Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘gros’

COMMENT L’HOMME EST VENU (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
COMMENT L’HOMME EST VENU

L’inquiétude s’en vint, grosse de l’homme,
Et l’inquiétude contempla le sans-espoir,
Le sans-espoir a soupiré devant le doute,
Le doute l’entendit avec perplexité,
La perplexité fut indécise face au qui-sait,
Le qui-sait discuta avec le peut-être,
Et le peut-être interrogea le si-jamais,
Le si-jamais creusa vers le probable,
Le probable en conclut c’est possible,
Le possible montra le vraisemblable,
Le vraisemblable fit un signe au pourquoi-pas,
Le pourquoi-pas se faufila vers le vraiment
Le vraiment chuchota certainement,
Certainement railla l’indubitable,
L’indubitable tempêta le défini,
Le défini frappa du poing: assurément,
Assurément se jeta sur le vrai,
Et le vrai tomba sur le coeur.
C’est ainsi qu’est advenu l’homme,
C’est ainsi qu’a survécu l’homme
Avec toutes sortes de doutes
Toutes vérités jamais sûres.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SUPPOSONS UNE SUPPOSITION (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019



    

SUPPOSONS UNE SUPPOSITION

Tu me dis baluchon ça veut dire grosse bête.
Fourbi ? C’est un poisson. Lézard ? Saule pleureur.
Les mots ne savent plus où donner de la tête :
friture de fourbis, ou lézard rose en fleurs ?

Suppose et supposons une supposition
que le mot ver luisant se prononce escarcelle,
que le mot chocolat se prononce violon,
que le mot tirelire se prononce hirondelle.

Est-ce escarcelle ou escargot ? Est-ce cargo
ou tire-l’air, ou tire-l’eau, ou tire-d’aile ?
Est-ce chacal ou chocolat ? Est-ce hirondelle ? Est-ce rondeau?
Est-ce vol-au-vent ? Est-ce violoncelle ?

Les dictées tout à coup ont un air bien bizarre.
On regarde voler les tirelires en l’air,
On regarde briller l’escarcelle très tard,
On mange à son goûter du pain et du violon.

Si on commence à faire trop de suppositions
tout s’en va de travers et rien ne va plus droit
personne ne demande aux mots la permission
et je signe Hérisson – qui veut dire Claude Roy.

(Claude Roy)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SACRÉ-CŒUR ! (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019




    
SACRÉ-CŒUR !

Sacré-Coeur !
je te vois
Ô Biberon
avec ta grosse tétine en forme de croix

Sacré-Coeur !
mais vous êtes sept biberons !
je vous aperçois très bien du bas de la pente
square Saint-Pierre
trois petits biberons
trois moyens biberons
et un gros

C’est le soir
la gloire du ciel s’écarte
pour que les anges viennent téter
trois petits biberons
trois moyens biberons

Mais toi
gros biberon
tu es pour l’Enfant Jésus
ah !
puisse-t-il ne pas se blesser les lèvres
sur ta tétine en forme de croix

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Je suis un crabe ponctuel
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le pyjama (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2019




    
Le pyjama

Pour te protéger du gros lourd
je l’enrobe de mes fourreaux
faisant sauter mes boutonnières
à la plus ténue des invites

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 
    
MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX

Au coeur du monde, quelque part au coeur du monde
Il existe un marais comme un orgue qui gronde,
Un crapaud noir plus gros qu’un ours attend
De-ci de-là ballottant

Depuis mille ans déjà, peut-être plus longtemps
De-ci de-là ballottant.
Quelque part au-dessus du monde – l’oeil pareil
Sur la cime d’un arbre à l’éclat du soleil
Un oiseau las et malade est tapi,
Rêvant au moucheron mourant sur un épi
Et depuis mille ans sa tête se plie
Vers le bel épi, vers le bel épi.

Au-dessus du monde, ô toi ciel distant,
Comme mon exil crie en sanglotant
Ton silence au-dessus des lumineux lointains,
Ton soleil dans la soie et dans l’or qui s’éteint
Au fil des faux tranchant chantant dans le matin
Des lumineux lointains, des lumineux lointains.

Vois-tu l’or dans le ciel et l’arbre – tu dis soir,
Veux-tu savoir ce qu’est le soir – tu dis tristesse,
Veux-tu savoir ce qu’est la tristesse
Avec ta bouche et tes yeux tu te vois
Aveugle et muet dans le triste soir
Pleurant alors comme la clarté pleure
Dans la main d’un enfant le soir
Tu es la lumière et l’enfant qui pleure
En ton sang – dans le triste soir.

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand un gros nuage (Fred Astaire)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



Quand un gros nuage maladroit
d’ici
rencontre une petite nuée duveteuse
de là-bas,
il ondule vers elle.

Elle s’enfuit
mais il file droit sur elle.
Elle pleure un peu et là,
vous avez
une petite douche.

Il la console.
Ils s’allument l’un l’autre,
ce sont les éclairs.
Ils s’embrassent,
c’est le tonnerre !

(Fred Astaire)

 Illustration

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Un gros corbeau (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Un gros corbeau sur le
faîte de la forme de
l’arbre plus nu
aux feuilles disparues
y pèse.

(Robert Creeley)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La petite chérie arrive à Paris (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


paris_ile_de_france_home

La petite chérie arrive à Paris.
Paris fait du bruit. Paris fait du bruit.

La petite chérie traverse la rue.
Le bruit tombe en pluie. Le bruit tombe en pluie.

La petite chérie est sur le trottoir
Où de gros messieurs cossus et tout noirs

Empêchent son coeur de faire trop de bruit.

(Paul Eluard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

A NAGEOIRES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Teofil Kwiatkowski
    
A NAGEOIRES

La Sirène est une bête, blonde en général
Qui se choisit un coin dans une mer fréquentée
Et s’étend sur un gros caillou
En guettant les hardis navigateurs
Pour des motifs extra-nautiques.

La Sirène gueule comme un putois
Tout d’abord, pour attirer les hommes
Mais en réalité, afin d’également prouver
Qu’elle n’est pas un vrai poisson.

Malgré ce complexe d’infériorité
Elle n’hésite jamais à faire des avances aux gros capitaines poilus
Mais la Sirène n’a pas de veine
Car depuis Monsieur Dufrenne
On sait que les marins ont (parfois) de mauvaises moeurs.

(Boris Vian)

 

Recueil: Cantilènes en gelée
Traduction:
Editions: Le Livre de poche

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vespergenèse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



César Vallejo
    
Vespergenèse

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je suis mauvais; mais ils ne savent rien
du décembre de ce janvier.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Il est un vide
dans mon air métaphysique
que personne ne palpera :
le cloître d’un silence
qui parla à fleur de feu.

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Mon frère, écoute, écoute….
Bon. Et que je ne parte pas
sans emporter de décembres,
sans laisser de janviers.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je mastique… Mais ils ne savent pas
pourquoi dans mon vers grincent,
obscur déboire de cercueil,
des vents lyissés
décrochés du Sphinx
indiscret du Désert.

Tous savent… Et ne savent pas
que la Lumière est phtisique,
et l’Ombre grosse…
Mais ils ne savent pas que le Mystère synthétise…
qu’il est la bosse
musicale et triste qui à distance annonce
le passage méridien des lisières aux Lisières.

Je suis né un jour
où Dieu était malade,
gravement.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :