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Poésie

Posts Tagged ‘guêpe’

Chassant vos pieds marins (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017




    
Chassant vos pieds marins, vos chevilles de feuilles,
Comme un bûcheron, je dois vivre dans l’ombre,
Boire à cette bouche où les guêpes m’accueillent,
Elle bave un miel où mes gestes s’encombrent.

(Olivier Larronde)

 

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Berceuse (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Berceuse

Le ciel ferme ses grands yeux bleus,
La maison ferme tous ses yeux,
Le pré dort sous son édredon.
Endors-toi, mon petit garçon.

Sur ses pattes la mouche a mis
Sa tête et dort. La guêpe aussi,
Avec elles dort leur bourdon.
Endors-toi, mon petit garçon.

Le tramway rêve doucement
Endormi sur son roulement,
Dans son rêve il sonne à tâtons.
Endors-toi, mon petit garçon.

Sur la chaise la veste dort
Et son accroc dort corps à corps.
Il n’en deviendra pas plus long.
Endors-toi, mon petit garçon.

La balle est vaincue, le sifflet
Somnole comme la forêt.
Et même il dort le gros bonbon.
Endors-toi, mon petit garçon.

Tu auras l’espace et la terre
Comme tu as ta bille en verre.
Tu seras géant pour de bon.
Endors-toi, mon petit garçon.

Tu seras pilote et soldat,
Berger des fauves tu seras.
Ta maman dort, et sa chanson.
Endors-toi, mon petit garçon.

(Attila Jozsef)


Illustration: William Bouguereau

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Les pommes respirent (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017




    
Les pommes respirent

Ne laissez pas l’amour s’échapper de ses pommes.
Ce sont des fruits mordus, sucrés, puis oubliés.
On trouve dans l’herbage ce qui reste d’un homme ;
pulpes mortes et fraîches, chair qui perdit son nacré.

Le pommier a fleuri dans le gel d’hiver ;
ses pétales ont été emportés au loin par un vent sec.
L’écorce s’est fendue, la mousse est sa misère ;
une roue a écrasé ses pépins, la neige les enterre.

L’amour charnu bouge dans le vent froid,
pomme jaunie par les soucis :
c’est un nomade abandonné sans être en vie,
quel amant a choisi d’être un dieu sans carquois ?

Amour rouge et rond telle une pomme douce,
on retrouve des traces de dents sur la peau neuve.
Est-ce un baiser perdu dont la sève s’abreuve ?
On oublie le pas discret d’une saison trop rousse.

Amour, quoi de plus secret, perdu, abandonné,
la guêpe a mordu son cœur qui fut le tien.
Tu roules sur le chemin avec les chiens,
tu te laisses enfermer dans un blanc compotier.

Amour comestible dont le jus fait du bien.

(Jean Cayrol)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Chacun vient avec son silence
Traduction:
Editions: Points

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La terre est bleue (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017


Terre

 

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Oeil de sourd
Faites mon portait.
Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence,
A moins que – s’il – sauf – excepté –
Je ne vous entends pas.

Il s’agit, il ne s’agit plus.
Je voudrais ressembler –
Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.

(Paul Eluard)

 

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Libération (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: F.A. Moore
    
Libération

Le soleil dans les pommiers roses
Comme une harpe a tendu ses rayons,
Et voici que passe et se pose
Parmi les fils d’or l’essaim des guêpes en tourbillons.

L’herbe se tait sentimentale
Où point la véronique imperceptiblement,
Où l’ombre changeante s’étale
Se froisse et s’envole en de translucides déploiements

Mais c’est la nuit surtout, quand au pignon des fermes
Dorment les fleurs d’abricôtiers
Et qu’étoilant la terre où palpitent des germes
S’ouvrent les boutons des fraisiers;

C’est la nuit quand l’eau sombre au bord des prés gargouille
Et que, monotone biniou,
S’élève indéfini le chant faux des grenouilles
Succédant au cri des coucous;

C’est la nuit quand survient dans sa verte tunique
La lune avec ses cheveux froids
Et que jase à mi-voix presque somnambulique
Le rossignol au fond des bois,

C’est la nuit qu’il est doux d’être un cœur qui délaisse
Sa chair comme un étroit tombeau,
Et fondu, mort d’amour, coule dans la caresse
Du vent aux blancheurs des sureaux.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’invisible (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
L’invisible

Où fut la truite il reste un éclair blanc,
Où fut l’oiseau le paraphe dans l’air.

Cette fleur morte a laissé son parfum,
Ce tournesol éteint sa graine d’ambre.

Le rossignol a déposé la nuit
Sur le lilas des gouttes de musique.

Pour les roseaux, l’avenir est caresse
Et le passé rit dans chaque platane.

Il reste un goût de soleil sous les ailes
Des guêpes d’or à leur dernier voyage.

Dans ce jardin superbe tout est trace
Et l’on entend ce qui ne parle plus.

L’éternité, c’est un caillou dans l’onde
Agrandissant les cercles d’infini.

Moi le passant je réserve mes gestes
Où mon silence a même son écho.

Où fut mon ombre une autre passera
Qui sera moi le temps de me connaître.

Je lui dédie un reste de mystère
Pour qu’il le cueille ainsi qu’un fruit tardif.

Que le jour s’ouvre à ces coeurs désertés
Pour que la nuit soit l’étreinte furtive.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE CORBEAU VOULANT IMITER L’AIGLE

L’Oiseau de Jupiter enlevant un mouton,
Un Corbeau témoin de l’affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l’heure autant faire.
Il tourne à l’entour du troupeau,
Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau,
Un vrai Mouton de sacrifice :
On l’avait réservé pour la bouche des Dieux.
Gaillard Corbeau disait, en le couvant des yeux :
« Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état :
Tu me serviras de pâture. »
Sur l’animal bêlant à ces mots il s’abat.
La Moutonnière créature
Pesait plus qu’un fromage, outre que sa toison
Etait d’une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon
Que la barbe de Polyphème.
Elle empêtra si bien les serres du Corbeau
Que le pauvre animal ne put faire retraite.
Le Berger vient, le prend, l’encage bien et beau,
Le donne à ses enfants pour servir d’amusette.

Il faut se mesurer, la conséquence est nette :
Mal prend aux Volereaux de faire les Voleurs.
L’exemple est un dangereux leurre :
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands Seigneurs ;
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Comble de femme (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Comble de femme

d’abord une guêpe
autre chose étend sa chaleur
et aube

soudain les bras apportent une mer
l’aveuglement la répartit en corps
les portes la reçoivent

entrouverte sur une éternité de combustion
suspendue à un souffle
palme qui cherche se souvient

guêpe encore et
foudre
autre chose étend sa chaleur

le jour remet le feu aux cigales
et jeu
les bras rapportent l’émigrée

sable qu’il faut renverser
polir à toutes les grèves
espace qui atteint sa raison de lumière

et aube
les cigales remettent le feu au temps

(Mohammed Dib)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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Libération (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Libération

Le soleil dans les pommiers roses
Comme une harpe a tendu ses rayons,
Et voici que passe et se pose
Parmi les fils d’or l’essaim des guêpes en tourbillons.

L’herbe se tait sentimentale
Où point la véronique imperceptiblement,
Où l’ombre changeante s’étale
Se froisse et s’envole en de translucides déploiements

Mais c’est la nuit surtout, quand au pignon des fermes
Dorment les fleurs d’abricotiers
Et qu’étoilant la terre où palpitent des germes
S’ouvrent les boutons des fraisiers;

C’est la nuit quand l’eau sombre au bord des prés gargouille
Et que, monotone biniou,
S’élève indéfini le chant faux des grenouilles
Succédant au cri des coucous;

C’est la nuit quand survient dans sa verte tunique
La lune avec ses cheveux froids
Et que jase à mi-voix presque somnambulique
Le rossignol au fond des bois,

C’est la nuit qu’il est doux d’être un cœur qui délaisse
Sa chair comme un étroit tombeau,
Et fondu, mort d’amour, coule dans la caresse
Du vent aux blancheurs des sureaux.

(Marie Dauguet)

Illustration: Christian Schloe 

 

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Il se passait peu de choses (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



armoire_ancienne_merisier

Il se passait peu de choses
à elle seule la colline faisait le matin
de grandes étendues
donnaient des fenêtres généreuses
les romarins se grisaient de leur haleine
sous les vitres les planchers
gardaient leurs guêpes mortes
le cerisier de l’armoire espérait ses oiseaux
un pigeon roucoulait
le ciel était gris de rien

(Georges Bonnet)

 

 

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