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Rondeau de l’écureuil (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2020




    
Rondeau de l’écureuil

Mais où sont passées mes noisettes ?
Se dit l’écureuil très inquiet
J’avais trouvé quelques cachettes
Dans les feuilles mortes, parfaites
Hélas ! je les ai oubliées
Mais où sont passées mes noisettes ?

Les feuilles rousses sont muettes
Elles voudraient le consoler
Lui dire « là ! là ! grosse bête ! »
Elles ne peuvent qu’écouter :
Mais où sont passées mes noisettes ?

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rondeau du dinosaure (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2020




    
Rondeau du dinosaure

qui danse avec les biches
Donnez la main au dinosaure
Petites biches, pour danser
Tournez, tournez, tournez encore
Lancez la ronde dans le pré

Un dinosaure c’est grand c’est fort
Mais pour la danse c’est pas doué
Donnez la main au dinosaure

Quand vous arriverez au bord
De la fontaine si vous lâchez
Ses grosses pattes il va tomber
Ça fera « plouf ! » et vous rirez
Donnez la main au dinosaure

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMMENT L’HOMME EST VENU (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
COMMENT L’HOMME EST VENU

L’inquiétude s’en vint, grosse de l’homme,
Et l’inquiétude contempla le sans-espoir,
Le sans-espoir a soupiré devant le doute,
Le doute l’entendit avec perplexité,
La perplexité fut indécise face au qui-sait,
Le qui-sait discuta avec le peut-être,
Et le peut-être interrogea le si-jamais,
Le si-jamais creusa vers le probable,
Le probable en conclut c’est possible,
Le possible montra le vraisemblable,
Le vraisemblable fit un signe au pourquoi-pas,
Le pourquoi-pas se faufila vers le vraiment
Le vraiment chuchota certainement,
Certainement railla l’indubitable,
L’indubitable tempêta le défini,
Le défini frappa du poing: assurément,
Assurément se jeta sur le vrai,
Et le vrai tomba sur le coeur.
C’est ainsi qu’est advenu l’homme,
C’est ainsi qu’a survécu l’homme
Avec toutes sortes de doutes
Toutes vérités jamais sûres.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUPPOSONS UNE SUPPOSITION (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019



    

SUPPOSONS UNE SUPPOSITION

Tu me dis baluchon ça veut dire grosse bête.
Fourbi ? C’est un poisson. Lézard ? Saule pleureur.
Les mots ne savent plus où donner de la tête :
friture de fourbis, ou lézard rose en fleurs ?

Suppose et supposons une supposition
que le mot ver luisant se prononce escarcelle,
que le mot chocolat se prononce violon,
que le mot tirelire se prononce hirondelle.

Est-ce escarcelle ou escargot ? Est-ce cargo
ou tire-l’air, ou tire-l’eau, ou tire-d’aile ?
Est-ce chacal ou chocolat ? Est-ce hirondelle ? Est-ce rondeau?
Est-ce vol-au-vent ? Est-ce violoncelle ?

Les dictées tout à coup ont un air bien bizarre.
On regarde voler les tirelires en l’air,
On regarde briller l’escarcelle très tard,
On mange à son goûter du pain et du violon.

Si on commence à faire trop de suppositions
tout s’en va de travers et rien ne va plus droit
personne ne demande aux mots la permission
et je signe Hérisson – qui veut dire Claude Roy.

(Claude Roy)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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SACRÉ-CŒUR ! (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019




    
SACRÉ-CŒUR !

Sacré-Coeur !
je te vois
Ô Biberon
avec ta grosse tétine en forme de croix

Sacré-Coeur !
mais vous êtes sept biberons !
je vous aperçois très bien du bas de la pente
square Saint-Pierre
trois petits biberons
trois moyens biberons
et un gros

C’est le soir
la gloire du ciel s’écarte
pour que les anges viennent téter
trois petits biberons
trois moyens biberons

Mais toi
gros biberon
tu es pour l’Enfant Jésus
ah !
puisse-t-il ne pas se blesser les lèvres
sur ta tétine en forme de croix

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le pyjama (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2019




    
Le pyjama

Pour te protéger du gros lourd
je l’enrobe de mes fourreaux
faisant sauter mes boutonnières
à la plus ténue des invites

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 
    
MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX

Au coeur du monde, quelque part au coeur du monde
Il existe un marais comme un orgue qui gronde,
Un crapaud noir plus gros qu’un ours attend
De-ci de-là ballottant

Depuis mille ans déjà, peut-être plus longtemps
De-ci de-là ballottant.
Quelque part au-dessus du monde – l’oeil pareil
Sur la cime d’un arbre à l’éclat du soleil
Un oiseau las et malade est tapi,
Rêvant au moucheron mourant sur un épi
Et depuis mille ans sa tête se plie
Vers le bel épi, vers le bel épi.

Au-dessus du monde, ô toi ciel distant,
Comme mon exil crie en sanglotant
Ton silence au-dessus des lumineux lointains,
Ton soleil dans la soie et dans l’or qui s’éteint
Au fil des faux tranchant chantant dans le matin
Des lumineux lointains, des lumineux lointains.

Vois-tu l’or dans le ciel et l’arbre – tu dis soir,
Veux-tu savoir ce qu’est le soir – tu dis tristesse,
Veux-tu savoir ce qu’est la tristesse
Avec ta bouche et tes yeux tu te vois
Aveugle et muet dans le triste soir
Pleurant alors comme la clarté pleure
Dans la main d’un enfant le soir
Tu es la lumière et l’enfant qui pleure
En ton sang – dans le triste soir.

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand un gros nuage (Fred Astaire)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Quand un gros nuage maladroit
d’ici
rencontre une petite nuée duveteuse
de là-bas,
il ondule vers elle.

Elle s’enfuit
mais il file droit sur elle.
Elle pleure un peu et là,
vous avez
une petite douche.

Il la console.
Ils s’allument l’un l’autre,
ce sont les éclairs.
Ils s’embrassent,
c’est le tonnerre !

(Fred Astaire)

 Illustration

 

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Un gros corbeau (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Un gros corbeau sur le
faîte de la forme de
l’arbre plus nu
aux feuilles disparues
y pèse.

(Robert Creeley)


Illustration

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La petite chérie arrive à Paris (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


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La petite chérie arrive à Paris.
Paris fait du bruit. Paris fait du bruit.

La petite chérie traverse la rue.
Le bruit tombe en pluie. Le bruit tombe en pluie.

La petite chérie est sur le trottoir
Où de gros messieurs cossus et tout noirs

Empêchent son coeur de faire trop de bruit.

(Paul Eluard)

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