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Poésie

Posts Tagged ‘grotte’

Grottes (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Dans la lumière du plein jour
Il y a des grottes.

Dans le plein soleil
Il y a des grottes.

Il n’est pas toujours
Mauvais de s’y rendre.

De s’y résumer,
De venir ensuite,

Chargé d’autre chose,
Consacrer le jour.

(Guillevic)

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Si l’angoisse (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



Casey Baugh -   (6)

Si l’angoisse qui nous évide
abandonnait sa grotte glacée,
si l’amante dans notre coeur
arrêtait la pluie de fourmis,
le Chant reprendrait.

(René Char)

Illustration: Casey Baugh

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Sors enfin du fond de ta grotte obscure (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jia Lu

Sors enfin du fond de ta grotte obscure,
nue, ferme et blanche,
et serre-moi dans tes bras, fin de mon rêve !
Retiens-moi, en notre étreinte,
comme en une sculpture de pierre,
que rien, jamais, n’altère ou désunisse !

Donne-moi, debout, le repos ;
donne-moi le sommeil, debout ;
Donne-moi, debout et en paix, l’idée seule,
le sentiment seul,
l’éternelle foi en l’unique,
qu’en vain, j’attends, j’attends dans le multiple !

***

¡Ven ya del fondo de tu cueva oscura,
desnuda, firme y blanca,
y abrázate ya a mí, fin de mi sueño!
¡Reténme, en nuestro abrazo,
como en una escultura material,
que nada, nunca, altere ni desuna!

¡Dame, de pie, el reposo;
dame el sueño, de pie;
dame, de pie y en paz, la sola idea,
el solo sentimiento,
la eterna fe en lo solo,
que en lo tanto, y en vano, espero, espero!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jia Lu

 

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Le silence de la mousse (Luciano Erba)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



grottejpg [800x600]

Le silence de la mousse

Je compris que j’étais arrivé là où il fallait
sur les parois, et non sur le sol seul, régnait la mousse
c’était une grotte ouverte protégée
des blasphèmes sylvestres des bûcherons
un espace à mi-côte
l’ébauche d’une encoche
et qui n’avait plus rien à dire
une antre privée de sibylle
rien qu’un peu de mousse et quelque goutte dernière.

***

Il silenzio del muschio

Capii d’essere giunto al posto giusto
aile pareti, non solo al suolo, regnava il
muschio
era una grotta d’aria, protetta
dalle silvestri bestemmie dei boscaioli
uno spazio di mezzo sul costone
una rientranza rimasta agli inizi
che non aveva più nulla da dire,
un antro senza sibilla
soltanto muschio e qualche ultima stilla.

(Luciano Erba)

Illustration

 

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LA GROTTE (Annie Salager)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019




    
LA GROTTE

Plus près, bien plus près, mais encore
dans un autre temps que le nôtre
l’instant aux traces demeurées
depuis 35.000 ans de la grotte Chauvet,
période glaciaire, près du 45e parallèle,
homo spiritualis petits groupes humains
plongés dans l’immédiateté animale
portés par sa vigueur herbivore, carnivore
confondus aux puissances animales
à leur explosion leur présent
mammouths aurochs lions chevaux
saisis en pleine course en piétinements
leur énergie leurs crinières leurs yeux,
concision du trait, implosion de l’humain,
plaquée sur le silence rupestre
une main qui dessine y invente le souffle

(Annie Salager)

 

Recueil: La Mémoire et l’Archet
Traduction:
Editions: La rumeur libre

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Les éolides (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



William Holman Hunt _-_Amaryllis [800x600]

Les éolides

O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.

L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Holman Hunt

 

 

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LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS

Auprès de cette grotte sombre
Où l’on respire un air si doux,
L’onde lutte avec les cailloux,
Et la lumière avecque l’ombre.

Ces flots, lassés de l’exercice
Qu’ils ont fait dessus ce gravier,
Se reposent dans ce vivier
Où mourut autrefois Narcisse.

L’ombre de cette fleur vermeille
Et celle de ces joncs pendants
Paraissent être là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille

Crois mon conseil, chère Climène :
Pour laisser arriver le soir,
Je te prie, allons nous asseoir
Sur le bord de cette fontaine.

Penche la tête sur cette onde,
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.

Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecque mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage.

Veux-tu par un doux privilège
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige.

(Tristan l’Hermite)

Illustration

 

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Sans cogiter (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



    

Sans cogiter, honorer le Bouddha, c’est voir l’esprit même.
Face aux moines d’un temple en montagne, un poétique émoi.

Pins et chênes, depuis des siècles, sont à l’entour du mur;
Lianes et lierres passent en un jour par-dessus la haie.

Les livres sur la Voie n’éclairent pas l’entrée de la grotte,
Les stances sur le Vrai n’ôtent guère la mousse des pierres !

Je demande aux austères pratiquants du recueillement :
Dans l’air pur des monts verdoyants, où sont les grains de poussière?

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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DANS MA BÊTE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
DANS MA BÊTE

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous,
Deux rossignols brouteurs d’idées,
Un jeune azur, un vieux cloaque
Et six fleuves docilement
A mes pieds comme de bons chiens.

Je me retire dans ma bête
Avec mon miel, ma planche à clous
Et juste ce qu’il faut de mouches
Pour tourner au nez d’un lion.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai soif ; ma bête
Me tend la bouche.
J’ai faim, ma bête
Me tend le sein.

Chaud qu’il fait dans ma bête et doux !
Il fait éternel, éternel…
Ma bête est une grotte lisse
Comme le ventre de ma mère.
J’emporte tout, je ne vous laisse
Que ma couronne sur le seuil.

J’ai peur, ma bête
Me tend son aile.
J’ai froid, ma bête
Me tend son ventre.

Ah, je suis l’oeuf dans sa coquille !
Par un grand festin solitaire,
Je goberai tous mes trésors,
Mes fleuves, mes lions, mes mouches,
Ne gardant pour seule fortune
Que mon miel et ma planche à clous.

J’ai sommeil, ma
Bête me tend
Son insondable
Obscurité.

— Et toi, va briller sur leurs têtes,
Couronne de papier brûlé !

(Norge)

 

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La contrebande d’un été (Katell Antoine)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



graffiti de goémon,
esquisse de petit crabe
au crayon orange,
esprits de bois flotté,
serments de cordages,
ton pas crissant
dans les coquillages
soulève des breloques,
des colliers,
l’écume des grottes,
la contrebande d’un été.

(Katell Antoine)


Illustration

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