Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘guerre’

C’est là qu’elle apparut (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017




C’est là qu’elle apparut. Elle était nue
dans la neige et les flammes, la guerre et la rosée,
comme si un vol de colombes égarées dans le froid
s’étant enflammé sous le toit de l’ouragan,
l’une était venue choir sur le coeur de Rhodo
et y avait laissé éclaté sa blancheur.

(Pablo Neruda)

Illustration

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Enfant Nouveau (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



L’Enfant Nouveau qui habite où je vis
Me tend une main à moi
Et l’autre à tout ce qui existe
Et ainsi nous allons tous trois
par le chemin qui se présente.
Sautant et chantant et riant
Et savourant notre secret commun
Qui est que nous savons en tout lieu
Qu’il n’y a pas de mystère en ce monde
Et que tout vaut la peine.

L’Enfant Eternel m’accompagne toujours.
La direction de mon regard c’est son doigt qui désigne.
Mon ouïe joyeusement attentive à tous les bruits
Ce sont les chatouilles qu’il me fait,
pour jouer, dans mes oreilles.

Nous nous entendons si bien l’un l’autre
Dans la compagnie de toute chose
Que nous ne pensons jamais l’un à l’autre,
Mais nous vivons ensemble et deux
Selon un accord intime
Telles la main droite et la gauche.

A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laissser tomber par terre.

Après quoi je lui raconte des histoires
des choses purement humaines,
Et lui il en sourit, parce que tout est incroyable.
Il rit des rois et de ceux qui ne sont pas rois,
Et il se désole d’entendre parler de guerres,
Des commerces, et des navires
Qui se font fumée dans l’air des hautes mers.
Parce qu’il sait que tout cela manque à la vérité
Qu’une fleur détient quand elle fleurit
Et qui avec la lumière du soleil vient
Modifier montagnes et vallées
Et pousser les murs blanchis à la chaux
à faire mal aux yeux.

Après quoi il s’endort et je le couche.
Je le prends dans mes bras jusque dans la maison
Et je le couche, en le déshabillant lentement
Et comme en suivant un rituel très limpide
Et tout maternel jusqu’à ce qu’il soit nu.

Il dort au-dedans de mon âme
Et parfois il se réveille la nuit
Et joue avec mes rêves.
Il met les uns cul par-dessus tête,
Entasse les autres les uns sur les autres
Et bat des mains tout seul
En souriant à mon sommeil.

Quand je mourrai, fiston,
Que ce soit moi, l’enfant, le plus petit.
Et toi, prends-moi dans tes bras
Et emmène-moi au-dedans de chez toi.
Déshabille mon être humain et fatigué
Et couche-moi dans ton lit.
Et raconte-moi des histoires,
au cas où je me réveillerais,
Pour que je puisse me rendormir.
Et donne-moi des rêves à toi pour que j’en joue
Jusqu’à ce qu’en naisse certain jour
Dont toi sais bien ce qu’il est.

(Fernando Pessoa)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne suis qu’un murmure derrière tes pas (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



 

Je ne suis qu’un murmure
derrière tes pas
le bruit d’une guerre des fleurs
au milieu de la nuit
le silence qui ouvre
son tournesol géant
dans l’oreille du forgeron
la mousse verte obscure qui pousse
sur les moignons d’un arbre

si la grâce de vivre d’amour
me manquait un jour
la grâce de parler d’amour
serait mon offrande

(Luis Mizón)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ah les crocodiles (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017




Ah les crocodiles

Ah les crocodiles
Un crocodile s’en allait à la guerre
Disait adieu à ses petits enfants
Traînant la queue la queue
Dans la poussière
Il s’en allait combattre les éléphants

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Il fredonnait une marche militaire
Dont il mâchait les mots à grosses dents
Quand il ouvrait la gueule tout entière
On croyait voir ses ennemis dedans

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Un éléphant parut et sur la terre
Se prépara un combat de géants
Mais près de là courait une rivière
Le crocodile s’y jeta subitement

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

Ah les crocrocros les crocrocros les crocodiles
Sur les bords du Nil ils sont partis n’en parlons plus

(Anonyme)

 

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la guerre (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
A la guerre

A la guerre a la guerre
il n’y a pas que des vainqueurs
il ye pas que des vaincus
mais il y a surtout des morts

Les morts ils dorment dans des trous
ce sont des trous creusés sur place
ou dans des trous à domicile
s’ils ont un caveau de famille

Où sont les morts où sont les trous
ils sont ici ils sont partout
les Allemands en Allemagne
et les Français en Frangipane

Les Allemands dans des trous d’Est
les Français dans des trous de l’Ouest
les Italiens des trous du Sud
et les Anglais des trous du Nord

cachent leurs morts.

(François Caradec)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fier et fou de vous (William Sheller)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Fier et fou de vous

On pour-rait croir’ qu’on lui fait des mi-sè-res
À sa fa-çon de pleu-rer sur mes ge-noux mais
J’veux êtr’ son pa-pa ni son grand frè-re
C’sont pas des rôl’s que j’peux jouer jus-qu’au bout pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui chant’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleur’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Pour-tant est-c’que j’peux ê-tre plus sin-cè-re
J’ai par-fois du mal à join-dre les deux bouts mais
De-puis l’an-née où j’suis rev’-nu d’la guer-re
J’ai ja-mais man-qué à ses ren-dez-vous pas du tout
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui pleurn’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

Dé-jà quand ell’ vou-lait êtr’ é-cuy-è-re
Ell’ m’é-cri-vait qu’ell’ n’é-tait pas bien chez vous mais
Qu’ell’ n’vou-lait pas ris-quer sa vie en-tiè-re
Sur mon his-toir’ qui n’te-nait pas de-bout voy-ez-vous
J’lui dis y’a des gens sur terr’ qui dans’nt au-tour de nous
Moi je n’vois rien je suis fier et je suis fou de vous
Ell’ s’en fout

(William Sheller)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant de guerre (Chants Sioux)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Chant de guerre

Pour un loup
Je me prenais.
Mais je n’ai pas trouvé de nourriture,
Et ainsi
D’être resté debout
Je suis exténué.
Pour un loup
Je me prenais
Mais
Les chouettes
Hululent
Et
Je redoute la nuit.

(Chants Sioux)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TROP DE MORTS ET DE MAL (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



TROP DE MORTS ET DE MAL

C’est un parc aux pigeons
Et vous le croyez doux
Pensez donc!

C’est la grille d’enfer
Pour votre serviteur
songez-y!

Le parc ne lui fait peur
Mais quelques souvenirs
A haïr

Ainsi sommes-nous
Des deux côtés de cette grille
De belle herbe fraîche
Et d’arbres aérés

Vous dites que c’est doux
Que n’y suis-je!
Tandis que j’y frémis
Ah ! Dieu oui !
Car moi je ne m’en tire
Que rompu et roussi

Trop de morts et de mal
Et une nuit trop longue
Pour trop de cruauté
Et nos coeurs trop longtemps serrés
Et presque sans souffler
Trop de notre vie passé dans la terreur et dans la guerre

Jusqu’à nous avoir changés de nature
Et accablés de notre péché la fatigue
Comment décharger nos mémoires
Et les laver des fours et des gibets et de l’outrage ?

Comment revivre ?
Comment des graines dans la cendre
Dans notre âme mortelle nourrie de sable
Trop longtemps bue par le désert ?
Comment revivre ?
Comment des branches vertes
Dans le charbon des arbres calcinés ?
Il faudrait un printemps plus fort
Pour nous reprendre tout à fait
I1 faudrait nous refaire
Au lieu de ces ravines de ces fentes
Dont nous sommes en nous
Tout blanchis et ouverts

Désarmée
Attardée
En tendresse
En détresse
O ma soeur profonde
Que je te reconnais
Nous portons même cendre
Dans un pauvre sachet
Nous avons même soif
Humble et très en peine
De rejaillir et de trembler
De toutes ces fleurs du soleil
Où nos yeux ont recommencé

Vent de la vie au crin puissant
Viens attaquer
Pour en tirer
Les accents et les cris d’une pleine musique
Ces deux violons penchés
Bons pêcheurs ces filets
Allez les replonger
Dans les eaux ruisselantes

(Pierre Morhange)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me dévêts (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Je me dévêts

Je me dévêts, j’annule tous mes rôles.
Guerre, dis-tu ? J’ai fait toutes les guerres.
J’étais le mort, j’apprenais le silence,
je donnais l’heure exacte de la vie

ou bien, vivant, je ne savais plus vivre,
je me savais par un autre vécu,
je me cherchais dans les pages des livres
comme un secret caché depuis longtemps.

Ma préhistoire est celle des orages.
Le rideau noir est posé sur mes yeux.
Le monde est rouge. A qui veut bien m’entendre,
je ne dis plus que paroles de sang.

Quel est ce moi qui n’affleure à moi-même
que pour m’offrir un obstacle de plus ?
Et toi, la voix qui n’éteins plus le feu,
dissipe-toi dans les brumes de l’aube.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une noix (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 

Une noix

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est fermée
On y voit la nuit en rond
Et les plaines et les monts
Les rivières et les vallons
On y voit
Toute une armée
De soldats bardés de fer
Qui joyeux partent pour la guerre
Et fuyant l´orage des bois
On voit les chevaux du roi
Près de la rivière

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est fermée
On y voit mille soleils
Tous à tes yeux bleus pareils
On y voit briller la mer
Et dans l´espace d´un éclair
Un voilier noir
Qui chavire
On y voit les écoliers
Qui dévorent leurs tabliers
Des abbés à bicyclette
Le Quatorze Juillet en fête
Et ta robe au vent du soir
On y voit des reposoirs
Qui s´apprêtent

Une noix
Qu´y a-t-il à l´intérieur d´une noix?
Qu´est-ce qu´on y voit?
Quand elle est ouverte
On n´a pas le temps d´y voir
On la croque et puis bonsoir
On n´a pas le temps d´y voir
On la croque et puis bonsoir
Les découvertes.

(Charles Trenet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :