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En rinçant les pinceaux dans l’évier (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2019



En rinçant les pinceaux dans l’évier
les camaïeux grossiers qui s’en écoulent
ont fasciné mon coeur

(Tawara Machi)

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Desiderata (Max Ehrmann)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019




    
Desiderata

Reste calme au milieu du bruit et de l’impatience
et souviens-toi de la paix qui découle du silence.

Autant que tu le peux, mais sans te renier,
sois en bons termes avec tout le monde.
Dis ce que tu penses, clairement, simplement;
et écoute les autres,
même les sots et les ignorants;
eux aussi ont quelque chose à dire.

Evite les gens grossiers et violents;
ils ne sont que tourments pour l’esprit.

Si tu te compares aux autres,
tu risques de devenir vaniteux ou amer,
il y aura toujours quelqu’un de plus grand ou de plus petit que toi.
Sois fier de ce que tu as fait et de ce que tu veux faire.
Aime ton métier, même s’il est humble;
c’est un bien précieux en notre époque trouble.

Sois prudent dans tes affaires,
car on pourrait te jouer de vilains tours.
Mais que ceci ne te rende pas aveugle à ce qu’il y a de beau;
bien des gens luttent pour un idéal et,
partout sur la Terre, on fait preuve de courage.

Sois toi-même, surtout dans tes affections.
Fuis par-dessus tout le cynisme en amour,
car il persiste même après avoir desséché ton cœur et désenchanté ton âme.

Permets-toi de t’enrichir de l’expérience des ans,
te défaisant progressivement de tes puérilités.
Affermis-toi pour faire face aux malheurs de la vie.
Mais ne te détruis pas par une imagination maladive;
bien des peurs prennent naissance dans la fatigue et la solitude.

Malgré la saine discipline qui s’impose,
sois bon envers toi-même.
Tu es un enfant de l’univers,
tout comme les arbres et les étoiles:
tu as le droit d’être ici.
Et même si cela n’est pas clair en toi,
sois assuré que tout se passe dans l’univers selon ses règles propres.

Par conséquent, sois en paix avec ton Dieu,
quelle que soit en toi son image.
Et par-delà tes peines et tes aspirations,
au milieu de la confusion de la vie,
sois en paix avec ton âme.

Dis-toi qu’en dépit de ses faussetés, de ses ingratitudes, de ses rêves brisés,
le monde est tout de même merveilleux.
Répands la bonne humeur. Et tâche d’être heureux.

***

Desiderata

Go placidly amid the noise and haste,
and remember what peace there may be in silence.
As far as possible without surrender
be on good terms with all persons.
Speak your truth quietly and clearly;
and listen to others,
even the dull and the ignorant;
they too have their story.

Avoid loud and aggressive persons,
they are vexations to the spirit.
If you compare yourself with others,
you may become vain and bitter;
for always there will be greater and lesser persons than yourself.
Enjoy your achievements as well as your plans.

Keep interested in your own career, however humble;
it is a real possession in the changing fortunes of time.
Exercise caution in your business affairs;
for the world is full of trickery.
But let this not blind you to what virtue there is;
many persons strive for high ideals;
and everywhere life is full of heroism.

Be yourself.
Especially, do not feign affection.
Neither be cynical about love;
for in the face of all aridity and disenchantment
it is as perennial as the grass.

Take kindly the counsel of the years,
gracefully surrendering the things of youth.
Nurture strength of spirit to shield you in sudden misfortune.
But do not distress yourself with dark imaginings.
Many fears are born of fatigue and loneliness.
Beyond a wholesome discipline,
be gentle with yourself.

You are a child of the universe,
no less than the trees and the stars;
you have a right to be here.
And whether or not it is clear to you,
no doubt the universe is unfolding as it should.

Therefore be at peace with God,
whatever you conceive Him to be,
and whatever your labors and aspirations,
in the noisy confusion of life keep peace with your soul.

With all its sham, drudgery, and broken dreams,
it is still a beautiful world.
Be cheerful.
Strive to be happy.

(Max Ehrmann)

 

Recueil: Desiderata of Happiness
Traduction: Hubert Claes
Editions:

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Un arrosoir (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Un arrosoir, une herse à l’abandon dans un champ,
un chien au soleil, un cimetière misérable,
un infirme, une petite maison de paysan,
tout cela peut devenir le réceptacle de mes révélations.

Chacun de ces objets, et mille autres semblables
dont un oeil ordinaire se détourne avec une indifférence évidente,
peut prendre pour moi soudain, en un moment qu’il n’est nullement en mon pouvoir de provoquer,
un caractère sublime et si émouvant,
que tous les mots, pour le traduire, me paraissent trop pauvres
[..]

Cherche, parmi tous ces objets misérables et grossiers de la vie paysanne,
celui, posé ou appuyé et n’attirant point l’oeil,
dont la forme insignifiante, dont la nature muette
peut devenir la source de ce ravissement énigmatique, silencieux, sans limite.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Patrick Martin

 

 

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Le calme, le silence et la nuit (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

 

Comme le clair de lune dort doucement sur ce banc !
Venons nous y asseoir, et que les sons de la musique glissent jusqu’à nos oreilles !
Le calme, le silence et la nuit conviennent aux accents de la suave harmonie.
Assieds-toi Jessica. Vois comme le parquet du ciel
Est partout incrusté de disques d’or lumineux.
De tous ces globules que tu contemples,
Il n’est pas jusqu’au plus petit,
Qui, dans son mouvement, ne chante comme un ange,
En perpétuel accord avec les chérubins aux jeunes yeux !
Une harmonie pareille existe dans les âmes immortelles ;
Mais, tant que cette argile périssable
La couvre de son vêtement grossier, nous ne pouvons l’entendre.

***

How sweet the moonlight sleeps upon this bank!
Here will we sit and let the sounds of music
Creep in our ears: soft stillness and the night
Become the touches of sweet harmony.
Sit, Jessica. Look how the floor of heaven
Is thick inlaid with patines of bright gold:
There’s not the smallest orb which thou behold’st
But in his motion like an angel sings,
Still quiring to the young-eyed cherubins;
Such harmony is in immortal souls;
But whilst this muddy vesture of decay
Doth grossly close it in, we cannot hear it.

(William Shakespeare)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Ils devraient (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    

Ils devraient trouver bons leurs aliments grossiers ;
beaux, leurs simples habits, des asiles de paix
leurs pauvres demeures, et leur vie ordinaire
une source de joie.

(Lao Tseu)

 

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La chaste vérité (Francis Vignaud)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016



La chaste vérité qui meurt de son orgueil
Pour avoir cru, et là, c’est toute sa faiblesse,
Passer sans encombre le redoutable écueil
Du mensonge grossier et sans délicatesse

Le rire de l’enfant est comme le cristal
Il se brise en tombant en un pur son royal ;
Tous ses éclats volants, bouquet monumental,
Percent nos meurs fervents d’un amour triomphal.

(Francis Vignaud)

 

 

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Sans loi pas de faute sans Coeur pas de vie (Seng Ts’an)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2016



Sans loi pas de faute
Sans Coeur pas de Vie
Que les pouvoirs aillent jusqu’aux limites de la destruction
les limites suivront la noyade des pouvoirs

Les limites viennent des limites des capacités
Les capacités viennent des possibilités des limites
Désir et savoir, ces deux extrémités
à l’origine sont unité, vacuité

Dans le vide unique les deux s’identifient
chacun contenant les dix-mille-formes
Ne pas distinguer subtil et grossier
vaut mieux qu’être partial et sectaire

*

(Seng Ts’an)

 

Illustration: Daniel Martineau

 

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LES FORMULES DE L’HIVER (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



LES FORMULES DE L’HIVER

I
Je m’assoupis dans mon lit
et m’éveillai sous la carène.

À quatre heures du matin
quand les os récurés de la vie
se fréquentent à froid.

Je m’assoupis parmi les hirondelles
et m’éveillai parmi les aigles.

II
Dans la lueur du phare, la glace du passage
brille comme de l’axonge.
Ce n’est pas l’Afrique.
Ce n’est pas l’Europe.
Ce n’est pas autre part qu’« ici».

Et ce que j’étais « moi»
n’est plus qu’un mot
dans la bouche de la nuit de décembre.

III
Les pavillons de l’asile
exposés à la nuit
luisent comme des écrans télé.

Un diapason caché
dans le grand froid
émet sa tonalité.

Je suis sous les étoiles
et sens que le monde entre
et ressort de mon manteau
comme d’une fourmilière.

IV
Trois chênes noirs sous la neige.
Si grossiers, mais adroits.
Dans leurs flacons immenses
la verdure au printemps moussera.

V
L’autobus se traîne dans la soirée d’hiver.
Il luit comme un navire dans cette forêt de pins
où la route est un canal mort étroit profond.

Peu de passagers : quelques vieux et aussi quelques très jeunes.
S’il s’arrêtait, s’il éteignait ses phares
le monde soudain disparaîtrait.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Portrait de l’autre (Robert Gélis)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Portrait de l’autre

L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi

(Robert Gélis)

Illustration: Igor Morski

 

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