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Poésie

Posts Tagged ‘guerre’

SAINTE MADELEINE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



 

Illustration: Philippe de Champaigne
    
SAINTE MADELEINE

N’ai jamais vu telle servante
Avoir le coeur si près du ventre

Disait Simon le métayer
A ses amis les bons fermiers

Par les deux bouts brûle chandelle
Au lendemain d’être pucelle

De quatorze ans si j’en avais
Me maigrirait tous mes valets

Mais quand revint finie la guerre
Le fils occis devant l’Yser

A peine entré dans la maison
Les siens tombés en pâmoison

A ses genoux la Madeleine
Comme une eau pure de fontaine

Se répandit et fit si bien
jeune homme à lui revint

sont trompés tous sur ton compte
Relève-toi fille de comte

En vérité je te le dis
Ton amour mène au Paradis.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Mon père (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




    
Mon père

Mon père est mort – mort à trente-six ans,
trois ans de plus que l’homme de la croix.
J’ai dépassé le double de son âge
et je me sens le père de mon père.

Pauvre jeune homme ! Il avait fait la guerre.
A son retour, la mort l’accompagnait.
Je fus au monde et lui se déroba
en me laissant son visage et sa voix.

Que dira-t-il quand il me reverra,
lui toujours jeune – un mort ne vieillit pas –
et moi si vieux ? Il me prendra la main.
Nous marcherons dans une aube blafarde,
mon jeune père et son si vieil enfant.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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TANT DE SUEUR HUMAINE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 Illustration: Jules Desbois
    

TANT DE SUEUR HUMAINE

Tant de sueur humaine
tant de sang gâté
tant de mains usées
tant de chaînes
tant de dents brisées
tant de haines
tant d’yeux éberlués
tant de faridondaines
tant de faridondés
tant de turlutaines
tant de curés
tant-de guerres et tant de paix
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de rois et tant de reines
tant d’as et tant de valets
tant de pleurs tant de regrets
tant de malheurs et tant de peines
tant de vies à perdre haleine
tant de roues et tant de gibets
tant de supplices délectés
tant de roues tant de gibets
tant de vies à perdre haleine
tant de malheurs et tant de peines
tant de pleurs tant de regrets
tant d’as et tant de valets
tant de rois et tant de reines
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de guerres et tant de paix
tant de curés
tant de turlutaines
tant de faridondés
tant de faridondaines
tant d’yeux éberlués
tant de haines
tant de dents brisées
tant de chaînes
tant de mains usées
tant de sang gâté
tant de sueur humaine

(Raymond Queneau)

 

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L’énigme en lettres de feu (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Boyan Dimitrov
    

L’énigme en lettres de feu
S’écrit sur le mur orbe et sourd.
Un songe de pavots rouge et or
Se penche sur moi et m’oppresse.

La nuit je me cache dans les grottes,
Où j’oublie les austères miracles,
À l’aube — des chimères bleues
Miroitent sous la voûte éclatante.

Je fuis dans les instants passés,
J’ai peur et je ferme les yeux,
Au milieu du livre qui froidit —
Une tresse d’or de jeune fille.

Déjà le firmament se penche,
Un songe noir m’étreint la poitrine.
Ma fin est écrite, elle est proche,
Là-devant — la guerre et l’incendie.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Que la vie en vaut la peine (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



 

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.

Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.

Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

(Louis Aragon)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Elégie (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



 

John Simmons

Elégie

J’ai voyagé par les trois parts du monde,
J’ai vu la mer d’où lève le soleil,
Et j’ai vu l’onde où l’attend le sommeil,
Et mille biens dont les hautes louanges
Font ébahir les nations étranges,
Les y tirant par un désir de voir
Qui des pays la grandeur veut savoir.
J’ai enduré mainte dure fortune
Dessus les flots, royaume de Neptune;
J’ai enduré mainte fortune aussi
Dessus la terre, en proie de souci,
Soit voyageant en régions diverses,
Soit en suivant Bellone et ses traverses.
Tous ses malheurs, hélas ! j’ai surmonté
Pour être enfin de deux beaux yeux dompté,
Yeux qui me font une guerre cruelle,
Cruelle autant qu’elle semble nouvelle.
Tous les travaux auparavant connus
Ne me sont rien près de ceux que Vénus
Me fait souffrir. Une amoureuse peine
plus que nulle autre est de misère pleine :
Mais la beauté qui cause mon tourment
Vaut bien le mal que je souffre en aimant.

(Adamis Jamyn)

Illustration: John Simmons

 

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LA ROSE ROUGE (Li Taï Po)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

chinoise

LA ROSE ROUGE

L’épouse d’un guerrier est assise près de sa fenêtre.
Le cœur lourd, elle brode une rose blanche
sur un coussin de soie.
Elle s’est piqué le doigt !
Son sang coule sur la rose blanche,
qui devient une rose rouge.

Sa pensée va retrouver son bien-aimé qui est à la guerre
et dont le sang rougit peut-être la neige.

Elle entend le galop d’un cheval.
Son bien-aimé arrive-t-il enfin ?

Ce n’est que son cœur qui bat à grands coups dans sa poitrine.

Elle se penche davantage sur le coussin,
et elle brode d’argent ses larmes qui entourent la rose rouge.

(Li Taï Po)

 

 

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Ah les crocodiles (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




Ah les crocodiles

Ah les crocodiles
Un crocodile s’en allait à la guerre
Disait adieu à ses petits enfants
Traînant la queue la queue
Dans la poussière
Il s’en allait combattre les éléphants

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Il fredonnait une marche militaire
Dont il mâchait les mots à grosses dents
Quand il ouvrait la gueule tout entière
On croyait voir ses ennemis dedans

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Un éléphant parut et sur la terre
Se prépara un combat de géants
Mais près de là courait une rivière
Le crocodile s’y jeta subitement

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

(Anonyme)

 

Illustration

 

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Malbrough s’en va t’en guerre (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




Malbrough s’en va t’en guerre, Mironton, mironton, mirontaine,

Malbrough s’en va t’en guerre, Ne sait qu’en reviendra.

Ne sait qu’en reviendra, Ne sait qu’en reviendra

Il reviendra z’à Pâques,
Ou à la trinité (Ter)

La trinité se passe,
Malbrough ne revient pas. (Ter)

Madame à sa tour monte,
Si haut qu’elle peut monter (Ter)

Ell’voit venir son page.
Tout de noir habillé. (Ter)

Beau page, ah! Mon beau page,
Quelle nouvelle apportez.(Ter)

Aux nouvell’s que j’apporte,
Vos beaux yeux vont pleurer.(Ter)

Quittez vos habits roses,
Et vos satins brochés.(Ter)

Monsieur Malbrough est mort,
Est mort et enterré.(Ter)

J’lai vu porter en terre,
Par quatre z’officiers.(Ter)

L’un portait sa cuirasse,
L’autre son bouclier.(Ter)

L’un portait son grand sabre,
L’autre ne portait rien.(Ter)

A l’entour de sa tombe,
Romarins l’on planta.(Ter)

Sur la plus haute branche
Un rossignol chanta (Ter)

On vit voler son âme,
Au travers des lauriers.(Ter)

Chacun mit ventre à terre,
Et puis se releva.(Ter)

Pour chanter les victoires,
Que Malbrough remporta.(Ter)

La cérémonie faite,
Chacun s’en fut coucher.(Ter)

Les uns avec leurs femmes,
Et les autres tout seuls.(Ter)

Ce n’est pas qu’il en manque,
Car j’en connais beaucoup. (Ter)

Des blondes et des brunes,
Et des châtaign’s aussi.(Ter)

J’n’en dit pas d’avantage,
Car en voilà assez.(Ter)

(Anonyme)

 

 

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Retouche à la guerre (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




    
retouche à la guerre

La, tra la la, nous avons plus de morts que vous, na.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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