute bêtise imprudence
encore une fois je n’apprendrai donc jamais

C’est que ça chauffe bouge grille gratte
grogne grouille tremble grince remue
bruisse murmure marmonne frissonne
craque gronde grignote s’agite gargouille
et de plus en plus

Si seulement je pouvais me souvenir
de la personne qui me l’a remis
si c’est bien quelqu’un qui me l’a remis
ou de celle à qui je dois le remettre
s’il est encore possible de le remettre à quelqu’un

Sinon je ne sais vraiment pas ce que je vais faire
c’est que j’ai de plus en plus l’impression
que cela fait partie de mon propre corps
et j’ai l’impression que l’on me regarde
de plus en plus

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 
    
MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX

Au coeur du monde, quelque part au coeur du monde
Il existe un marais comme un orgue qui gronde,
Un crapaud noir plus gros qu’un ours attend
De-ci de-là ballottant

Depuis mille ans déjà, peut-être plus longtemps
De-ci de-là ballottant.
Quelque part au-dessus du monde – l’oeil pareil
Sur la cime d’un arbre à l’éclat du soleil
Un oiseau las et malade est tapi,
Rêvant au moucheron mourant sur un épi
Et depuis mille ans sa tête se plie
Vers le bel épi, vers le bel épi.

Au-dessus du monde, ô toi ciel distant,
Comme mon exil crie en sanglotant
Ton silence au-dessus des lumineux lointains,
Ton soleil dans la soie et dans l’or qui s’éteint
Au fil des faux tranchant chantant dans le matin
Des lumineux lointains, des lumineux lointains.

Vois-tu l’or dans le ciel et l’arbre – tu dis soir,
Veux-tu savoir ce qu’est le soir – tu dis tristesse,
Veux-tu savoir ce qu’est la tristesse
Avec ta bouche et tes yeux tu te vois
Aveugle et muet dans le triste soir
Pleurant alors comme la clarté pleure
Dans la main d’un enfant le soir
Tu es la lumière et l’enfant qui pleure
En ton sang – dans le triste soir.

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MA MUSE (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Itzhak-Leibush Peretz

    

MA MUSE

Elle n’est point bleuet, ma muse,
Qui pousse sur les visions,
Ni, voleur de baisers qui muse
Cherchant les fleurs, un papillon.

N’est point un rossignol, ma muse,
Point de trille et de mélodie,
Mais c’est une vieille commère,
Et racornie et enlaidie.

Une esseulée aux orphelins
Éparpillés de par le monde,
Miséreuse, soir et matin,
Qui jure, qui crie et qui gronde!

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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PETIT CHIEN SOMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Salvador Dali  [800x600]

PETIT CHIEN SOMBRE

Tu sais mes secrètes décombres,
Cette eau vaseuse et ces remous,
Mais tu t’endors sur mes genoux
Comme un petit chien sombre.

Ciel un peu trouble entre les feuilles,
Sous tes boucles ton front est blanc.
Mon oreille avide recueille
Le bruit que fait ton sang.

J’écoute ce battement grave
Du petit chien sombre endormi,
L’invisible courant du gave
Qui dans ton corps frémit.

Mais notre pensive alliance
N’est faite de sang ni de chair.
Tu ne crains pas les brefs éclairs
Brûlant dans mon silence.

Tu n’entends rien en moi qui gronde,
Ce vieux coeur hurlant à la mort.
Je suis ta douceur en ce monde,
Le havre où tu t’endors.

Du fond des songes où tu fus,
Se lèvent tes prunelles pures
Sur ma misérable figure
Où le masque n’est plus.

(François Mauriac)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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La voix du miroir (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
La voix du miroir

Ainsi passe la vie, comme un bizarre mirage.
La rose azur qui enfante et donne le jour au chardon!
À côté du dogme du fardeau
fatal, le sophisme du Bien et de la Raison!

On a saisi, au hasard, ce que la main a frôlé;
les parfums se sont envolés, et parmi eux on a senti
la moisissure qui à mi-chemin a poussé
sur le pommier sec de la morte Illusion.

Ainsi passe la vie,
avec les cantiques trompeurs d’une bacchante fanée.
J’avance tout effaré, en avant… en avant,
faisant gronder ma marche funèbre.

Avancent au pied de brahmaniques éléphants royaux,
au son du sordide bourdonnement d’une ardeur mercurielle,
des amants qui lèvent leurs coupes sculptées dans la roche,
et des crépuscules oubliés, une croix sur la bouche.

Ainsi passe la vie, vaste orchestre de Sphinx
qui jettent dans le Vide leur marche funèbre.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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A l’enfant qui danse dans le vent (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



A l’enfant qui danse dans le vent

Danse là sur le rivage
Car pourquoi te soucierais-tu
Du vent ou de l’eau qui gronde?
Et après secoue tes cheveux
Qu’ont trempés les gouttes amères.
Tu es jeune, tu ne sais pas
Que l’imbécile triomphe,
Ni qu’on perd l’amour aussitôt
Qu’on l’a gagné, ni qu’est mort
Celui qui œuvrait le mieux, mais laissa
Défaite toute la gerbe.
Ah, pourquoi aurais-tu la crainte
De l’horreur que clame le vent ?

***

To a child dancing in the wind

DANCE there upon the shore;
What need have you to care
For wind or water’s roar?
And tumble out your hair
That the salt drops have wet;
Being young you have not known
The fool’s triumph, nor yet
Love lost as soon as won,
Nor the best labourer dead
And all the sheaves to bind.
What need have you to dread
The monstrous crying of wind?

(William Butler Yeats)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Thomas-Alexander Harrison

 

 

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FUTURE LARME (Ion Deaconescu)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    

FUTURE LARME

La vague gronde, se soulève
Son échine d’écume
Écrase l’instant
Laisse des traces profondes
Dans le ciel terrorisé.

Un jour viendra peut-être
Où les ombres des bateaux
Annonceront le secret de l’horizon.
Ainsi Icare, aux ailes de pierre
Volant derrière l’horizon
Se révèle une future larme
Une larme du temps.

***

ZUKÜNFTIGE TRÄNE

Die Welle knurrt, rebelliert,
Ihr Schaumrücken
Zerschlägt den Augenblick,
Hinterlässt tiefe Zeichen im dermaßen
Erschrockenen Himmel.
Vielleicht werden eines Tages
Die Schatten der Schiffe
Das Geheimnis der Ferne verkünden.
Wie Ikarus, mit Steinflügel
Hinter dem Horizont fliegend
Sich als zukünftige Träne entpuppt,
Als Träne der Zeit.

***

未来的眼泪

海浪咆哮,反叛,
它泡沫的背面
粉碎瞬间,
把深深印记留在
如此恐怖的天空。

也许有一天
航船的影子
将标志距离的神秘。
像伊卡洛斯,有石头翅膀,
飞到地平线的后面,
将自己展现为未来的一滴眼泪,
像时间的一滴眼泪。

***

FUTURE TEAR

The wave growls, rebels,
Its back of foam
Smashes the moment,
Leaves deep marks in the
So terrified sky.
Maybe one day
The shadow of the ships
Will proclaim the mystery of the distance.
Like Icarus, with stone wings,
Flying behind the horizon,
Revealing itself as a future tear,
As a tear of the time.

***

LÁGRIMA FUTURA

La ola gruñe, se rebela,
Su espalda de espuma
Rompe el momento,
Deja marcas profundas
en un más que asustado cielo.
Quizás un día
Las sombras de los barcos
Proclamarán el misterio de la distancia.
Como Ícaro que, con alas de piedra,
Volando más allá del horizonte
Se manifiesta como lagrima futura,
Como lagrima del tiempo.

***

TOEKOMSTIGE TRAAN

De golf gromt, rebelleert,
Haar schuimrug
Verplettert het ogenblik
Laat diepe sporen na in de zozeer
Geschrokken hemel.
Misschien komt er een dag
Waarop de schaduwen van de schepen
Het geheim van de verte zullen verkondigen.
Zoals Icarus, met stenen vleugels
Achter de horizon vliegend
Zich als toekomstige traan ontpopt,
Als traan van de tijd.

***

LACRIMA DI FUTURO

L’onda righia, ribelle,
la sua schiena di schiuma
infrange l’attimo,
lascia segni profondi
in un cielo di paura.
Forse un giorno
l’ombra delle navi
proclameranno il mistero della distanza.
come Icaro, con ali di pietra,
volando oltre l’orizzonte,
svelandosi come una lacrima di futuro,
come una lacrima del tempo.

***

LÁGRIMA FUTURA

A onda ruge, se rebela,
Sua espalda de espuma
Rompe o momento,
Deixa marcas profundas no mais que assustado céu.

Quem sabe um dia as sombras dos barcos
Proclamarão o mistério da distância.
Como Ícaro, que com asas de pedra,
Voando mais além do horizonte
Manifesta-se como lágrima futura,
Como lágrima do tempo.

(Ion Deaconescu)

 

Recueil: ITHACA 588
Traduction: Français Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Chinois William Zhou / Anglais Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Gabriela Căluțiu Sonnenberg – Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia
Editions: POINTS

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La nuit tambourine à la porte (Francis Valette)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
La nuit tambourine à la porte
Nos échecs
Veulent une place dans le lit

La nuit se repaît
Nos peurs
Prennent toute la couette

La nuit gronde
Nos secrets
Mettent la tête sous l’oreiller

Se croyant à l’abri
Des délires et des suées

Du sérum de vérité
D’une nuit agitée

(Francis Valette)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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Roulez tambours (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


 


Audrey Kawasaki i5

 

Roulez tambours, et grondez voix du Saint-Esprit : la jeune fille
nue a plus d’un tour dans son sac.
Peur à la peur, l’odeur s’est tue et le fonctionnaire en retraite se porte bien.
Dans son arbre généalogique il dépiste le gène chromosome et
sait extraire les coucous de sa famille.
Sûr de lui, il remonte la lourde pluie pour aller briser à Soissons ce qui reste du vase.
« Insistez dans l’inspiration  » — commandait le gymnasiarque –
 » et expirez à volonté.  »
Je crains le crocodile et la plume trempée dans le lacrymatoire.
Dans le non-sens que de richesse de savoir !

(Georges Libbrecht)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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