Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘guerre’

La guerre est en nous (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

La guerre est en nous
avec ce feu qui nous hante
ces lueurs qui mordent
ces cris ces mots
à travers nos dents serrées
et toute cette colère qui flamboie
la guerre est en nous
puisque la mort
comme un trésor caché
repose attend se tait et pourrit…

(Philippe Soupault)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Je suis celui que tu n’as pas aimé (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Je suis celui que tu n’as pas aimé
Je suis celui que tu as désiré
Dans le chemin de nuit
Je fais dormir les yeux obscurs de tes brebis.

Je suis le messager sur tes rochers
Et mon regard fait fondre tes rochers
Je suis la main qui fait couler
De tes sables l’eau lustrale.

Avec l’oeil et la main, la nuit et le rocher
Si profonde est la guerre de ces vastes terres
Que tu te tiens prisonnière
Et qu’à la nuit tu es ce que tu es.

(Pierre-Jean Jouve)

Illustration: Dmitriy Brodeckiy

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un arc de triomphe (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

hirondelles 2

Un arc de triomphe

Tout ce qu’ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C’est que c’était à cause d’elles
Qu’on élevait un monument.

Leur nid s’y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu’elles ont pris ce champ d’asile
Pour causer d’affaire, ou d’amour.

En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l’hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.

Dans le casque de la Victoire
L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,
Qui, tout ignorants de l’histoire,
Eclosent fiers comme chez eux.

Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr’ouvert.

La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l’étranger
« Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger. »

Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s’entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s’entr’aimaient en bas.

La guerre est un cri de cigale
Pour l’oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n’égale
N’est vu qu’à peine en si haut lieu.

Voilà pourquoi les hirondelles,
A l’aise dans ce bâtiment,
Disent que c’est à cause d’elles
Que Dieu fit faire un monument.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

http://henriettel.canalblog.com/archives/2010/07/11/18545629.html

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Dans la prison qui vous va renfermant (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



 

Dans la prison qui vous va renfermant,
Votre grande âme agit incessamment,
Et ce divin esprit que rien n’enserre
Vole partout, sans erreur toujours erre,
S’étend, s’élève, et va plus aisément.

Vous parcourez l’un et l’autre élément,
Vous pénétrez jusques au firmament,
Et visitez le ciel, l’onde et la terre
Dans la prison.

Vous ne gênez votre coeur vainement,
Vous connaissez et voyez sainement
Tout ce qui brille, et qui n’est que de verre,
Vous possédez la paix durant la guerre ;
C’est être heureux et libre extrêmement
Dans la prison.

(Vincent Voiture)

Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’était un jour d’été de rayons éclairci (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



Nikolay Butkovskiy  027

C’était un jour d’été de rayons éclairci,
J’en ai toujours au coeur la souvenance empreinte,
Quand le ciel nous lia d’une si ferme étreinte
Que la mort ne saurait nous séparer d’ainsi.

L’an était en sa force et notre amour aussi,
Nous faisions l’un à l’autre une aimable complainte,
J’étais jaloux de vous, de moi vous aviez crainte,
Mais rien qu’affection ne causait ce souci.

Amours, qui voletiez à l’entour de nos flammes
Comme gais papillons, où sont deux autres âmes
Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foi soit si ferme ? où tant d’amour s’assemble ?
N’ayant qu’un seul vouloir, toujours d’accord ensemble,
Fors qu’ils se font la guerre à qui s’aimera mieux !

(Philippe Desportes)

Illustration: Nikolay Butkovskiy

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La joie (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019



Illustration
    
La joie;
la simple joie contingente d’exister;

la joie de survivre
aux violences de plusieurs guerres;

la joie , ici et maintenant,
d’une paix qui dure depuis soixante-dix ans;

la joie que donne la beauté du monde
et celle des femmes;

la trismégiste joie
d’aimer…

(Michel Serres)

 

Recueil: Pantopie de Hermès à Petite Poucette
Traduction:
Editions: Le Pommier

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

BEAUCOUP DE SOLDATS PASSÈRENT (Armand Bernier)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



BEAUCOUP DE SOLDATS PASSÈRENT

Beaucoup de soldats passèrent.
— De quel pays venaient-ils ?
Beaucoup de soldats passèrent.
— Quelle langue parlaient-ils ?
Je n’en sais plus rien, mon frère,
Car c’était au temps des guerres.
— Lesquels ont été vainqueurs ?
— Les soldats sont morts, mon frère,
Maudis les mauvais bergers.
Les soldats sont morts, mon frère,
Et les morts, me dit mon coeur,
Ne sont plus des étrangers…

(Armand Bernier)

Illustration: Jacqueline Fabbri

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Derrière les barbelés de ma captivité (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Derrière les barbelés de ma captivité
s’alourdit de graines inemployées ma jeunesse…
Prisonnier de guerre.
Ma liberté dans une cage aux barreaux espacés
— Plus espacés que mon corps
moins larges que ma nostalgie errante —
Cheval au galop qui revisite ma vie…
mon front sourd écrase mes mots…
j’ai voyagé comme je n’ai pas voulu
j’ai demeuré plus que je n’ai voulu…

(Guy Lévis Mano)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE GENOU (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



LE GENOU

Un genou se balade tout seul par le monde.
Ce n’est qu’un genou et rien de plus.
Ce n’est pas un arbre, ce n’est pas une maison
Ce n’est qu’un genou et rien d’autre !

Une fois à la guerre un homme
fut tué et retué.
Seul son genou s’en tira indemne —
comme par miracle.

C’est depuis qu’il se balade seul par le monde
Ce n’est qu’un genou et rien de plus.
Ce n’est pas un arbre ni même une maison.
Ce n’est qu’un genou et rien d’autre.

***

DAS KNIE

Ein Knie geht einsam durch die Welt.
Es ist ein Knie, sonst nichts !
Es ist kein Baum ! Es ist kein Zelt !
Es ist ein Knie, sonst nichts.

Im Kriege ward einmal em Mann
erschossen um und um.
Das Knie allein blieb unverletzt –
als wärs ein Heiligtum.

Seitdem gehts einsam durch die Welt.
Es ist ein Knie, sonst nichts.
Es ist kein Baum, es ist kein Zelt.
Es ist ein Knie, sonst nichts.

(Christian Morgenstern)

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 3 Comments »