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Poésie

Posts Tagged ‘gros’

Résilience (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2021




    
Résilience

La pensée
derrière les pensées.
Un galet ordinaire,
pur, dur,
inaliénable.

Ne se dissout pas,
est indiscutable,
est ce qu’il est,
ne devient ni plus gros,
ni plus petit.

Irrégulier,
unicolore, veiné.
Ni jeune ni vieux.
Ne nécessitant ni justification
ni croyance.

Tu ne sais d’où
tu le tiens, ni où
il va, à quoi
il sert. Sans lui
tu serais peu de chose.

***

Konsistenz

Der Gedanke
hinter den Gedanken.
Ein Kiesel, gewöhnlich,
unvermischt, hart,
nicht zu verkaufen.

Löst sich nicht auf,
steht nicht
zur Diskussion,
ist was er ist,
nimmt nicht zu oder ab.

Unregelmäßig,
nicht bunt, geädert.
Nicht neu, nicht alt.
Braucht keine Begründung,
verlangt keinen Glauben.

Du weißt nicht, woher
du ihn hast, wohin
er geht, wozu
er dient. Ohne ihn
wärst du wenig.

(Hans Magnus Enzensberger)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poèmes (1980-2014)
Traduction: Traduit de l’allemand de Patrick Charbonneau
Editions: Vagabonde

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Un matin d’hiver (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021




    
Un matin d’hiver
je me trouvais dans un train
à l’arrêt en gare de Bellegarde
et une petite fille d’une dizaine d’années
était sur le quai
Deux femmes se tenaient près d’elle
et quand celle qui pouvait être sa mère
l’a quittée
pour monter dans une voiture
cette petite fille n’a eu aucune réaction
Épaules tombantes bras ballants
elle est restée là
immobile figée
ne disant rien
ne manifestant rien
sauf que de grosses larmes
glissaient sur ses joues
et qu’on la sentait perdue
dans un abîme de solitude
accablée par une détresse
qui la rendait inconsolable
Deux ou trois ans ont passé depuis ce jour

mais de temps à autre
il arrive encore
que réapparaisse en moi
ce petit visage en larmes
pétrifié par la souffrance

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Si tu m’entends chanter, sache que je viens de pleurer (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021




    
Si tu m’entends chanter, sache que je viens de pleurer.
CHANSON POPULAIRE

Pourquoi es-tu couché là,
comme la grosse poutre du parapet
qui m’empêchait de voir la femme claire ?
Sa voix m’arrivait saturée des odeurs d’autrui
et ça fait vingt ans que je ne peux pas traverser
la salle remplie,
rejoindre
ma féminité oubliée.

Parce que je sais que tu ne m’enjamberas pas
quand tu viens là-haut, répond-il,
et tes doigts, teints par des noix vertes,
vont m’apporter la douceur d’un jardin
que nous avons aimé ensemble.

Il est couché comme une conversation inachevée
à travers le couloir de ma maison paternelle,
emmailloté comme de langes
ou d’un linceul,
je sors mon sein pour nourrir le bébé
et la solitude de l’homme,
mais le lait tarit, la ganse rouge
serrant les couches se relâche
et une chanson se lève entre mes pleurs
comme du pain
pour rassasier
l’enfant et l’homme.

Une poutre lourde est couchée
au bout de mon songe,
un papillon noir est couché
sur ma poitrine.

On n’enjambe pas un corps mort.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Orange (Diana Burazer)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Orange
(ou poème d’amour)

Grosse et mûre, je la prends dans ma main gauche,
je la caresse de la droite,
mon index effleure presque tous ses plis.
Les noeuds,
où demeure sa tristesse durcie,
me surprennent toujours par leur taille.
De mes ongles, je fais une première incision.
Pas de résistance particulière,
pas de révolte.
En silence
une larme jaune
marque notre consentement
mutuel au pénible processus qui s’ensuit
et annonce le début.
Le reste en découle:
je lui dénude une épaule,
puis l’autre.
Ensuite la taille.

Bientôt entièrement nue
dans une fine chemisette transparente,
elle tremble devant nos yeux.

Vas-y, partage-la, elle a l’air bonne —
en attendant à une distance d’où
tout a l’air bon.
Je retarde mes derniers gestes
car je sais
qu’une fois nue et partagée
il sera difficile de garder
ne fût-ce que la mémoire
de sa beauté intégrale.

(Diana Burazer)

Traduit du croate par Vanda Miksic

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Encore plus gros (Chiyo-ni)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Encore plus gros
encore plus redoutable
le saule pleureur!

***

太るほど恐ろしうなる柳かな
futoru hodo / osoroshû naru /yanagi kana

(Chiyo-ni)

 

Recueil: Chiyo-ni Une femme éprise de poésie
Traduction: Grace Keiko / Monique Leroux Serres
Editions: Pippa

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Les Déchues (Extrait) (Adelle Barry)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



    

Les Déchues (Extrait)

Que l’Imam prie
Que le prêtre jeûne
Et que l’athée dorme
Quelle importance
Chacun voit son Dieu dans le ciel
Il lui parle en silence
Il lui crie ses souffrances
Gardez vos croyances dans vos âmes
Et aimez-vous pardon
Dans les tombes, vous êtes tous poussière

Et puis quoi?
Kadjatou Xialong Yung
Je déjeune en mafé
Je dîne en sushi
Les yeux émincés
Le nez gros
Une pincée de sel dans mon identité
Quelle chance!

Il paraît que Paris c’est la crise
Et que la France est faillite
Haa, reprenons nos valises
Il paraît que là-bas c’est le paradis
L’hiver fait six mois, quelle importance
Ici les cinquante degrés durent une éternité
Il paraît qu’il y a assurance maladie là-bas
Haa Ébola et sida on s’en fout
Ici l’hôpital c’est la morgue
Et la morgue un reposoir

J’ai vu mon frère offrir sa femme
Pour payer la traversée
J’ai vu ma soeur s’ouvrir à l’inconnu
J’ai vu le viol consenti
Pour fuir le dénuement

La voix libératrice
S’est tue
Depuis, je maudis
Le langage du silence

(Adelle Barry)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Sous ces grosses gouttes (Tôjun)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2020




    
Sous ces grosses gouttes
elle résiste à la pluie
la fleur de pavot

(Tôjun)

 

Recueil: Friches
Traduction: René Sieffert
Editions: Verdier poche

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LE POSEUR DE QUESTIONS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020




    
LE POSEUR DE QUESTIONS

Très loin, dans le dedans de mon écorce chaude,
dans le noir embrouillé des veines et du sang,
le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde
il veut savoir pourquoi tous ces gens ces passants ?

Le mort que je serai s’étonne d’être en vie,
du chat sur ses genoux qui ronronne pour rien,
du grand ciel sans raison, du gros vent malappris
qui bouscule l’ormeau et se calme pour rien.

Un cheval roux pourquoi ? Pourquoi un sapin vert ?
Et pourquoi ce monsieur qui fait une addition,
qui compte : un soleil, deux chiens, trois piverts,
qui compte sur ses doigts pleins de suppositions ?

Il compte sur ses doigts, mais perd dans ses calculs
sa raison de compter, sa raison de rêver,
sa raison d’être là, tout pesant de scrupules,
et d’être homme vivant sans qu’on l’ait invité.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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POUR LA PETITE (Claude Alitte)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2020



Illustration: Alex Alemany
    
POUR LA PETITE

Ton regard, plein de nuit encore,
Qui sur nous s’ouvre vaguement,
Mignonne, est un reflet d’aurore
Dans le nocturne firmament.

Ta main, ce bijou rose et frêle
Dont notre grosse main a peur,
Est un nid, ô Mademoiselle,
Assez grand pour tenir un coeur !

Et ta petite âme tremblante,
Sous les cieux, de brumes couverts.
Est une étoile vacillante
— Où l’on devine un univers.

(Claude Alitte)

 

 

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Hop! dans ma poche (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020



Illustration
    
Hop! dans ma poche

Je trouve un caillou violet
Hop! dans ma poche
Parfois je le sors
Mon petit trésor
Un caillou violet
Hop! dans ma poche

Je trouve un oeillet fané
Hop! dans ma poche
Parfois je le sors
Mon petit trésor
Un oeillet fané
Un caillou violet
Hop! dans ma poche

Je trouve un bouton doré
Hop! dans ma poche
Parfois je le sors
Mon petit trésor
Un bouton doré
Un oeillet fané
Un caillou violet
Hop! dans ma poche

Je trouve un gros clou rouillé
Hop! dans ma poche
Parfois je le sors
Mon petit trésor
Un gros clou rouillé
Un bouton doré
Un oeillet fané
Un caillou violet
Hop! dans ma poche

Je trouve un joli papier
Hop! dans ma poche
Parfois je le sors
Mon petit trésor
Un joli papier
Un gros clou rouillé
Un bouton doré
Un oeillet fané
Un caillou violet
Hop! dans ma poche

etc…

(Suzanne François)

 

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